Hady Ba's weblog

Une comparaison

Posted in Afrique, USA by hadyba on mai 8, 2011

Un de mes amis fait des comparaisons intéressantes avec un épisode de l’histoire nigérienne:

D’accord : la décapitation de place de marché était une action un tantinet plus corsée que l’immersion en haute mer. On en était encore à l’époque à l’impérialisme d’occupation, qui avait besoin de produire des effets de terreur pour décourager les turbulents. Mais la logique est la même : un jihadiste charismatique (en dépit de sa cécité, car il était aveugle !), une minorité dégoûtée par le système et prête au martyre, des princes collaborateurs (Aouta, Bayéro) prêts à se joindre aux expéditions punitives du suzerain impérial, un prince mécontent prêt à protéger le jihadiste – voir Pakistan et Ben Laden.

Peut-être aura-t-on du mal, aux Etats-Unis, à accepter cette petite comparaison avec un épisode lointain de notre obscure histoire nigérienne. « Au moins », me diraient certains, « vous, vous étiez attaqués par les Français. Mais nous, on a été agressé sans aucune raison. C’était comme Pearl Harbor. »

Le reste….

PS: Je vous conseille très fortement ce blog.

Publicités
Tagged with: , ,

Vampire des africains

Posted in Françafrique by hadyba on août 12, 2009

Ce qui se passe en ce moment au Niger est infiniment triste.

La France vient d’honorer son pacte secret (enfin, secret, hum…) avec Tandja en approuvant son coup d’Etat (comme elle avait jadis approuvé le coup d’Etat de Baré, cette autre tentative de restaurer le commandement néocolonial au Niger). Il semble aussi que finalement les peurs al-qaédiques des Américains vont jouer (pour un temps que je calcule bref) en faveur de Tandja. La constellation qui l’avantage pour le moment est une sorte d’entente néocoloniale qui dit ceci :  Moi, Tandja j’installe une dictature militaire qui te permet à toi, France, d’avoir mon uranium pour un pourboire ; toi France, tu me soutiens en consolidant mon emprise sur l’armée (qui est, de toute façon, ta chose) et en m’aidant à échapper à la réprobation internationale ; toi, Amérique, tu fais confiance en mon alliance entre la France et moi pour créer un climat de stabilité intérieure qui barre la route d’Al-Qaeda au Niger. Et – nouvelle donne – toi, Chine, je te brade du pétrole et tu me donnes des sous pour arroser mes partisans et me payer de ma peine. Le Niger en sortira perdant, mais je suis un barbon et je n’ai rien à perdre, faites-moi confiance.

Dans le jeu des puissances, le soutien le plus solide de Tandja n’est cependant pas l’Amérique (sable mouvant), ni la Chine (nouvelle venue), mais la France, toujours passionnée de dictateurs africains. C’est son joker.

Ce pacte néocolonial est apparemment parfaitement raisonnable dans sa logique – il semble tenir la route. Détail : il faut certes que les Nigériens consentent à voir leurs institutions détruites et la construction de leur civilisation collective résorbée. S’ils résistent, ils devront payer, en versant leur sang et en voyant leur pays transformé en une vaste prison, où leurs aspirations à long terme seront abrogées ou suspendues sine die.

La France jette le masque et révèle donc son vieux visage de vampire des Africains. « C’est à ce prix là que vous mangez du sucre… », disait le nègre du Surinam. « C’est à ce prix que vous avez de l’électricité pas cher… » Mais trois siècles de cet état des choses, c’est assez ! Il faut absolument trouver les moyens d’étendre le domaine de la lutte.

Le reste est à lire ici. A chaque fois que nous allumons l’électricité en France et que nous le payons à bon marché, c’est parce que nous avons accepté de priver les nigériens du droit de choisir leur dirigeant. Parce qu’un dirigeant démocratiquement élu pourrait vouloir que son uranium soit vendu à un prix correct et profite à son peuple.

Tagged with:

Gouvernementalité au Niger

Posted in Afrique, Blogroll, Politique by hadyba on juin 19, 2009

Ce sont des conversations de ce genre, entendues en particulier dans les taxis à Niamey, captées aussi auprès des paysans et petites gens de ville à Niamey et Maradi, sur le sentiment que le territoire du Niger est un espace d’insécurité physique et alimentaire, un espace non-gouverné, un espace de la négligence, qui m’ont orienté de mon premier intérêt (comprendre le processus démocratique tel que débattu par les intellectuels, thème de mon mémoire de science politique à Dakar) vers la gouvernementalité (sécurité, territoire, population). Mais ces questions de « sécurité, territoire, population » semblent complètement absentes non pas seulement des radars du gouvernement nominal du Niger, mais même de ceux des intellectuels, toujours obsédés, en effet, d’institutions et de constitution (en dehors de l’intrépide Lasdel). Même mon intérêt pour l’Islam vient (comme cette transcription le montre) non pas des chaleurs islamistes, mais du fait que le menu peuple s’en sert pour civiliser ses sentiments. Le grand malentendu entre les intellectuels islamistes nigériens et les populations, c’est que celles-ci ne se soucient guère d’avoir un Etat islamique, un code islamique, mais voudraient voir traduites dans la vie quotidienne certaines vertus à légitimation sunnite favorables à la paix sociale, au bon voisinage et à la civilité. Mais de même, le grand malentendu entre les intellectuels modernistes nigériens et les populations, c’est que celles-ci tiennent moins à la constitution, à un Etat démocratique, qu’à la gouvernementalité, qu’au fait d’être gouvernés. C’est avec des paysans, avec le menu peuple « analphabète » qu’il est possible de parler de gouvernementalité, non avec les intellectuels. Par ailleurs, les conséquences d’économie politique d’une victoire de Tandja seront plus catastrophiques que les conséquences pour la démocratie, de ce point de vue, et, ce qui est ironique, c’est que si les politiciens avaient su montrer cela aux paysans, s’ils avaient su leur montrer qu’ils allaient s’occuper de les gouverner comme ils le demandent, ils s’en seraient faits des alliés indéfectibles. (Objectivement, les pratiques démocratiques affermies favorisent incomparablement plus la gouvernementalité que les pratiques despotiques, mais c’est une implication assez lointaine pour les victimes de la Négligence.)

Le reste est ici.

Tagged with: