Hady Ba's weblog

École de l’imagination

Posted in Sénégal by hadyba on mars 6, 2016

HECTOR

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu (Acte II Scène 5)

Maintenant, voyons un des maitres d’une de ces écoles de l’imagination à l’oeuvre:

« Aujourd’hui, la nomenclature des actes que rend le Conseil constitutionnel est univoque. Il rend des décisions quand on le consulte en matière consultative. Encore une fois, c’est un seul cas car il n’y a pas deux. Il rend une décision »

« En règle générale, le Conseil constitutionnel du Sénégal n’a pas d’attribution consultative. »

…..

« on peut faire la concession que le Conseil constitutionnel a donné un avis ….  il a donné un avis dans le cadre d’une décision »

Professeur Ismaila Madior FALL justifiant la forfaiture de son patron Macky SALL

I am not impressed

Où l’Université tient son rang

Posted in Sénégal by hadyba on février 25, 2016

Il n’y a pas longtemps, notre Premier Ministre s’insurgeait contre ce qu’il percevait comme la République des Professeurs. Il n’avait peut être pas tort de s’inquiéter. Quand l’Université tient son rang, ce n’est pas agréable pour les mystificateurs qui font de la politique. Ainsi, quarante-cinq professeurs de Droit et Science Politique ont pris la plume pour démonter la décision de nos cinq singes pardon Sages et faire éclater la forfaiture de notre Président. Personnellement, j’aime bien la péroraison:

En marge de cet argumentaire technique développé ci-dessus, l’avis du Conseil constitutionnel participe d’une dépréciation de l’enseignement de la science juridique dont l’institution universitaire, à travers les Facultés de droit, se trouve investie. Symbolisant le lieu où la pensée juridique dans ses formes les plus complexes est exprimée, l’Université indirectement voire directement est comptable des façons dont le Droit est dit dans l’espace social. L’avis du Conseil constitutionnel quoique en rupture totale avec les enseignements universitaires est, tout de même, perçu par certains sénégalais comme une incapacité de la science juridique, et par conséquent des juristes universitaires, à formuler un propos clair, éloigné de toute spéculation lorsqu’ils sont saisis de questions éminemment sociétales.
Loin de promouvoir un corporatisme primaire dénué de tout sens éthique, les auteurs de ce manifeste soucieux de restaurer la dignité ainsi que la noblesse de la science juridique, se désolidarisent de cette présentation du Droit comme une discipline où la ruse, la rhétorique creuse, la spéculation… officient en maîtresses. Cette vision du Droit que le Conseil constitutionnel promeut dans l’imaginaire collectif naturellement ne peut rencontrer l’assentiment des universitaires rédacteurs de ces lignes. Plus que des législateurs (jurislateurs) ou des diseurs du droit (magistrats), c’est la conscience du Droit tout bonnement que la communauté universitaire entend incarner, et ce, sans prétention aucune.
In fine, pour paraphraser Ronald Dworkin, les lignes qui parcourent ce manifeste sont une invite à tous les acteurs de la science juridique à prendre le Droit au sérieux.

Le texte entier est publié ici.

Le Président contre le peuple

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 17, 2016

Il y a un mois, j’écrivais ici même :

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

L’expédient trouvé par Macky Sall a consisté à demander l’avis du Conseil Constitutionnel sur la rétroactivité éventuelle d’une modification constitutionnelle, à se voir répondre que nos Cinq Singes pardon Sages n’aiment pas les lois rétroactives et à en conclure que l’avis du Conseil le liant, il n’a vraiment d’autre choix que de continuer à jouir du pouvoir pour deux années de plus contrairement à son désir le plus profond. Il n’est même pas besoin d’argumenter contre un acte aussi méprisable.

  1. Une promesse réaffirmée à plusieurs reprises sur toutes les plateformes doit être respectée, quel qu’en soit le prix.
  2. Un AVIS du Conseil Constitutionnel est un AVIS pour une bonne raison : c’est un AVIS, EN AUCUN CAS UNE DÉCISION. (J’ai même honte d’écrire une telle platitude.) Le Président a pris soin, durant tout son discours, de nommer DÉCISION ce qui n’est qu’un AVIS des Cinq Singes pardon
  3. Si personne –les juristes moins que tout autre– n’aime les lois rétroactives qui sont sources d’insécurité, il y a cependant des circonstances dans lesquelles de telles lois sont parfaitement acceptables. En l’occurrence, le peuple entier modulo quelques carriéristes et corrompus à la solde de ce pouvoir, veut de cette modification constitutionnelle et de son applicabilité immédiate.
  4. Je veux bien croire que le Président est entouré de pieds nickelés mais je ne puis croire qu’aucun d’eux n’est au courant du Précédent Poutine. Le Président pourrait faire passer la modification constitutionnelle, démissionner, laisser le pouvoir au Président de l’Assemblée, se faire nommer Premier Ministre, organiser des élections auxquelles il se représenterait, etc.

Le Président et ses affidés essaient de nous faire croire que c’est librement que Macky Sall avait décidé de réduire son mandat de sept à cinq ans et que donc son incapacité à tenir cette promesse ne saurait lui être reprochée parce que c’était une promesse libre faite sans contrainte et qu’il a essayé de tenir par tous les moyens mais que son sens scrupuleux de la séparation des pouvoirs l’empêche de tenir sauf à violer la loi fondamentale. Rappelons déjà qu’on parle de l’honorable gentleman qui, ministre de l’intérieur, avait tabassé un président de bureau de vote pour voter sans carte d’identité, qui, Président de la République, continue à présider un Conseil Supérieur de la Magistrature se tenant au Palais, s’est prononcé sur la culpabilité de Karim Wade avant le verdict, se permet de ralentir ou d’accélérer les enquêtes pour corruption au gré de ses alliances politiques et récupère de présumés délinquants dans son entreprise de massification de son parti politique. Cet honorable gentleman donc, sous prétexte de respect scrupuleux de la loi, veut violer une promesse électorale. Par ailleurs cette promesse n’a pas été consentie sans contrepartie. Le consensus qui prévalait en 2012 était qu’il fallait que le prochain président s’engageât à faire un quinquennat plutôt qu’un septennat. Ce consensus était porté par des organisations de la société civile comme le M23. C’est devant ces organisations que le futur Président de la République s’était engagé, entre les deux tours, à réduire son mandat et à appliquer le programme des Assises Nationales. Cette promesse a donc été faite dans un contexte ou le Président avait besoin du soutien de ces organisations pour gagner la Présidentielle et n’est en aucun cas une grâce que le Président de la République voulait nous accorder en vertu de son bon vouloir et de son sens démocratique.

