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Macky Sall vs Abubacarr Saidykhan Ceesay

Posted in Sénégal by hadyba on août 15, 2013

Je ne trouve pas vraiment que la société sénégalaise soit à ce point tolérante ni particulièrement accueillante pour l’étranger ou même la simple différence. Il y a certes une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans mais il serait pas exemple inconcevable qu’un Sénégalais actuel se déclare athée et à part chez les sérères, aucune famille sénégalaise n’accepterait qu’un des siens change de religion sans au moins le renier. Notre soi disant accueil bienveillant des étrangers n’est souvent qu’un leurre destiné à les dépouiller méthodiquement, avec un sourire hypocrite et sans aucun scrupule de leur argent. Je ne parle même pas de notre système légal dont le droit de la nationalité ôterait toute velléité de faire la leçon aux français que nous qualifions régulièrement de racistes.

Par un miracle sans doute du à l’activisme de Senghor et à la qualité de nos premiers dirigeants, nous avons réussi à maintenir une fiction prégnante selon laquelle le Sénégal serait le pays par excellence de l’hospitalité. Nous avons même réussi à imposer à tous les journalistes paresseux du monde le label pays de la Téranga. Nous sommes le pays de la Téranga. Nos équipes nationales sont passées de Lions à Lions de la Téranga. Et quiconque veut passer pour un spécialiste du Sénégal n’a qu’à prononcer le mot Téranga ; il nous flatte et passe pour expert. Ce mot teraanga vient du wolof et se traduirait par un mixte entre être hospitalier et faire des honneurs. Supposément, nous n’accueillerions pas seulement les étrangers, nous les comblerions d’honneurs. Bien sûr cela arrive mais l’étranger en question a intérêt à ne pas être trop pauvre et à ne pas trop s’attarder dans nos pattes.

Quoiqu’il en soit, que la téranga soit une réalité ou pas, la vérité était que notre état de droit garantissait jusqu’à très récemment les droits des étrangers en les traitant exactement avec la même indifférence qu’il traite nos concitoyens. Beaucoup de jeunes étrangers vivant ici ne découvraient pas exemple la différenciation des droits entre leurs camarades sénégalais et eux qu’au moment du bac en se rendant compte qu’ils devaient vraiment payer des droits exorbitants pour passer le premier examen universitaire du pays. Le Sénégal étant une démocratie, les hôtes étrangers vivant parmi nous bénéficiaient naturellement des droits dont jouissent les citoyens sénégalais. L’un de ces droits est la liberté d’expression. En tant que citoyens sénégalais nous nous faisons une joie d’agonir nos dirigeants. Nous les élisons pour avoir quelqu’un à blâmer pour ce qui ne marche pas ; ce qui marche étant bien entendu dû à notre génie propre, à nos marabouts ou à toute autre cause que nous choisissons. Bien sûr, les étrangers vivant au Sénégal ont tous les droits de participer à ce sport national. Nous ne faisons pas vraiment de différence entre indigènes et étrangers quand il s’agit de dire du mal de nos politiciens.

Les étrangers ayant le droit d’agonir nos dirigeants, ils ont a fortiori le droit de critiquer les leurs quand ils vivent chez nous. Le Sénégal a une longue tradition d’accueil d’activistes politiques en délicatesse avec leurs gouvernements, que ces gouvernements soient démocratiques ou dictatoriaux. C’est tout naturellement que les étrangers vivant ici se servent de leur liberté d’expression pour critiquer un régime n’acceptant aucune critique interne. Il n’a jamais été question pour aucun gouvernement sénégalais, de Senghor à Wade, de restreindre la liberté d’expression des étrangers. Il eut été en effet paradoxal qu’un chef d’État se faisant traiter de tous les noms par sa propre presse se fasse dicter des lois liberticides par ses collègues étrangers.

Macky Sall semble avoir moins peur du paradoxe que ses prédécesseurs. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le Sénégal semble vouloir renoncer à son label de pays de la Téranga pour complaire aux diktats de despotes que nous n’avons pas élus. C’est maintenant au moins la troisième fois que le gouvernement de Macky Sall s’emploie à éloigner du territoire national un hôte étranger n’ayant d’autre tort que d’avoir usé de sa liberté d’expression. Le Sénégal accueillait depuis des lustres Koukoy Samba Sagna opposant gambien. Dans sa folle jeunesse ce dernier avait fomenté un coup d’État contre Daouda Diawara premier président de son pays. Un corps expéditionnaire sénégalais avait empêché le coup d’État ; le Sénégal avait néanmoins accepté Koukoy Samba Sagna comme réfugié politique. Ce dernier avait même fini par acquérir la nationalité sénégalaise. Nonobstant ce fait le gouvernement de Macky Sall a pris sur lui d’expulser du Sénégal un Koukoy malade causant par là même sa mort au Mali. En mars dernier notre gouvernement nous a fait honte en essayant de complaire au dictateur Tchadien en expulsant Makaila NGuebla vers la Guinée. Cela avait donné l’occasion à la France de nous donner une magistrale leçon de Téranga en l’accueillant comme réfugié politique. L’on aurait cru que notre gouvernement comprendrait que, vues les valeurs et la réputation du Sénégal, essayer de complaire aux dictateurs étrangers en éloignant leurs opposants de notre territoire national n’était pas une bonne idée. Apparemment c’est gens là n’apprennent jamais. PressAfrik nous apprend en effet qu’ils essaient encore une fois d’expulser un réfugié politique Gambien, le journaliste Abubacarr Saidykhan Ceesay.

