Hady Ba's weblog

Macky Président, again

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on mars 3, 2019

Macky Sall a donc gagné ces élections. Je n’attends strictement rien de bien de lui. Je sais cependant qu’il réussira à me surprendre. L’opposition essaie de se voiler la face et de refuser sa victoire.

Je crois que c’est un mauvais choix pour plusieurs raisons.

  1. D’abord, anthropologiquement, une des valeurs de ce pays est le consensus. Les gens préfèrent le consensus à la vérité. Refuser de féliciter le vainqueur, refuser d’user des voies de recours légales, c’est aller à l’encontre de cette valeur là.
  2. Ensuite, je préfère une démocratie imparfaite à une dictature ou au chaos. Le Sénégal est quand même une démocratie, aussi imparfaite fut-elle. Il faut essayer de jouer le jeu jusqu’au bout et d’accepter sa défaite quand elle survient. On ne peut pas vraiment dire que Macky Sall ait bourré les urnes ou falsifié les pv. Il est en revanche probable que l’Administration ait inscrit des gens qui n’auraient jamais du l’être sur les listes électorales et rendu difficile la récupération de leur carte d’électeurs à ceux dont elle soupçonnait qu’ils ne voteraient pas pour le Président sortant. Il faut évaluer ces manoeuvres là et réfléchir à la meilleure manière de les contourner la prochaine fois.
  3. Cependant, malgré les manoeuvres susmentionnées, Macky Sall aurait perdu si une très grande majorité de la population avait voulu son départ. Dans mon milieu social, à part un ou deux carrièristes, tout le monde voulait son départ. Si la même proportion de la population avait voulu son départ, manoeuvres ou pas, il serait parti. Il nous faut donc accepter ce fait: beaucoup, beaucoup de sénégalais n’en n’ont pas assez de ce Président voire approuvent son action. Ils sont plus de la moitié des quatre millions de votants. Macky Sall est donc indéniablement non seulement réélu, mais BIEN réélu.
  4. Qui ne connait pas ses propres faiblesses ne s’améliore jamais. L’opposition doit faire son autocritique. En démocratie, c’est le peuple concret et réél qu’il faut convaincre. Pas une abstraction. Si nous voulons changer le système, il nous faut comprendre d’abord ce qui en fait l’efficacité. Ça ne demande pas seulement de l’enthousiasme et des bons sentiments mais surtout de l’intelligence et du pragmatisme. Ça commence par une acceptation de la situation concrète et l’élaboration de stratégies rationnelles en vue de la changer. Ça commence surtout par la capacité à se voir sans complaisance et à reconnaitre ses propres échecs afin de ne pas retomber dans les mêmes travers. Reconnaitre, sans fard et sans condescendance, que l’on a échoué à convaincre une majorité du corps électoral sénégalais, c’est s’obliger à ne pas conclure que la majorité du peuple est irrationelle et corrompue. C’est s’obliger à se demander en quoi ce qu’on lui proposait ne correspond pas à ses besoins et à son vécu. Une fois ce diasgnostic sérieusement posé, on peut essayer de trouver les leviers qui nous permettront de convaincre.

Je souhaite vraiment que ce mandat de Macky Sall soit un succès. Malheureusement je n’y crois guère. Je n’ai pas non plus un tempérament de politicien. Je vais donc continuer à faire ce que je sais faire et qui me permet d’avoir la satisfaction de servir quelque peu: enseigner. C’est le genre de moment où j’aurais voulu être un philosophe pessimiste à la Cioran. N’attendant rien du monde, ne s’enthousiasmant de rien et indifférent au sort de ses semblables. Ce n’est évidemment pas mon tempérament. Cette victoire de Macky Sall me rend donc profondément triste. Le gâchis va continuer de plus belle.