Comme toujours avec Macky Sall, ce qui m’énerve c’est que c’est un Wade au petit pied qui fait perdre du temps au pays. Il a maintenu le suspense pendant quatre ans, a essayé les expédients les plus médiocres, n’a strictement rien fait sur le plan politique et finit par se ridiculiser. Ce qui va se passer maintenant, c’est que nous aurons pendant deux ans un Président délégitimé qui se fera contester partout où il passera. Le pays deviendra ingouvernable à l’instar de ce qui se passe déjà à l’Assemblée Nationale où les tripatouillages d’une majorité téléguidée du Palais ont tellement abaissé l’Institution que, pour la première fois de notre histoire, nous assistons à des pugilats entre députés. Personne ne peut, au bout de quatre ans de mandat, citer plus de trois réalisations incontestablement positives de ce Président. Les deux années qui arrivent seront pires : le pays perdra son temps en querelles stériles de politiciens. L’Administration, qui se sent déjà insultée par Macky Sall qui l’a à plusieurs reprises décrétée incompétente, n’aura aucune loyauté envers un Président qui vient violer de manière aussi obscène son serment. Les populations sortiront dans la rue pour un oui ou un non (coupures d’électricité ; absence de profs de philo ou de maths dans les écoles)

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

Les dangereuses improvisations antiterroristes du Président Sall

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on novembre 11, 2015

La bonne nouvelle est que nos autorités semblent enfin prendre au sérieux la menace terroriste. Il y a eu une vague d’arrestation d’imams. Le Président de la République semble avoir prononcé un discours plutôt important définissant la doctrine antiterroriste du pays. Ce qu’il y a sur le site de la Présidence ne casse certes pas trois pattes à un canard même s’il y a des idées intéressantes. Je suppose que c’est ce qui a été préparé.

Le Président de la République semble cependant avoir improvisé.

Sur Seneweb, on nous apprend qu’il aurait dit :

« A coté de ces politiques, il faut développer un discours philosophique et théologique. Cela nécessite une formation des imams dans le sens d’un islam tolérant. Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion. On a jusque là connu un islam modéré et tolérant. Donc, ça c’est une question de la société toute entière. Ce n’est pas seulement l’affaire de l’État, mais lorsque l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions, ni même à nos conceptions de l’islam, nous devons avoir le courage de combattre cette forme excessive d’imposer. De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas accepter que des modèles qui nous viennent, je ne sais d’où, soient imposées en Afrique»

Le Soleil quant à lui fait dire au Président :

« nous devrons travailler sur les pays qui ont le même modèle islamique ». « Nous avons aussi besoin d’une collaboration pour mettre en place des académies et des écoles. Il est nécessaire d’avoir un volet  dans la formation des élites, pas seulement des imams dans cette bataille psychologique »

Le chef de l’Etat sénégalais a rappelé que la lutte contre le terrorisme doit être « l’affaire de toute la société » en faisant la distinction entre l’Islam africain et l’Islam d’ailleurs, fustigeant le « port du voile intégral qui n’est pas africain et ni conforme à notre culture ». « Nous devons avoir le courage de combattre et de ne pas accepter une autre forme de l’Islam que l’Islam tolérant que nous connaissons même s’il y a des gens prompts à financer. La société civile et la classe politique doivent être à l’avant-garde de ce combat. J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne », a averti le président Sall.

Autant j’ai été paniqué toutes ces années de la légèreté avec laquelle notre classe politique traitait la question du terrorisme, autant les présidentielles improvisations de Macky Sall me paraissent malvenues et, pour tout dire, potentiellement dangereuses pour le pays.

Commençons par le tenace mythe de l’islam noir qui serait tolérant parce que syncrétique. Je ne vais pas me prononcer sur le fonds. Le président dit :

Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion.

Le problème, c’est que l’État du Sénégal n’adopte strictement aucune religion. Nous sommes une République laïque cela veut dire que nous traitons exactement toutes les religions de la même manière. Les citoyens sénégalais ont des choix philosophiques et religieux que l’État n’a pas à sanctionner. L’État les accompagne dans toute pratique religieuse qu’ils choisissent et qui est conforme à notre Constitution. S’immiscer dans les pratiques des citoyens pour voir s’il est tolérant ou pas n’appartient ni à Macky Sall ni à qui que ce soit d’autre. La seule chose que nous demandons à notre État, c’est de veiller au respect des lois et d’assurer la sécurité publique.

Comme toujours quand on régule ce genre de choses, c’est sur les femmes que l’on tape et Macky Sall n’échappe apparemment pas à la règle qui dit que :

l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions

D’abord faut arrêter avec nos cultures et traditions. Nous n’avons pas élu un défenseur de nos cultures et traditions mais un Président de la République. Ensuite, si des femmes estiment qu’elles doivent s’habiller de telle ou telle manière de quel droit le Président de la République se permet-il de décider de la conformité de leur habillement à nos cultures et traditions ? Une minijupe correspond-elle à nos cultures et traditions ? Nos traditions sont-elles chrétiennes, islamiques ou païennes ? Le port de la barbe s’y conforme-t-il ? Le voile intégral est typiquement le genre de faux problèmes que l’on agite quand on est impuissant à améliorer la situation. Pourquoi des femmes choisissent-elles de se voiler ? Pourquoi nous réfugions-nous dans des formes de religiosité radicales ? Peut-être parce que nous sommes horrifiés par la corruption de ce qui aurait du nous servir de norme religieuse ? Peut-être parce que notre situation économique est tellement désespérée que nous parions tout sur l’au-delà ? Je n’en sais rien et à vrai dire, qui suis-je pour juger des choix religieux des gens ?

Au passage, Macky Sall nous rappelle subtilement qu’il avait glorieusement résisté à la puissance américaine sur la question de l’homosexualité :

De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer.