Présenté comme un journaliste d’investigation, il avait dénoncé l’exécution en Gambie des sénégalais Tabara Samb et Djibril Bâ et a voulu à l’époque organiser une manifestation de protestation. Ceesay était arrêté et emprisonné après sa libération avec l’intervention de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Banjul, il s’était refugié à Dakar.
Abubacarr Saidykhan Ceesay
Abubacarr Saidykhan Ceesay

Aujourd’hui, des informations font état de sa possible expulsion vers Banjul car il demeure critique vers les autorités gambiennes.

Au bout de trois expulsions, on peut considérer qu’il ne s’agit pas là d’accidents mais d’une inflexion majeure de la politique diplomatique Sénégalaise. Le Président Macky Sall a clairement décidé que ses relations avec des dictateurs étrangers étaient plus importantes que la tradition sénégalaise qui veut que nous fussions un pays respectueux des droits des étrangers. Cette inflexion a été adoptée sans aucun débat démocratique. Au moment de renouveler le mandat du Président de la République, nous saurons nous en souvenir. En attendant, j’espère que la presse et notre opinion publique se mobiliseront suffisamment pour que M. Ceesay reste au Sénégal.

État du Sénégal vs Makaila Nguebla

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on mai 27, 2013

Ce qui est pathétique dans cette justification par notre gouvernement du fait d’expulser du territoire Sénégalais un réfugié politique tchadien, c’est la contradiction qui se trouve pile à la fin du communiqué.

 Après avoir déshonoré notre pays en convoquant et en virant manu militari un citoyen tchadien présent au Sénégal depuis 2005 et auquel nous avons systématiquement refusé non seulement le statut de réfugié politique mais même le moindre titre de séjour l’autorisant à légalement résider dans ce pays, notre gouvernement est à la peine face au tollé suscité au Sénégal et à l’étranger par sa forfaiture. Il est en effet difficile d’expliquer qu’un blogueur dénonçant une dictature est plus dangereux que les milliers d’étrangers dépourvus de titre de séjour qui vivent dans ce pays sans être inquiété par qui que ce soit. Surtout quand on sait que certains de ces étrangers ont gouté aux joies des prisons sénégalaises sans qu’à leur sortie nous ayons jugé que leur délinquance était un motif d’expulsion.

Même si tout ceci me fait infiniment honte, je suis heureux que la mobilisation ait lieu et ne serai satisfait que si notre gouvernement se décide à adopter la seule attitude honorable : s’excuser pour avoir inconsidérément bouleversé la vie de Makaila Nguebla et lui attribuer un document lui permettant de vivre paisiblement dans ce pays et de voyager. Nous autres, citoyens sénégalais, sommes fiers de vivre dans un pays où nous avons le droit d’user de notre liberté d’expression pour critiquer nos gouvernants. Nous n’élisons pas ces derniers pour qu’ils servent de supplétif à des dictateurs étrangers.

Revenons au communiqué en question : les amateurs qui gèrent notre communication gouvernementale essaient de nous faire gober que l’expulsion de M. Nguebla entre dans le cadre d’une opération de police routinière. Cet homme, nous disent-ils, vit au Sénégal de manière illégale, il l’a reconnu, nous l’avons expulsé du pays. Fin de l’histoire. Soit. Un crétin fini, ignorant de la présence d’étrangers sans titre de séjour au Sénégal, aurait pu gober cette histoire. Sauf que nos communicants ne peuvent s’empêcher de se vanter de leur magnanimité ruinant par là leur argumentaire. Ils affirment en effet que :

 ‘’M. Nguebla a alors reconnu être dans une situation irrégulière avant de solliciter la bienveillance des autorités sénégalaises, afin qu’il lui soit accordé la possibilité de choisir un pays d’accueil où sa sécurité serait garantie’’, a dit M. Guèye, dans le communiqué.

Cette dernière demande, poursuit la même source, lui a été accordée par lesdites autorités ‘’qui l’ont, du reste, assisté jusqu’à son départ du territoire national, le 08 mai 2013’’.

Seulement, si Monsieur Nguebla n’est pas un réfugié politique si sa vie n’est pas en danger, quelle pertinence y a-t-il à le laisser choisir un pays où sa vie ne serait pas menacée ? Si nous reconnaissons qu’il y a des pays dans lesquels sa vie serait menacée n’est-ce pas là une raison suffisante de respecter nos obligations internationales, de lui reconnaitre le statut de réfugié politique et de veiller a son intégrité physique.

PS: Je dois avouer que ce qui me consterne le plus dans cette histoire, c’est le total amateurisme dont font preuve nos autorités incapables de voir où est leur propre intérêt ainsi que celui de notre pays et encore plus incapables de donner une justification cohérente de leurs choix. Plus que leur forfaiture, c’est leur stupidité qui m’inquiète.