Hady Ba's weblog

Perversité antiroyale

Posted in France, immigration by hadyba on juillet 28, 2012

Il faut vraiment à la fois beaucoup détester Ségolène Royal et être singulièrement pervers pour essayer de transformer ses propos sur Claudine Dupont Vallaud-Belkacem en manifeste raciste.

« J’ai toujours voulu avoir des ouvriers, des exclus, des jeunes issus de la diversité autour de moi », confie l’ex-candidate à la présidentielle pour qui « Najat » doit « accepter d’être là pour ça ». En clair : « Elle s’appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là. Elle doit assumer son identité et en être fière. »

Source

Même en supposant que le Point n’ait pas charcuté un long discours, il est évident que si NVB est la seule parmi tous les ouvriers/exclus/arabes promus par Mme Royal à s’être fait coopter dans le gouvernement, c’est parce qu’elle est talentueuse en plus d’être femme ou arabe. Personne ne doute par exemple que la carte « fille de mineur » n’est pas la seule dont use Mme Filippetti, pourquoi la carte « arabe » serait-elle la seule dont dispose NVB? Et pourquoi ferions-nous comme si cette carte ne faisait pas partie de son jeu? Sauf à supposer que cette carte est tellement ignoble qu’il ne faut pas, jamais, en parler.

Ce qui est vraiment intéressant à mon humble avis dans le portrait du Point, c’est que NVB, comme tous les soi disant musulmans promus par l’intelligentsia française est une « jeune musulmane non pratiquante ». Le jour où des musulmaNS pratiquanTS, jeunes ou vieux feront leur entrée dans la scène politique française, je prendrai au sérieux le discours sur la diversité, en attendant, tout ce que je vois c’est l’hégémonie de mâles blancs qui cooptent parfois des vassaux qu’ils soient femmes (Bachelot, Alliot-Marie) ou « divers » comme Azouz Beggag, Yade et Dati…

Une femme vraiment indépendante comme Royal n’a, dans un système aussi ridiculement patriarcal, aucune chance. Elle se fait taper dessus quoiqu’elle dise. Au besoin en instrumentalisant des femmes soumises comme celles de la mal nommée Ni Putes, Ni Soumises.

Faire une Ségolène

Posted in France by hadyba on mars 4, 2012

À chaque fois que j’essaie de dire que Ségolène Royal a été victime de sexisme, mes amis -que je ne puis soupçonner de sexisme- me rient au nez. Leur thèse est que Mme Royal était une mauvaise candidate qui, malgré le soutien du peuple de gauche, a réussi à perdre la présidentielle. Si les ténors du parti ne l’ont pas soutenu, ça n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit une femme. C’est à cause de son incapacité à les unir sous sa bannière. Les 75% de Hollande me donnent l’occasion de revenir à la charge avec un argument que j’espère convaincant.

Les faits. Invité à la télévision, M. Hollande annonce la création d’une nouvelle tranche d’imposition à 75% pour les gens gagnant plus de 1 million d’euros. Émoi de la droite et surtout choc du chargé des finances de la campagne Hollande qui apparemment, n’était pas du tout au courant.

Le lendemain, j’ai entendu un journaliste essayer:

François Hollande vient de faire une Ségolène.

Et le même journaliste d’expliquer:

En 2007 Ségolène Royal faisait des annonces qui semblaient venir de nulle part; sans que son équipe ait été prévenue. D’ailleurs Cahuzac était furieux.

Je ne sais pas si Cahuzac était furieux mais après la surprise du début, il l’a bouclée. S’il a été vexé, il l’a gardé pour lui et hopefully, il n’a pas giflé M. Hollande. Nicolas Sarkozy a certes essayé de dire que tout ceci lui paraissait improvisé, n’empêche qu’il a passé une semaine horrible où s’est accentuée l’impression générale qu’il défendait ses amis les riches.

Ce qui m’intéresse ici, c’est la réaction de la gauche et des journalistes. Les subordonnés de M. Hollande, bien qu’ils n’aient pas été dans le secret de ses délibérations, ont ravalé leur fierté et ont considéré qu’en tant que chef, il n’avait pas à tout leur dire de ses plans. Quand le journaliste a essayé de ridiculiser Hollande en disant qu’il improvisait, ça n’a pas marché parce que l’opinion semble être qu’en tant que stratège, il peut prendre des décisions de dernière minute. Au contraire, cette capacité ajoute à son prestige.