Il y aurait donc, dans son esprit une égalisation entre l’homosexualité et l’islam radical. J Là, je suis bien d’accord avec lui : homo, hétéro ou salafiste, je pense que l’État n’a pas a rentrer dans la vie des gens tant qu’ils ne commettent pas d’activité délictueuses. Maintenant si l’État s’amuse à criminaliser ce que les gens font paisiblement (par exemple porter le voile intégral ou pratiquer un islam rigoriste) pour ensuite venir arrêter les gens, je crois qu’il y a un problème.

Enfin, plus grave, si j’en crois le Soleil qui est quand même le journal officiel, Macky Sall termine en menaçant son opposition républicaine :

J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne

Donc notre Président s’arroge le droit d’arrêter qui il veut au nom de la menace terroriste et il faudrait que personne ne moufte ? Comme souvent en matière de lutte contre le terrorisme, les politiciens veulent préserver nos libertés en nous les confisquant. Non merci. Un Président qui s’est montré singulièrement aveugle sur le Mali, qui a failli conforter des putschistes au Burkina et qui expulse de opposants gambiens nous demande les pleins pouvoirs au nom de la lutte contre le terrorisme ? Non, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Parmi les idées intéressantes du discours présidentiel, il y a l’idée que le terrorisme nait de l’inégalité et de la pauvreté. C’est justement pour résoudre ces problèmes là qu’on a élu Macky Sall. Pour l’instant, nous ne voyons aucune amélioration de notre situation économique. Les pauvres n’arrivent toujours pas à se soigner ni à assurer une éducation de qualité à leurs enfants. Une minorité de délinquants (et de) politiques s’enrichit toujours plus alors que les autres s’appauvrissent. Pour lutter contre le terrorisme, le Président doit laisser la police et la justice faire leur boulot et faire le sien qui est d’améliorer le sort de nos concitoyens. Il n’a pas besoin des pleins pouvoirs pour ça !

Touba comme non problème

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on juillet 9, 2014

Dans les salons feutrés où les instruits sénégalais font semblant d’être des intellectuels, quand portes et fenêtres sont closes, nous parlons parfois de Touba. Ce que nous y disons avec virulence et que nous faisons semblant d’oser dire en public est que Touba est un pouvoir féodal qui va détruire la République si des intellectuels aussi éclairés et courageux que nous ne nous saisissons de cette affaire et n’obligeons notre gouvernement à combattre ce centre de pouvoir alternatif. Touba, il est vrai a acquis une considérable influence dans le débat public depuis que le Président Wade, dans sa maléfique entreprise d’abaissement des valeurs républicaines, a décidé de publiquement faire allégeance au marabout. Wade n’était bien évidemment motivé par aucune vraie foi. Son but était double : d’une part s’assurer à peu de frais l’électorat mouride et d’autre part miner le sentiment républicain à un point tel que ses turpitudes ultérieures paraitraient normales. M. Macky Sall, lorsqu’il aspirait au poste de Président de la République du Sénégal avait semblé vouloir reprendre le pouvoir sur Touba. Son affirmation que : « Les marabouts sont des citoyens comme les autres. » avait été comprise comme visant particulièrement Touba et saluée ou honnie en conséquence. Malgré cette affirmation, Macky Sall a été élu suscitant immédiatement l’ire plus ou moins voilée de Touba. Contre toute attente, le Président Sall a multiplié les actes d’allégeance envers Touba, en pure perte bien évidemment, ce qui ne manque pas d’inquiéter les instruits sénégalais qui font semblant d’être des intellectuels.

Trois épisodes ont particulièrement dérangé.

  • D’abord un estimé professeur de l’Ucad, double agrégé et docteur d’État a, de manière quelque peu… hum… imprudente, commis un livre dans une maison d’édition quelque peu… hum… disons grand public, livre dans lequel il affirmait (semble-t-il) que le prophète Mahomet n’avait fait rien de plus que recycler dans le Coran les historiettes grecques qui trainaient à l’époque. L’on s’attendait certes à ce que le livre fît modérément scandale parmi les autoproclamés et télévisuels défenseurs de la foi mais le Sénégal étant le Sénégal, ça ne devait pas dépasser un certain niveau. Les choses atteignirent cependant des proportions inattendues lorsque, out of the blue, le Khalife Général des Mourides himself revêtit son manteau de défenseur de la foi et commit un communiqué de presse condamnant dans les termes les plus fermes l’insulte à l’islam que lui paraissait être le livre de notre estimé collègue. Les mourides étant connus pour parfois devancer quelque peu violemment les désirs de leur guide spirituel, nous nous inquiétions tous pour notre collègue. Ce dernier nous épargna charitablement la nécessité de le défendre en décidant, de manière quelque peu … hum… disons non universitaire, de platement s’excuser d’avoir écrit ce livre.
  • Ensuite lors de la confection des listes électorales pour les élections municipales et locales qui viennent de s’achever, il a d’abord été décidé qu’il n’y aurait qu’une seule liste électorale à Touba et que le Khalife Général des Mourides lui même se chargerait de la confectionner[1]. Quand la liste parut, on se rendit compte que contrairement aux dispositions de la loi sénégalaise, il n’y avait aucune femme. Cette liste était donc illégale. Au lieu de pointer ce fait notre ministre de l’intérieur lui-même choisit de faire une sortie dans laquelle il affirmait en que si la loi de la République n’avait pas l’heur de plaire à Touba, il était évident que le consensus républicain et la volonté générale voulaient que la République ignorât ses propres lois pour complaire aux desiderata du Khalife. En conséquence, la liste serait présentée telle qu’elle aux électeurs. L’on protesta prudemment mais mollement et tout le monde fit semblant d’être trop occupé pour coucher sur papier ou rappeler devant un micro cette évidence que la loi de la République devait s’appliquer sur tout le territoire de la République.
  • Enfin, alors que l’on n’avait pas fini de s’étrangler devant une telle forfaiture ministérielle et de trouver le moyen d’ignorer subtilement notre propre lâcheté, un des députés les plus… hum… disons hauts en couleur, de notre assemblée nationale décida d’insulter au téléphone de la manière la plus vulgaire possible un membre de la noble famille du Khalife général des mourides. Ce député est, comme il se doit pour un député sénégalais, immensément riche et se trouve être élu de Touba. Sa conversation se retrouva comme par miracle sur internet. S’ensuivit une expédition punitive apparemment menée par UNE ÉMINENTE MEMBRE de la noble famille du Khalife générale des mourides –au fait s’ils ont en leur sein de telles amazones au sens de l’initiative si avéré, pourquoi ne pas simplement les coopter dans la liste des aspirants conseillers municipaux afin de répondre aux exigences de la loi ? Les voies du Khalife sont décidément bien mystérieuses !– Quoiqu’il en soit, cette expédition punitive saccagea domiciles et entreprise de notre député. La gendarmerie évacua certes la famille du député sauvant des vies mais ne fit strictement rien pour protéger les biens d’un homme qui était pourtant un représentant du peuple. Le saccage s’étant fait devant des caméras de télévision, l’on arrêta mollement 19 personnes qui furent libérées le lendemain au grand dam de la magistrature sénégalaise qui protesta officiellement contre une libération qu’elle imputait au politique mais se garda bien de creuser plus avant les circonstances d’une telle sortie de prison.