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Ousmane Sonko, malgré tout

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 22, 2019

Macky Sall est un beau gachis. Il a été notre premier président né après les indépendances. Il vient d’un milieu démuni. Il a été en butte à l’arbitraire de Wade et a réussi à le détrôner. Il est relativement jeune. Il aurait pu –il aurait du– être le meilleur président que le Sénégal ait jamais connu. Celui qui redresserait notre pays, reconstruirait notre pacte social en assurant l’équité. Celui qui, parce qu’il est un produit de l’école publique, veillerait à ce que nul enfant de ce pays ne se promène en haillons sur nos routes à mendier quand les enfants des plus nantis sont en classe. Malheureusement, il n’en a rien été. Venu à un moment historique où il aurait pu mettre à la retraite tous les vieux politiciens qui, depuis 40 ans ont systématiquement dévoyé notre patrimoine, il a choisi de s’entourer des plus roués d’entre eux. Il a maintenu en vie le système que les sénégalais avaient clairement rejeté en l’élisant. Il a manqué à sa parole sur la réduction de son mandat. Il a bâclé les procès qu’exigeait le peuple et a dealé avec Karim Wade pour le laisser quitter le pays. Il a instrumentalisé la justice pour enfermer un autre opposant qui aurait pu lui faire de l’ombre. Il a élevé la corruption en mode de gouvernement, protégeant ostensiblement ceux des siens qui avaient été épinglés par les organes de contrôles étatiques. Il a normalisé les conflits d’intérêts en confiant à des membres de sa famille des postes dans lesquels ils contrôlent des ressources étatiques extrêmement importantes et pour lesquels ils sont loin d’être les plus compétents. Alors que durant sa campagne électorale il s’était affiché en protecteur de la laïcité, il a gouverné en s’aplatissant devant les religieux leur montrant ostensiblement qu’il était prêt à partager les ressources de l’État avec eux, à condition qu’ils le soutiennent. Il a par ailleurs systématiquement calomnié ses propres fonctionnaires qui servent loyalement le pays pour des salaires souvent très bas. Il a enfin renforcé la tutelle de la France sur le Sénégal, donnant aux entreprises françaises des contrats faramineux et les payant rubis sur l’ongle là où le privé national est exsangue parce que l’État ne lui paie l’argent qu’il lui doit qu’au compte goutte. D’un point de vue égoïste, Macky Sall m’a été bénéfique, nous les universitaires avons eu une augmentation de salaire sous son règne. Sur le plan de l’intérêt de l’Université sénégalaise, il est catastrophique. Nos étudiants ont vu leurs droits d’inscription multipliés par dix pour un service toujours aussi mauvais. Les créations de postes sont anecdotiques, les universités qui devaient être construites pour faire face à l’augmentation démographique ne l’ont pas été. On a créé une Université Virtuelle du Sénégal pour y parquer des milliers d’étudiants à qui on donne des diplômes sans vraiment les former.

En toute conscience, je ne puis voter pour Macky Sall.

Je ne puis non plus voter ni pour Idrissa Seck, ni pour Madické Niang. L’un et l’autre sont sortis de la même matrice que Macky Sall. Ce sont des enfants de Maitre Abdoulaye Wade. Ils ont tété le lait de la corruption et de l’affairisme. Je serai bien embêté si l’un d’eux se retrouvait au second tour face à Macky Sall mais pour l’instant, le problème ne se pose pas.

Il nous reste alors deux candidats, Issa Sall et Ousmane Sonko.

J’avoue que ce que j’ai lu du programme de Issa Sall ne me convainc pas mais ce n’est pas là l’essentiel. Le parti de Issa Sall est directement issu d’un mouvement religieux. Je suis pour un État laïc et équidistant des confessions. Ce sera difficile voire impossible avec lui. Je ne vais donc pas voter pour lui.