Pourtant, ce sens de l’improvisation était insupportable quand il était le fait de Mme Royal. La présomption d’incompétence était tellement forte qu’à chaque fois que Mme Royal disait quelque chose d’imprévu, la presse le qualifiait de boulette. Les subordonnés de Mme Royal se permettaient de douter publiquement de sa compétence et estimaient qu’elle aurait du leur faire valider au préalable sa stratégie avant de l’exposer à la presse. C’est là me semble-t-il que se trouve le sexisme auquel Mme Royal a du faire face en 2007. En tant que femme, elle luttait contre une présomption d’incompétence telle qu’elle devait non seulement faire campagne mais également expliquer à son camp et aux journalistes en quoi elle était légitime à chaque fois qu’elle faisait la moindre proposition. Par ailleurs, les machos qui étaient de facto ses subordonnés n’arrivaient pas à ravaler leur fierté ainsi que l’a fait M. Cahuzac après l’annonce de M. Hollande. Cette lutte perpétuelle a contribué à faire battre Mme Royal en détournant une partie de son énergie vers des luttes intestines et en la décrédibilisant envers les journalistes et donc une partie du peuple.

Cela veut-il dire qu’aucune femme n’aurait pu être élue en 2007? Je pense qu’une femme de gauche aurait pu être élue, mais pas Mme Royal. Seule une femme non seulement extrêmement compétente, mais également douée d’une empathie telle qu’elle peut prévoir et intégrer dans ses calculs le sexisme de son propre camp aurait pu y arriver. La discrimination, ce n’est pas simplement exclure les membres du groupe discriminé, c’est surtout ne les admettre que s’ils sont infiniment plus qualifiés que ceux qu’ils ont en face.

Mon grand frère, Ségo et Popper

Posted in France, Philosophie, Politique by hadyba on décembre 15, 2006

« Whatever women do, they must do twice as well as

men to be thought half as good, luckily this is not difficult. »

Charlotte Whitton

La dernière fois que j’ai parlé à mon grand frère qui jouit du bonheur incommensurable de vivre à Dakar, il m’a demandé mon avis sur la situation politique actuelle en France. N’ayant peur de rien, j’ai réfléchi quelques secondes et lui ai pondu ma propre analyse. N’ayant peur de rien et donc pas du ridicule, je me permets de vous faire partager mon impérissable analyse qui vaut bien celles que je lis dans la presse française et celles que je subis à la télé et à la radio. Je sais bien que la bonne stratégie qu’adopterait tout prévisionniste digne de ce nom consiste à dire de vagues prévisions puis à attendre que les élections aient eu lieu pour clamer haut et fort que c’est sa propre analyse qui vient de se réaliser mais disons que je suis plutôt Popperien et aimerais agir conformément à mes convictions épistémologiques!

Qu’est-ce que Popper a à voir avec mon analyse de la situation politique française? En fait pas vraiment grand chose sauf qu’il justifie que je vous en parle sans que vous ne m’ayez demandé mon avis (encore que le fait que vous lisiez mon blog tendrait à prouver que mon avis ne vous semble pas totalement dénué d’intérêt! Merci.) Vous vous souvenez en effet, cher lecteur, que Popper affirmait qu’une caractéristique essentielle d’une théorie scientifique est d’être falsifiable. Par falsifiabilité, Popper entend la chose suivante. Supposons que je sois somnambule et qu’à un certain moment je décide qu’il serait temps que ça s’arrête. Je vais donc voir un psychanalyste post-lacanien-de-tendance-pré-tri-millénariste qui m’explique que si je souffre (mais est-ce vraiment une souffrance?) de somnambulisme c’est parce que mon corps cherche à rejoindre mon moi véritable qui se trouve dissocié par un process-quasi-quantique-mais-non-relativiste. Au bout de quelques années d’analyses, je remarque que non seulement mon moi ne s’est pas ré-associé à mon corps mais qu’en plus ça coûte un peu cher du bavardage et décide d’aller voir un neurologue à l’hôpital. Ce dernier m’explique platement que si je suis somnambule, c’est parce que j’ai des pics de tel ou tel neuromédiateur et me prescrit un traitement qui ne marche pas plus.

Puisque les deux traitements ont lamentablement échoués, de quel droit Popper peut-il dire que la neurologie est une science mais pas la psychanalyse post-lacanienne-de-tendance-pré-tri-millénariste? Très simplement parce que quand le neurologue me parle de neuromédiateurs et me prescrit ce médicament, il me dit implicitement que si le médicament ne marche pas, ce serait parce qu’il se serait trompé et dans ce cas nous envisageons un autre traitement. Le psy-pré-tri-mill (psy-pré-tri-mill est l’abréviation de psychanalyste post-lacanien-de-tendance-pré-tri-millénariste comme le lecteur perspicace l’aura deviné!) quant-à-lui n’a jamais tort si nous ne sommes pas arrivé à éliminer mon somnambulisme au cours des deux ans d’analyse, c’est juste parce que le travail n’était pas encore terminé et tout béotien qui en douterait se ferait rembarrer sans ménagement! Le psy-pré-tri-mill ne nous donne aucun moyen de le falsifier.