Devant ces trois épisodes, nos théoriciens de salon ont tendance à parler (en privé, ils sont pas fous) d’un problème Touba et à tenir les discours les plus virulents contre l’autorité spirituelle de cette Ville que tout le monde ici dit Sainte.

Bizarrement, je ne pense absolument pas que nous ayons un problème Touba. Le véritable problème que nous avons, c’est la lâcheté de notre élite, qu’elle soit politique ou intellectuelle. Mon père, qui n’est absolument pas un féministe, m’a confié avoir été choqué par l’apathie des organisations féministes qui auraient du exiger de l’État qu’il élimine une liste illégale remettant en cause un acquis des femmes. Mais bien sûr, les femmes qui dirigent les organisations féministes sénégalaises sont des membres de l’élite sénégalaise et donc aussi lâches que leurs homologues mâles. Paradoxalement, notre peuple quant à lui, même quand il est mouride, semble faire parfaitement la part des choses entre ce qu’il doit au spirituel et ce qu’il doit au temporel… Sauf quelques excités bien sûr. Le problème, c’est que notre gouvernement est trop lâche pour s’occuper de ces excités qui existent partout. Je suis scié que Macky Sall, ne le comprenne pas. Après tout, lors de la campagne électorale des présidentielles, non seulement il a dit que les marabouts étaient des citoyens comme les autres, mais il a également affirmé qu’il légaliserait l’homosexualité. Ces deux « fautes » ont été instrumentalisées à mort par le camp Wade. Ça ne l’a pas empêché d’être élu par une majorité de l’électorat. Je ne comprends pas qu’après cela, il éprouve le besoin de s’aplatir devant des marabouts qui de toute évidence n’ont qu’une influence marginale sur l’électorat. Lors des dernières législatives, la population a encore récidivé dans l’expression d’un sentiment républicain que notre élite s’évertue à lui nier. Il n’y a qu’une seule liste à Touba et cette dernière a été autorisée à se présenter malgré son caractère illégal. La ville de Touba est censée être ultra acquise au marabout. Malgré tout, le jour des élections, la dite Liste du Khalife l’a certes emportée mais alors qu’elle a obtenu 20 468 voix, il y a eu 1151 bulletins nuls et… 18 813 bulletins blancs. J’insiste, 18 813 citoyens, presque 50% des votants se sont déplacés pour aller mettre dans l’urne non pas le bulletin dont on affirmait qu’ils en voulaient évidemment mais un bulletin blanc leur permettant d’exprimer leur désaccord avec qu’on leur imposait au nom de leur supposée croyance religieuse. Il me semble que ces citoyens ne sont pas de moins bons mourides que les autres. C’est juste qu’ils se trouvent également être républicains. 50% de républicains parmi les votants d’une ville qui est censée être un repaire de fanatiques ? J’aurais souhaité pouvoir dire que je crois qu’il y a autant de défenseurs la République dans notre assemblée nationale et dans les autres ghettos où se concentre notre soi disant élite ; je ne le puis…

[1] Franchement, je ne suis même pas sûr de ça tellement cela s’est fait dans la confusion et les discussions subséquentes ont été prudentes et modérées contrairement à tous les usages sénégalais.

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Hydro-guerre au Sénégal #EauSecours

Posted in Oh my God!, Politique, Sénégal by hadyba on septembre 28, 2013

Ça fait maintenant plus de 15 jours que la capitale sénégalaise, Dakar, n’a pas d’eau courante. C’est variable. Une minorité de quartiers a eu de l’eau courante durant toute cette période. D’autres en ont à certaines heures de la journée, habituellement entre 4h du matin et 7-8h du matin. La plupart des quartiers, notamment la grande banlieue dakaroise mais pas uniquement, n’ont pas vu une seule goutte d’eau couler du robinet de toute la quinzaine.

Pénurie

Ces coupures ont commencé le 12 septembre, nous sommes aujourd’hui le 28 septembre aucune amélioration n’est en vue. La cause de la rupture de la fourniture d’eau est l’éclatement d’un tuyau qui se trouve dans un village perdu pas très loin du Lac de Guiers. Le village de Keur Momar Sarr est instantanément devenu célèbre et, le Sénégal étant le Sénégal, tout le monde est devenu ingénieur hydraulique spécialisé dans les tuyaux et canalisations. Le consensus semble être que la Société des Eaux (SDE) est fautive. Ce d’autant plus que l’ancienne société nationale des eaux (Sones) a été démantelée en 96 et divisée en deux boites : une privée ; la SDE vendue à Bouygues et une public, la Sones. Personnellement, je me hâterai d’autant moins d’accuser les méchants pillards capitalistes et étrangers qu’il me semble me souvenir que le rôle de la SDE est de vendre l’eau et de s’occuper des petites réparations alors que la Sones serait chargé du gros œuvre ; d’où cette molle justification. La suite nous édifiera. Le Sénégal ne manquant pas de juristes capables de lire un contrat d’affermage.

Ce qui m’a intéressé, c’est l’incompétence avec laquelle notre gouvernement a géré cette crise.