Ne reste plus que Ousmane Sonko. Contrairement à beaucoup, je ne suis pas aveuglément séduit par Sonko. J’avais déjà trouvé ses premières attaques contre Macky Sall, Président de la République, déplacées venant d’un fonctionnaire soumis à un devoir de réserve. Il a été viré de l’Administration d’une manière que je juge illégale. Sonko aurait pu être notre Obama : un président jeune, intelligent et maitrisant les nouveaux médias. Je pense qu’il a le défaut des énarques sénégalais : de gens devenus aisés trop tôt dans un pays pauvres et qui ne valorise pas le débat contradictoire. Du coup, ils ont tendance à ne pas avoir une très grande ouverture d’esprit. Malgré tout, Sonko Président secouerait le système sclérosé qui tue ce pays. Avec lui, une nouvelle génération, qui n’a pas été formaté dans les partis politiques arriverait aux affaires. Ce seront majoritairement des fonctionnaires ayant le sens de l’État. C’est exactement ce qu’il nous faut. Depuis 2000, Wade et sa descendance ont détruit la seule chose qui tenait ce pays debout : la méritocratie républicaine construite par Senghor et qui faisait que les postes étaient occupé par des personnes ayant des qualifications fussent-elles minimales. Depuis Wade, il est devenu concevable de nommer n’importe qui à n’importe quel poste de responsabilité. Avec Sonko, ce ne sera probablement plus possible parce qu’il est porté par une génération qui aspire à la normalisation sur ce plan là. La classe politique sénégalaise ne s’y est pas trompée. Elle a généralement évité de soutenir Sonko, se rabattant sur Idrissa Seck quand elle ne pouvait composer avec Macky Sall. Sonko est donc l’alternative. Il fera ce que Macky Sall aurait du faire : éliminer cette vieille garde parasite qui a mis le pays à genoux et qui continue de le sucer. Nous sommes un pays où 42% de la population a moins de 15 ans mais où un Président de plus de 50 ans s’entoure de vieillards de plus de 65ans et se dispute avec son prédécesseur de plus de 80 ans. Il est temps que ça cesse. Ces reliques du passé doivent partir pour qu’une alternance générationnelle survienne. L’on peut critiquer Sonko sur beaucoup de points. Il est cependant clair qu’il a appartenu à l’une des administrations les plus corrompues de ce pays et qu’il n’a apparemment jamais franchi la ligne jaune. Macky Sall n’aurait pas, une seule seconde, hésité à le mettre en prison s’il avait eu vent de la moindre transaction douteuse. Il a un programme qui met les intérêts du Sénégal en premier. C’est malheureusement proprement révolutionnaire. Il aura contre lui beaucoup de lobbys ; des marabouts aux industriels en passant par la France et les fonctionnaires corrompus qui veulent que tout continue comme avant. Ce sera difficile. Il fera des erreurs. Il n’en demeure pas moins que le pays ne peut faire l’économie de cette phase difficile si nous voulons construire notre propre voie vers le développement. Tout est à reconstruire. Il nous faut une rupture nette et un leadership nouveau pour ce faire. L’une des choses qui me rassure paradoxalement, c’est que je suis loin d’être d’accord avec tout ce que propose Sonko. Il est probable que le lendemain de son élection, je commencerai à le critiquer. C’est sain et important dans une démocratie. Je crois d’ailleurs que s’il était élu, beaucoup de gens de sa génération le critiqueraient sur un point ou un autre. Cela assurerait l’émergence d’une nouvelle classe politique focalisée sur les programmes plutôt que sur les personnes et ce serait bon pour le pays. A contrario, j’ai bien peur que si nous réélisons Macky Sall, nous glissions doucement vers une dictature extrêmement corrompue. Tous ceux qui l’ont rejoint durant cette campagne recevront leur part de la manne pétrolière. Les autres seront impitoyablement réprimés par un président qui, dès son premier mandat, nous a montré qu’il n’a aucun respect pour la justice et les formes de l’État de droit. Nous sommes déjà la risée de l’Afrique avec nos opposants emprisonnés. Dimanche, nous avons le choix entre essayer de construire un avenir vivable pour notre pays ou continuer notre dégringolade vers la dictature. Je vais essayer de construire notre avenir en votant Sonko plutôt que de maintenir un statu quo délétère.

