Hady Ba's weblog

Bentolila et les petits africains

Posted in Science by hadyba on mars 26, 2012

Le linguiste Alain Bentolila affirme sur France 2 qu’un enfant ne peut apprendre à lire que les mots qu’il connait déjà. Au delà de 20% des mots inconnus dans les textes utilisés, l’enfant ne peut apprendre à lire.

Cette affirmation me parait d’autant plus bizarre que Bentolila semble être un linguiste sérieux ayant bossé sur les créoles. Son affirmation est tout simplement fausse et j’ai deux faits ultra-connus qui prouvent cette fausseté:

  1. Dans les pays musulmans non arabophones, les enfants commencent par apprendre à lire l’arabe (qu’ils ne comprennent absolument pas), apprennent le texte du Coran par coeur avant d’apprendre la signification de ce qu’ils connaissent par coeur. Après coup, ces gens peuvent utiliser la graphie arabe pour écrire de l’Ajami en plus de l’arabe mais au moment de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ils ne comprenaient pas du tout ce qu’ils ânonnaient.
  2. Actuellement, dans les pays africains francophone comme le Sénégal, la plupart des enfants arrivent à l’école sans parler français du tout. On leur apprend à lire et à écrire. J’ai (presque) appris comme ça. Je mets presque parce que mes parents étant instits’ j’avais de vagues notions de français. Certains de mes amis avaient des parents totalement illettrés (pour l’alphabet latin) et parlant zéro mot de français; ils ont pourtant fini avec des diplômes universitaires et des boulots intellectuels.

Ces faits ne me semblent ni controversés, ni ignorés de quiconque s’intéresse un tant soit peu à l’enseignement de l’écriture. Comment M. Bentolila peut-il les ignorer? Et surtout, d’où tire-t-il ses 20% qui donnent une allure scientifique au propos?

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Une lecture de Montague

Posted in Philosophie by hadyba on décembre 21, 2011

Je sais que ça vous semblera fou mais j’ai vraiment lu Formal Philosophy. Voici ce que j’en ai tiré (LeProgrammeMontagovienDec2011  .pdf) à l’aune de mes propres préoccupations ; une trentaine de pages presque sans aucun symbole logique. Si ça vous intéresse, vous pouvez télécharger le texte. Si vous le lisez, ça m’intéressera vraiment de savoir ce que vous en pensez. Je ne suis vraiment pas susceptible donc, je ne me formaliserai pas si vous me dites que c’est totalement nul (même sans argumenter :-)) et vous serai reconnaissant de votre appréciation quelle qu’elle soit.

Pauvreté du Stimulus redux

Posted in Philosophie, Recherche by hadyba on août 14, 2011

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En général les enfants apprennent tous à parler aux mêmes ages et passent par les mêmes étapes pour ce faire. De plus, cet apprentissage ne parait pas dépendre de l’intelligence de l’enfant. Votre fille qui est si intelligente et le fils de votre voisin, qui est un crétin fini comme son père, apprendront à parler selon à peu près le même rythme. A l’inverse, le fait de ne pas pouvoir parler n’indique rien de l’intelligence générale d’une personne. Les différentes formes d’aphasie sont remarquablement encapsulées et n’affectent pas tant que ça les autres domaines de la cognition. Ces considérations parmi d’autres ont été utilisées par Chomsky pour soutenir qu’il y a une faculté de langage universelle, partagée par tous les humains et qui fait que nous apprenons tous, sauf accident, à parler la langue de notre communauté. Prenez un petit humain d’age prélinguistique, plongez-le dans n’importe quel groupe humain différent de celui de ses parents et il se mettra à babiller la langue du lieu dès que sera venu le moment pour lui d’apprendre le langage. Nous avons tous remarqué avec quelle rapidité les enfants d’expatriés acquièrent une langue nouvelle lors même que leurs parents, qu’ils soient balayeurs des rues ou prof de linguistique à l’université, demeurent gauche dans leur langue d’adoption. C’est parce que, soutient Chomsky, les humains ont une faculté de langage universelle programmée pour saisir la langue locale, quelle qu’elle soit, et qui, une fois fixée sur une langue, perd une grande partie de sa capacité à s’adapter à des langues structurellement différentes. Un enfant est donc facilement polyglotte alors qu’un adulte aura tendance à demeurer monolingue s’il ne s’est pas frotté à d’autres langues dans son enfance. Une conséquence de cette manière de voir est que sous leur diversité apparente, les langues humaines ne sont rien d’autre que des variations réglées autour d’une base commune que nous pourrions appeler la grammaire universelle.

Il y a deux manières d’argumenter en faveur de la linguistique générative de Chomsky. La première consiste à construire la grammaire universelle et à donner les règles de variation qui génèrent les différentes langues naturelles qui existent. La seconde, plus indirecte, consiste à montrer que dans le cas de l’apprentissage initial du langage nous faisons des généralisations qui ne sont pas strictement déterminées par les données accessibles. La meilleure manière d’expliquer ce fait serait alors de postuler des structures mentales innées dédiées à l’apprentissage du langage et qui encodent cette grammaire universelle. C’est là l’argument de la pauvreté du stimulus. Il y a eu récemment, une recrudescence des attaques contre le paradigme de Chomsky et je viens de voir que Berwick, Pietroski, Yankana & Chomsky ont un nouveau papier défendant l’argument de la pauvreté du stimulus. Tout ce bavardage avait juste pour but de signaler à ceux que ça intéresse que s’ils n’ont pas d’accès à Cognitive Science, une version du papier est disponible sur le site de Paul Pietroski (pdf).

Je vous mets l’abstract du papier ci-après. Pour une critique sérieuse de l’innéisme de Chomsky, vous pouvez lire en français ce papier (pdf) de Jean-Michel Fortis qui est un linguiste à Paris VII.

Abstract

A central goal of modern generative grammar has been to discover invariant properties of human languages that reflect “the innate schematism of mind that is applied to the data of experience” and that “might reasonably be attributed to the organism itself as its contribution to the task of the acquisition of knowledge” (Chomsky, 1971). Candidates for such invariances include the structure-dependence of grammatical rules, and in particular, certain constraints on question formation. Various ‘poverty of stimulus’ (POS) arguments suggest that these invariances reflect an innate human endowment, as opposed to common experience: such experience warrants selection of the grammars acquired only if humans assume, a priori, that selectable grammars respect substantive constraints. Recently, several researchers have tried to rebut these POS arguments. In response, we illustrate why POS arguments remain an important source of support for appeal to a priori structure-dependent constraints on the grammars that humans naturally acquire.