Les 6 premiers jours, il y a eu exactement zéro réaction de la part d’un membre quelconque de cette auguste équipe. Aucun de nos ministres n’a exprimé la moindre compassion envers le peuple qui souffrait et encore moins proposé de solutions. Puis la presse nous a appris que les Sapeurs pompiers avaient été mobilisés pour distribuer de l’eau à nos prétendues personnalités ainsi qu’aux… hôtels !

Plus que l’absence de réaction gouvernementale, c’est cet amalgame entre personnalités et hôtels qui m’a choqué. Notre élite politique actuelle ne partage pas le sort qui est le lot commun du peuple. D’une certaine manière ça peut se comprendre. Des ministres puants ne nous seront d’aucune aide. Mais pourquoi approvisionner des hôtels dans lesquels résident pour la plupart des étrangers de passage ? Précisément parce que ce sont des étrangers qui s’y trouvent. Nous sommes gouvernés par une élite qui méprise le peuple qui l’a élu mais nourrit des complexes face aux étrangers surtout blancs.

Quoiqu’il en soit notre gouvernement a fini par se rendre compte qu’il y avait un petit problème. Nous avons d’abord eu droit au sinistre Latif qui a affirmé que le gouvernement n’était pas fautif, la SDE étant une entreprise privée. Ensuite ce furent les rodomontades de Mimi Touré notre première ministre et les promesses de notre ministre de l’hydraulique. Après avoir été dûment tancée, la SDE a achevé les réparations en début de semaine… pour voir le tuyau exploser de plus belle. Mimi Touré s’est donc rendue à Keur Momar Sarr et s’est fait filmer en train d’engueuler le directeur de la SDE. Elle a promis la fin de l’impunité de la SDE et ordonné au directeur de la SDE de rester dans ce bled pourri tant que le tuyau ne serait pas réparé. J’aurais adoré que le directeur de la SDE lui signale 1) qu’en tant que privé il n‘avait pas d’ordre à recevoir de la première ministre et 2) que c’était l’État et en l’occurrence le ministre de l’hydraulique de l’époque à savoir un certain Macky Sall qui avait commandé ce tuyau problématique pour commencer ! Mais le directeur de la SDE semble être un homme pondéré.

Jeudi alors qu’on espérait un retour de l’eau le lendemain, le tuyau a de nouveau explosé expédiant 6 ouvriers à l’hôpital. Voyant enfin que la situation était grave, notre Président de la République décidât de prendre les choses en main.

Stephen Colbert avait eu une phrase dévastatrice pour Bush après Katrina :

I stand by this man. I stand by this man because he stands for things. Not only for things, he stands on things. Things like aircraft carriers, and rubble, and recently flooded city squares. And that sends a strong message: that no matter what happens to America, she will always rebound—with the most powerfully staged photo ops in the world.

Macky Sall et son équipe ont décidé de montrer au monde que le Sénégal aussi savait mettre en place des photo-ops dignes de Bush Jr. Pour que la référence fut claire, notre Président commença son offensive par une référence à Kartina et par une injonction religieuse digne de Bush Jr : « Quand il y a des difficultés il faut s’en remettre à Dieu. » Puis il continua en menaçant un peu les éventuels fauteurs de troubles : « Ce n’est pas en brûlant des pneus qu’on arrivera à déstabiliser le pouvoir »

Le soir même le Président se fit habiller en militaire par son équipe de com’ et se rendit à Keur Momar Sarr. C’est donc officiel, Son excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal, Chef des armées a décidé de faire la guerre au tuyau de Keur Momar Sarr. Mettons donc-les images pour effrayer un peu ce tuyau.

DébarquementMackyen

MiliMacky

Maintenant, cet accoutrement est la chose la plus stupide qu’une équipe de com’ sévissant au Sénégal ait jamais pondue. Et Dieu sait que nous avons eu droit à notre lot de communicants !

D’abord, Macky Sall fait bien 450 kilos ce qui n’est pas génial pour donner l’image d’un chef de guerre. Ensuite, même si au Sénégal nous respectons notre armée, la société n’est absolument pas militarisée et les gens ne sont pas habités par une admiration délirante pour les hommes et femmes en uniforme. Ces derniers sont simplement des citoyens sénégalais, certes fiables et respectables mais pas plus que le reste du corps social. Nous n’avons absolument pas la tentation de voir un militaire prendre le contrôle du pays pour mettre de l’ordre dans les affaires civiles. Nous préférons notre désordre démocratique même s’il produit des dirigeants comme Macky Sall. Enfin, c’est une occasion en or pour les opposants de parler de tentation dictatoriale de la part de Macky Sall. Ils vont affirmer qu’il veut instaurer une dictature militaire et qu’il se prend pour son Excellence Yaya Jammeh.

Le pire dans tout ça, c’est que ça n’effraiera même pas le tuyau de Keur Momar Sarr et que ce tuyau ne se réparera pas tout seul, impressionné par la prestance militaire de Macky Sall… Décidément, ce mandat sera  long !

MackyFatigué

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Macky Sall vs Abubacarr Saidykhan Ceesay

Posted in Sénégal by hadyba on août 15, 2013

Je ne trouve pas vraiment que la société sénégalaise soit à ce point tolérante ni particulièrement accueillante pour l’étranger ou même la simple différence. Il y a certes une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans mais il serait pas exemple inconcevable qu’un Sénégalais actuel se déclare athée et à part chez les sérères, aucune famille sénégalaise n’accepterait qu’un des siens change de religion sans au moins le renier. Notre soi disant accueil bienveillant des étrangers n’est souvent qu’un leurre destiné à les dépouiller méthodiquement, avec un sourire hypocrite et sans aucun scrupule de leur argent. Je ne parle même pas de notre système légal dont le droit de la nationalité ôterait toute velléité de faire la leçon aux français que nous qualifions régulièrement de racistes.

Par un miracle sans doute du à l’activisme de Senghor et à la qualité de nos premiers dirigeants, nous avons réussi à maintenir une fiction prégnante selon laquelle le Sénégal serait le pays par excellence de l’hospitalité. Nous avons même réussi à imposer à tous les journalistes paresseux du monde le label pays de la Téranga. Nous sommes le pays de la Téranga. Nos équipes nationales sont passées de Lions à Lions de la Téranga. Et quiconque veut passer pour un spécialiste du Sénégal n’a qu’à prononcer le mot Téranga ; il nous flatte et passe pour expert. Ce mot teraanga vient du wolof et se traduirait par un mixte entre être hospitalier et faire des honneurs. Supposément, nous n’accueillerions pas seulement les étrangers, nous les comblerions d’honneurs. Bien sûr cela arrive mais l’étranger en question a intérêt à ne pas être trop pauvre et à ne pas trop s’attarder dans nos pattes.