PS: Mon soutien n’a jamais été déterminant pour aucune élection mais j’aime bien ne pas me donner la possibilité de modifier rétrospectivement mes souvenir sur ce que je pensais à un moment donné.

 

Subvertir la Géographie de la Rationalité

Posted in Philosophie, Uncategorized by hadyba on juin 13, 2018

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La Société Sénégalaise de Philosophie et L’Association Caribbéenne de Philosophie organisent à l’Ucad, du 20 au 22 juin 2018 une grande conférence sur le thème: Shifting The Geography of Reason. Ways of knowing, Past and Present. Une quasi double centaine de philosophes va débarquer à Dakar. Ils viendront principalement des amériques.

Le programme est téléchargeable ici (pdf).

Vous y êtes bien évidemment cordialement invités.

L’artiste sénégalais Djibril Dramé Gadaay nous a gracieusement autorisé à utiliser son travail comme support de communication. Qu’il soit ici remercié!

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Les Suds dans le Monde. Un défi épistémologique

Posted in Philosophie, Vie quotidienne by hadyba on janvier 5, 2018

Nous organisons, cette après midi et demain un workshop sur le thème « Les Suds dans le Monde. Un défi épistémologique » à la Salle Atelier de UCAD 2. C’est la deuxième étape d’une série d’ateliers de travail que nous organisons en collaboration avec des collègues de Columbia University à New York et de l’Ehess. Du coup j’aurais la joie d’accueillir (entre autres) la merveilleuse Gloria Origgi qui a été pendant deux ans mon boss à Paris et Alban Bouvier qui est également de Jean Nicod!

Je vous mets le programme. Les intervenants sont tous géniaux.

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Colloque Bachir, les Films

Posted in Philosophie, Recherche, Sénégal by hadyba on décembre 27, 2017

bache-colloqueVF000000Comme je vous le disais la dernière fois, nous avons organisé un colloque en hommage à Souleymane Bachir Diagne. Les communications ont été de qualité et je suis partculièrement fier de nos deux étudiants qui ont passé les fourches caudines de la sélection et ont présenté d’excellents papiers.

Tous les travaux ont été filmés et commencent à être mis en ligne par l’équipe Fatou Warkha Sambe, une autre de nos anciennes étudiantes qui évolue désormais dans l’audiovisuel et qui a créé sa propre boite.

Voici les liens vers ces films. Je vais mettre à jour cet article au fur et à mesure des publications.

J’intègre ici un petit film de 20mn que nous avions fait sur lui, à l’orée du colloque et qui dit bien l’influence qu’il a eue sur nous.

D’abord, la Cérémonie d’ouverture (le DC du Ministre, Bado Ndoye Président de la Société Sénégalaise de Philosophie, d’autres officiels) et la réaction de Bachir, le premier jour.

Yaovi Akakpo Université de Lomé: « Leçon de prospective et approche postmoderne de l’histoire chez Souleymane Bachir Diagne« 

Oumar Mboup UCAD: « Prospective et culture traditionnelle en Afrique« 

Mamadou Kabirou Gano UCAD: « De l’éloge des paradoxes: perspectives et prospectives« 

Philippe Gouet Université de Rennes: « Souleymane Bachir Diagne et Gaston Berger: La preuve de la réalité.« 

Khadim Thiam Ohio State University: « In Bachir’s footstep: Orality, Writing, and the critique of modernity in Senghor’s and Glissant’s philosophies » (Finalement, Khadim a parlé en français.)