Ce qui m’amuse c’est de jouer le jeu, de mettre ici mon fragment d’analyse politique et d’y revenir après les élections françaises pour voir à quel point je me suis trompé. Le pire n’étant jamais certain, je pourrais avoir raison et si je me trompais ce serait une bonne leçon à se rappeler à chaque fois que je serais tenté de jouer les analystes politiques.

Quelle est donc cette génialissime analyse? En fait c’est très simple. J’ai affirmé sans sourciller à mon frère que Ségolène Royal serait élue en 2007. OK ç’aurait été plus fracassant si j’avais affirmé que Besancenot ou MAM serait le prochain président français mais faut pas déconner non plus. Je pense vraiment que Ségo va gagner parce que je pense qu’elle a toutes les qualités pour créer le genre de malentendus indispensables à une élection présidentielle. On aura beau dire qu’une élection présidentielle au suffrage universel est la rencontre d’un homme (en l’occurrence d’une femme) avec un peuple et autres platitudes, je demeure convaincu qu’une telle élection ne peut se gagner que sur un gigantesque malentendu ou alors parce que votre adversaire s’est fait battre. Il me semble que cette chère Ségo profitera à fond de ces deux facteurs.

J’y reviens tout de suite mais débarrassons nous d’abord d’une chose qui m’énerve un peu. Quand elle s’est présentée, elle a tout de suite eu droit à des remarques sexistes puis on a dit qu’elle était incompétente en économie et en politique étrangère (sous entendu, les domaines sérieux dont les mecs s’occupent si bien!) et maintenant qu’elle a écrasé les mecs, on insinue que c’est parce qu’elle est belle, a un discours superficiel, qu’elle donne une image rassurante etc… C’est assez dommage je trouve. C’est juste un détail, mais je crois que les politiciens et les analystes français feraient mieux de se rendre compte que le fait d’être une femme est totalement impertinent pour juger de la compétence. Une personne qui a survécu à une vingtaine d’années de vie politique a forcément les mêmes qualités et les mêmes travers que ses autres collègues. Et si c’est une femme, il faudrait peut être envisager qu’elle est meilleure, ou plus efficace ou plus carnassière que les machos qui pullulent en politique! Donc si elle dit parfois n’importe quoi, c’est juste par machiavélisme comme tout bon politicien le fait à longueur de journée.

Fin de la parenthèse, pourquoi Ségo va-t-elle gagner? D’abord je crois qu’il y a le souvenir de 2002. Tous ces joyeux gauchistes qui étaient partis en weekend le jour des élections ou avaient voté Besancenot parce qu’ils n’aimaient pas vraiment un certain  »austère qui se marre » voteront consciencieusement PS même s’ils détestent la candidate. Ensuite, Miss Royal a la chance insigne d’avoir un ethos de droite (vous savez bien, toute cette rhétorique très ordre, famille & patrie) tout en appartenant à un parti de gauche ce qui lui attire une sympathie de certains électeurs de centre droit qui n’aiment pas le libéralisme, l’activisme forcené et le communautarisme supposé du ministre de l’intérieur. La dernière raison pour laquelle je crois que le PS va gagner, c’est que Sarko est en train de faire des conneries ou du moins qu’il a perdu de sa mystique. Je m’explique: le grand truc de Sarko jusqu’à présent, c’est de montrer qu’il est Action Man. Le problème, c’est que la presse a désormais tendance, non plus seulement à reporter servilement ses actions de com’ mais en plus à tenir un méta-discours sur ces actio
ns et à les décrypter un peu. Son annonce de candidature dans la PQR par exemple apparaît alors pour ce qu’elle est: un moyen artificiel de jouer sur l’opposition Province/Paris. Si en plus, il s’y ajoute des flics qui font des bavures, des jeunes de banlieue qui s’inscrivent sur les listes électorales au lieu de brûler des bus, MAM qui conteste son autorité naturelle et Le Pen qui monte et s’affiche black-beur-friendly, je ne vois pas bien comment Sarko pourrait gagner; sauf si of course il réussit à mettre le feu aux banlieues!

PS : J’ai écrit ce post le weekend dernier et le mets après moults hésitations. Ce sera amusant d’y revenir après les élections surtout si je me plante dans les grandes largeurs!

PPS : J’aime bien la phrase que j’ai mis en exergue mais je pense quand même qu’elle est fausse: les femmes ne sont (mal?)-heureusement ni meilleures, ni pire que les hommes  »doing something twice as well as men to be thought half as good » est donc non seulement injuste mais difficile pour les femmes.