Quoiqu’il en soit, que la téranga soit une réalité ou pas, la vérité était que notre état de droit garantissait jusqu’à très récemment les droits des étrangers en les traitant exactement avec la même indifférence qu’il traite nos concitoyens. Beaucoup de jeunes étrangers vivant ici ne découvraient pas exemple la différenciation des droits entre leurs camarades sénégalais et eux qu’au moment du bac en se rendant compte qu’ils devaient vraiment payer des droits exorbitants pour passer le premier examen universitaire du pays. Le Sénégal étant une démocratie, les hôtes étrangers vivant parmi nous bénéficiaient naturellement des droits dont jouissent les citoyens sénégalais. L’un de ces droits est la liberté d’expression. En tant que citoyens sénégalais nous nous faisons une joie d’agonir nos dirigeants. Nous les élisons pour avoir quelqu’un à blâmer pour ce qui ne marche pas ; ce qui marche étant bien entendu dû à notre génie propre, à nos marabouts ou à toute autre cause que nous choisissons. Bien sûr, les étrangers vivant au Sénégal ont tous les droits de participer à ce sport national. Nous ne faisons pas vraiment de différence entre indigènes et étrangers quand il s’agit de dire du mal de nos politiciens.

Les étrangers ayant le droit d’agonir nos dirigeants, ils ont a fortiori le droit de critiquer les leurs quand ils vivent chez nous. Le Sénégal a une longue tradition d’accueil d’activistes politiques en délicatesse avec leurs gouvernements, que ces gouvernements soient démocratiques ou dictatoriaux. C’est tout naturellement que les étrangers vivant ici se servent de leur liberté d’expression pour critiquer un régime n’acceptant aucune critique interne. Il n’a jamais été question pour aucun gouvernement sénégalais, de Senghor à Wade, de restreindre la liberté d’expression des étrangers. Il eut été en effet paradoxal qu’un chef d’État se faisant traiter de tous les noms par sa propre presse se fasse dicter des lois liberticides par ses collègues étrangers.

Macky Sall semble avoir moins peur du paradoxe que ses prédécesseurs. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le Sénégal semble vouloir renoncer à son label de pays de la Téranga pour complaire aux diktats de despotes que nous n’avons pas élus. C’est maintenant au moins la troisième fois que le gouvernement de Macky Sall s’emploie à éloigner du territoire national un hôte étranger n’ayant d’autre tort que d’avoir usé de sa liberté d’expression. Le Sénégal accueillait depuis des lustres Koukoy Samba Sagna opposant gambien. Dans sa folle jeunesse ce dernier avait fomenté un coup d’État contre Daouda Diawara premier président de son pays. Un corps expéditionnaire sénégalais avait empêché le coup d’État ; le Sénégal avait néanmoins accepté Koukoy Samba Sagna comme réfugié politique. Ce dernier avait même fini par acquérir la nationalité sénégalaise. Nonobstant ce fait le gouvernement de Macky Sall a pris sur lui d’expulser du Sénégal un Koukoy malade causant par là même sa mort au Mali. En mars dernier notre gouvernement nous a fait honte en essayant de complaire au dictateur Tchadien en expulsant Makaila NGuebla vers la Guinée. Cela avait donné l’occasion à la France de nous donner une magistrale leçon de Téranga en l’accueillant comme réfugié politique. L’on aurait cru que notre gouvernement comprendrait que, vues les valeurs et la réputation du Sénégal, essayer de complaire aux dictateurs étrangers en éloignant leurs opposants de notre territoire national n’était pas une bonne idée. Apparemment c’est gens là n’apprennent jamais. PressAfrik nous apprend en effet qu’ils essaient encore une fois d’expulser un réfugié politique Gambien, le journaliste Abubacarr Saidykhan Ceesay.

Présenté comme un journaliste d’investigation, il avait dénoncé l’exécution en Gambie des sénégalais Tabara Samb et Djibril Bâ et a voulu à l’époque organiser une manifestation de protestation. Ceesay était arrêté et emprisonné après sa libération avec l’intervention de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Banjul, il s’était refugié à Dakar.
Abubacarr Saidykhan Ceesay
Abubacarr Saidykhan Ceesay

Aujourd’hui, des informations font état de sa possible expulsion vers Banjul car il demeure critique vers les autorités gambiennes.

Au bout de trois expulsions, on peut considérer qu’il ne s’agit pas là d’accidents mais d’une inflexion majeure de la politique diplomatique Sénégalaise. Le Président Macky Sall a clairement décidé que ses relations avec des dictateurs étrangers étaient plus importantes que la tradition sénégalaise qui veut que nous fussions un pays respectueux des droits des étrangers. Cette inflexion a été adoptée sans aucun débat démocratique. Au moment de renouveler le mandat du Président de la République, nous saurons nous en souvenir. En attendant, j’espère que la presse et notre opinion publique se mobiliseront suffisamment pour que M. Ceesay reste au Sénégal.

Le Sénégal est-il un narco-État?

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 19, 2013

Je trouve qu’il y a quelque chose de vexant à ce que le Sénégal devienne un narco-état sans que j’en sois prévenu. C’est comme toute cette histoire de Obama qui vient au Sénégal mais qui ne fait aucun effort pour me rencontrer !

Plus sérieusement, du temps de Wade, j’avais eu une discussion avec un ami spécialiste de ces choses là et je lui disais que le Sénégal était bien paradoxal. La condition pour que Wade pille le pays était qu’il nomme à tous les leviers de pouvoir de êtres non seulement incompétents mais totalement dénués de scrupules. Il ne s’en est pas privé et tous les rapports de la Cour des Comptes et des organisme étatiques chargés de signaler les faits de corruption montraient que les gangsters de Wade ne se privaient pas de piller le pays avec encore moins de subtilité que le Président et sa famille. La presse sénégalaise, étant bien plus libre que la française, ne se privait pas de signaler ces turpitudes même si elles étaient royalement ignorées par notre justice aux ordres. Au moins deux États voisins du Sénégal (la Guinée Bissau et la Gambie) étaient devenues des plaques tournantes du trafic de drogue. Le paradoxe sénégalais que j’identifiais était que le Sénégal ne s’était de toute évidence pas transformé en narco-état. Je n’arrivais pas à comprendre une aussi anormale vertu de la part de la bande de gangsters dont le président Wade s’était entouré. Notre hypothèse était que le Sénégal était bien trop sous la coupe de la France et des USA pour que cette ligne rouge soit franchie.