Nasrin Qader Nothwestern University : Penser le destin avec Diagne, Dib et Iqbal

Bado Ndoye UCAD : La critique de l’eurocentrisme chez Senghor et Cedric J. Robinson

Lucas Scarantino Université de MILAN : La dignité humaine entre nations et empires. A propos d’une conversation récente avec S.B. Diagne

Felwine Sarr UGB: S.B. Diagne : Souleymane Bachir Diagne Pour une philosophie spirituelle

Philippe van Haute Université Radbout: Dialogue et tolérance

Introduction de Françoise Blum. Une superbe histoire d’amitié quarantenaire. À voir absolument!

Le discours de Bachir, au début du deuxième jour.

Dermott Moran University College Dublin (Par ailleurs Président de la Fédération Internationale des Sociétés de Philosophie): Orality, Writing and Tradition: Phenomenological Reflections on the Life-World

Rozena Maart University of Kwaa Zulu Natal: Philosophy Born of Struggle, Philosophy Born of Massacres

Lewis Gordon University of Connecticut at Storrs: “Questioning Philosophy through the Thought of Souleymane Bachir Diagne”

Jean Godefroy Bidima Tulane University New Orleans: SOULEYMANE BACHIR DIAGNE: DU SENS DE L’URGENCE À UNE POÉTIQUE DE L’EXPERIENCE

Nadia Yalla Kisukidi Université Paris 8: Politiques de la traduction et société ouverte : religion, langue et communauté

Mahamadé Savadogo Université de Ouagadougou: Traduire ou inventer

Stéphane Douailler Université Paris 8: Le courage de la traduction

Daniel Dauvois Amo Philosophe

Angela Roothaan Amsterdam & Pius Mozima Université de Bamenda : Bantu Philosophy and the problem of religion in intercultural philosophy today

Monica Brodnika Ohio State University: The Ambiguous Path to Sacred Personhood

Augustin Kouadio Dibi Université FHB d’Abidjan: Pourquoi désirer la sagesse?

Ricardo Pozzo Vérone: Innovation for inclusion and reflection

Hervé Ondoua Yaoundé: Derrida et la traduction: Enjeux  linguistique et interculturel

Troisième jour

Shahid Rahman Université de Lille: Boole Algebra in a Contemporary Setting. Boole-Operations, Types as Propositions and Immanent Reasoning

Marcel Nguimbi Université Marien Ngouabi : Boole critique d’Aristote. La logique de l’élimination du moyen terme.

Gildas Nzokou Université Omar Bongo: Calcul des Classes et Théorie de l’inférence dans l’Algèbre de Boole. Réflexion à propos des racines épistémologiques de l’échec du système de Boole.

Marie Hélène Gorisse Université de Gand: « Nouvelles perspectives sur l’articulation entre logique et religion »

Hady Ba UCAD: Que reste-t-il des mathématiques chez Bachir?

Séverine Kodjo Grandvaux : Penser l’Universel, Naitre du monde.

Djibril Diouf UCAD: Souleymane Bachir DIAGNE ou l’éducateur musulman au pluralisme

Alioune Bah Université de Conakry et Strasbourg: Penser l’islam avec Souleymane Bachir Diagne : le défi de la rationalité

El H. Ibrahima DIOP UCAD: Comment philosopher en religion ou ce que la Philosophie des Lumières en Allemagne doit au piétisme allemand ?

Pol van de Wiel Radbout: Religion, culture et fondamentalisme. Une conversation entre Souleymane Bachir Diagne et Olivier Roy ?

Blondin Cissé UGB: Culture et subjectivité(s) politique musulmane : entre conjonctions et disjonctions.

Rahmane Idrissa Univ Humboldt de Göetingen   : Din wa dunya: le califat et le cœur séculier du monde

Abdoulaye Sounaye Université A. Moumini: Penser le religieux : la tradition islamique en Afrique

Pape Abdou Fall UCAD: S. B. Diagne : Le penseur du singulier et de l’universel

Oumar Dia UCAD: Mondialité et diversité culturelle

(To be continued….)