À présent, il y a deux bonnes raisons de croire que le Sénégal est bien un narco état mais que, aussi vexant et douloureux à envisager que ce soit pour moi, je n’en ai pas été informé.

La première raison est l’épisode de ABC. Alioune Badara Cissé, ancien ministre des affaires étrangères et très proche du Président Macky Sall avait été viré sans ménagement du gouvernement. Peu après la presse (un exemple…) avait commencé à dire qu’il l’avait été parce qu’il avait des accointances avec un trafiquant de drogue nigérian incarcéré à Saint Louis. Ça m’avait paru tellement énorme que j’avais mis ça sur le compte des exagérations habituelles d’une presse trop libre. Quelle ne fut ma surprise de prendre un verre à Paris avec un prof spécialiste du Sénégal et de me voir confirmer que non seulement c’était vrai mais qu’en plus c’étaient les américains qui avaient intercepté ses conversations et exigé sa tête. Merci Prism :-) !

Seconde raison de se poser des questions. Bien avant que cette histoire n’éclate un ami m’avait confié qu’après avoir arrêté un trafiquant de drogue, le nouveau chef de notre service antidrogues (le Commissaire Keita) s’était vu proposé de reconduire le même deal que le trafiquant de drogues avait avec son prédécesseur. Quel deal donc? interrogea le commissaire alléché  Vous me confiez toute drogue que vous saisissez et je la revends pour votre compte ! Lui fut-il répondu. Le commissaire stupéfait écrivit vertueusement un  rapport retranscrivant ce dialogue et le transmit à qui de droit. Maintenant, il faut savoir que le prédécesseur en question (le Commissaire Niang) était entre temps devenu Directeur Général de la Police Nationale ! Que se passa-t-il donc ? Le vertueux commissaire Keita se fit relever de ses fonctions et on essaya de faire passer toute cette histoire pour un règlement de comptes entre flics. Sauf que la presse a eu vent de l’affaire et qu’apparemment Interpol et les services US s’intéressent à notre DGPN.

Au total, nous avons deux cas de personnes très proches du cœur du pouvoir sur lesquels des soupçons de narcotrafic se portent. J’ai tendance à penser qu’un cas isolé peut être ignoré mais que quand il y en a deux, ça devient suspect. Certaines questions se posent. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de procédure judiciaire dans le cas ABC ? Pourquoi la première réaction de notre gouvernement a-t-elle été d’essayer d’étouffer toute cette histoire ? Y a-t-il de vraies enquêtes de moralité avant que notre Président de la République ne nomme ministre et hauts fonctionnaires ou bien le fait-il au gré de ses humeurs ? Et enfin, le Sénégal est-il -et jusqu’à quel point- gangrené par des réseaux trafics de drogue qui seraient  nichés au cœur du pouvoir ? Si ces questions ne sont pas franchement posées et si une réponse claire n’est pas apportée à chacune d’elles, il sera logique de penser que nous sommes un narco-état à l’instar de la Gambie et de la Guinée Bissau… auquel cas, le commissaire Keita (et dans une moindre mesure l’auteur de ce post) pourrait bien être victime d’un accident pas très accidentel:-)

État du Sénégal vs Makaila Nguebla

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on mai 27, 2013

Ce qui est pathétique dans cette justification par notre gouvernement du fait d’expulser du territoire Sénégalais un réfugié politique tchadien, c’est la contradiction qui se trouve pile à la fin du communiqué.

 Après avoir déshonoré notre pays en convoquant et en virant manu militari un citoyen tchadien présent au Sénégal depuis 2005 et auquel nous avons systématiquement refusé non seulement le statut de réfugié politique mais même le moindre titre de séjour l’autorisant à légalement résider dans ce pays, notre gouvernement est à la peine face au tollé suscité au Sénégal et à l’étranger par sa forfaiture. Il est en effet difficile d’expliquer qu’un blogueur dénonçant une dictature est plus dangereux que les milliers d’étrangers dépourvus de titre de séjour qui vivent dans ce pays sans être inquiété par qui que ce soit. Surtout quand on sait que certains de ces étrangers ont gouté aux joies des prisons sénégalaises sans qu’à leur sortie nous ayons jugé que leur délinquance était un motif d’expulsion.

Même si tout ceci me fait infiniment honte, je suis heureux que la mobilisation ait lieu et ne serai satisfait que si notre gouvernement se décide à adopter la seule attitude honorable : s’excuser pour avoir inconsidérément bouleversé la vie de Makaila Nguebla et lui attribuer un document lui permettant de vivre paisiblement dans ce pays et de voyager. Nous autres, citoyens sénégalais, sommes fiers de vivre dans un pays où nous avons le droit d’user de notre liberté d’expression pour critiquer nos gouvernants. Nous n’élisons pas ces derniers pour qu’ils servent de supplétif à des dictateurs étrangers.

Revenons au communiqué en question : les amateurs qui gèrent notre communication gouvernementale essaient de nous faire gober que l’expulsion de M. Nguebla entre dans le cadre d’une opération de police routinière. Cet homme, nous disent-ils, vit au Sénégal de manière illégale, il l’a reconnu, nous l’avons expulsé du pays. Fin de l’histoire. Soit. Un crétin fini, ignorant de la présence d’étrangers sans titre de séjour au Sénégal, aurait pu gober cette histoire. Sauf que nos communicants ne peuvent s’empêcher de se vanter de leur magnanimité ruinant par là leur argumentaire. Ils affirment en effet que :

 ‘’M. Nguebla a alors reconnu être dans une situation irrégulière avant de solliciter la bienveillance des autorités sénégalaises, afin qu’il lui soit accordé la possibilité de choisir un pays d’accueil où sa sécurité serait garantie’’, a dit M. Guèye, dans le communiqué.

Cette dernière demande, poursuit la même source, lui a été accordée par lesdites autorités ‘’qui l’ont, du reste, assisté jusqu’à son départ du territoire national, le 08 mai 2013’’.

Seulement, si Monsieur Nguebla n’est pas un réfugié politique si sa vie n’est pas en danger, quelle pertinence y a-t-il à le laisser choisir un pays où sa vie ne serait pas menacée ? Si nous reconnaissons qu’il y a des pays dans lesquels sa vie serait menacée n’est-ce pas là une raison suffisante de respecter nos obligations internationales, de lui reconnaitre le statut de réfugié politique et de veiller a son intégrité physique.

PS: Je dois avouer que ce qui me consterne le plus dans cette histoire, c’est le total amateurisme dont font preuve nos autorités incapables de voir où est leur propre intérêt ainsi que celui de notre pays et encore plus incapables de donner une justification cohérente de leurs choix. Plus que leur forfaiture, c’est leur stupidité qui m’inquiète.

Her Taylor is rich!

Posted in Sénégal by hadyba on avril 24, 2013

Maitre Wade avait promu une bande de gangsters incompétents et sans scrupule. De telles nominations lui permettaient d’installer dans les principaux lieux de pouvoir des pantins lui obéissant au doigt et à l’oeil et dont les excès masquaient le pillage systématique des ressources du pays par sa famille et lui. Les sénégalais n’ont cependant pas été longtemps dupes et il était clair bien avant la fin de son mandat que  le peuple ne supporterait pas que les crimes des Wade demeurent impunis. Je ne sais pas à quel point Macky Sall est personnellement convaincu de la nécessité de poursuivre les Wade. Il est possible qu’il ne le fasse que parce qu’il sait que s’il ne le faisait pas, le peuple se retournerait contre lui. Quoiqu’il en soit, bien que le Présidet Sall ait affirmé que Mr Wade lui-même ne serait pas inquiété, Karim Wade est pour l’instant en prison et je ne désespère pas que les enquêtes en cours ne révèlent des faits tels que les juges n’auraient d’autre choix que de juger Mr Wade.

Si Macky Sall semble avoir compris la nécessité de faire traduire en justice au moins une partie de la bande gangsters de Wade, il ne semble pas avoir conscience du fait que si nous avons cette exigence, c’est parce qu’au delà des mots et des symboles, nous aspirons à un État véritablement vertueux où les nominations se feraient selon le mérite et non selon le bon vouloir d’un Président que se prendrait pour un prince.

Non content de nommer ses alliés politiques à des postes de Président de Conseil d’Administration d’entreprises publiques sans tenir compte de leur totale absence de qualifications, le Président Sall semble se croire obligé de trouver de lucratifs points de chute à tous les parents et alliés de son épouse. À chaque lendemain de Conseil des Ministres, la presse a désormais beau jeu de décortiquer les nominations pour pointer les liens de parentés entre les personnes nommées et soit le couple présidentiel, soit un des proches. Les choses deviennent caricaturales quand un mec qui se présente comme le tailleur Mme Sall se sent obligé de donner une interview pour justifier sa nomination par le Président de République au Conseil Économique Social et Environnemental et affirmer qu’il ne la doit pas au simple fait d’avoir cousu des tuniques pour notre Première Dame. L‘interview en elle-même est instructive. Prenez sa réponse à la question de savoir s’il croit mériter sa nomination:

Vous pensez donc que votre nomination au CESE méritée…?

(Il coupe) Nous sommes en politique. Si aujourd’hui je suis membre du CESE, c’est parce que je le mérite. J’ai un parcours politique avec une base solide à Biscuiterie.

Le problème justement, c’est que le CESE n’est pas censée être politique. C’est censé être un groupe de personnalités indépendantes et qualifiées qui peuvent aider à définir les orientations que prendra le pays. La liste des personnalités choisies par le Président de la République est non seulement ridiculement politique mais surtout composé de personnalités pour la plupart totalement dénuées de la moindre expertise valable pour la définition de la moindre orientation en matière politique publique. Il aurait été admissible que Macky Sall choisisse, parmi ses affidés, des personnes compétentes pour peupler ce CESE ou qu’il ne mette qu’une poignée d’incompétents. Mais là, on a juste l’impression que la compétence est le dernier des souci d’un président de la République uniquement préoccupé par le fait de récompenser des leaders politiques et des personnalités médiatiques qui autrement lui auraient pourri la vie. Revenons à notre tailleur, comment voit-il son apport à ce noble Conseil?

Qu’est-ce que vous comptez apporter au Conseil économique, social et environnemental ?

Le CESE est une institution. Nous y sommes pour représenter le peuple sénégalais. Notre rôle c’est d’écouter les populations et de poser les problèmes concernant la demande sociale. J’ai accepté de siéger au CESE et je compte jouer mon rôle de représentant du peuple.

Clairement ce mec confond ce Conseil avec l’Assemblée nationale. Notre peuple élit ses représentants; ils siègent Place Soweto et votent les lois, pas au CESE.

L’on pourrait se dire qu’un peu de népotisme n’est pas vraiment évitable dans une démocratie et que peupler le CESE de politiques incompétents n’est pas dramatique mais il faut rapprocher ça du fait que le Procureur de Dakar a été relevé de ses fonctions hier. Macky Sall a parfaitement le droit de relever un Procureur de la République et de lui accorder une promotion ailleurs. Le problème, c’est que c’est un secret de polichinelle que M. Diagne a été relevé pour avoir refusé d’accorder un non lieu au délinquant dont on voit les agissements dans le film ci-après.

Certes, le délinquant en question est député de la République du Sénégal et membre d’un parti allié du Président de la République. N’empêche qu’un tel mépris pour l’indépendance de la justice me parait inquiétant. La bonne nouvelle c’est que jusqu’à preuve du contraire, c’est le peuple sénégalais qui a élu Macky Sall et si l’envie nous en prend, nous pouvons le démettre et exiger de son successeur qu’il fasse rendre des comptes à tous ceux qui ont bénéficié de son népotisme. Et nous recommencerons autant qu’il le faudra pour que nos politiciens comprennent qu’ils sont élus non pas pour régner mais pour gérer les affaires du pays en notre nom.

 

 

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