 

Colloque Hommage à Bachir Dakar 20-22 décembre 2017

Posted in Philosophie, Recherche, Sénégal by hadyba on décembre 18, 2017

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Nous organisons la semaine prochaine un colloque à l’UCAD pour rendre hommage à Bachir.

Il y aura 48 chercheurs venus de France, des USA, de Belgique, du Congo Brazzaville, du Gabon, du Cameroun, de Cote d’Ivoire, de Hollande, d’Afrique du Sud, de Guinée Conakry, d’Italie, de Chine, d’Irlande et bien sûr du Sénégal!

Ça parlera de logique, de prospective, de philosophie, de pensée islamique, de philosophie africaine, de littérature etc… Nous travaillons dessus depuis deux ans et sommes assez fier du groupe que nous avons pu réunir.

Nous avons bénéficié du soutien du Recteur de l’UCAD, du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Fondation Rosa Luxembourg, du Codesria, de la Fondation Gabriel Pieri, de la Fac de Droit de l’UCAD, de la Fac de Médecine de l’UCAD, de la Pamécas, de l’Institut Français et de personne d’autre pour le moment mais notre budget n’est pas encore bouclé, vous avez encore deux jours pour nous aider si vous avez des possibilités.

Vous pouvez trouver le programme ici.

Sortir du Franc CFA ?

Posted in Afrique, Economie, Françafrique by hadyba on août 27, 2017

Il est des combats dont la justesse parait évidente. Devons-nous sortir du FCFA ? Évidemment que si ! Le franc CFA n’est même plus une monnaie, c’est un symbole, c’est une survivance d’un passé criminel. C’est la preuve patente de la continuité de l’oppression dont nous autres africains sommes victimes. D’ailleurs, FCFA signifiait à l’origine Franc des Colonies Françaises d’Afrique et si le nom a changé, la chose n’a guère évoluée. La conservation des initiales est ainsi une sorte d’acte manqué à la Freud.

Je suis d’accord avec tout cela et ai bien plus de critiques encore pour le FCFA, son arrimage à l’euro, notre rapport de subordination à la France, etc. Il n’en demeure pas moins qu’en tant que philosophe, j’ai été entrainé à interroger l’évidence. Le FCFA est-il une cause ou est-il un effet ? Que se passera-t-il si nous prenons cette décision qui nous paraît évidemment bonne de sortir du FCFA sans avoir soigneusement et stratégiquement préparé notre sortie ? La garantie que nous donne la convertibilité est-elle si négligeable que ça, surtout maintenant que nous ne sommes plus dans un tête à tête délétère avec la France mais sommes de facto liés à la zone euro dans son ensemble ? Pouvons-nous jouer l’Europe contre la France pour nous libérer des accords léonins qui nous lient à cette dernière ?

Beaucoup d’activistes qui s’agitent contre le FCFA me semblent commettre deux fautes de raisonnemment assez graves :

  1. D’abord ils confondent cause et conséquence : je suis le premier à admettre que le système dans lequel nous nous mouvons est fondamentalement injuste. Nous sommes maintenus par la France dans une relation de dépendance économique. Il nous faut nous libérer de ce carcan pour nous développer. Le FCFA est l’un des constituants de ce carcan et l’un des instruments privilégiés de la domination française. Je suis tout prêt à l’admettre. Je ne crois cependant pas que le CFA soit la cause de cette domination. Cette dernière est multifactorielle. L’un des facteurs les plus importants me paraît être notre situation objective. Nos économies sont exsangues, non pas seulement parce que nous sommes politiquement dominés mais parce que nous n’avons pas suffisamment investi dans un système éducatif efficace, nous ne soignons pas notre population, nous ne promouvons pas l’efficacité économique, nous n’investissons pas suffisamment dans notre agriculture et n’éduquons pas nos paysans etc. Tous ces problèmes là ne seraient pas du tout solutionnés par une éventuelle sortie du FCFA. Il me semble que plus que le FCFA, ce sont ces facteurs là qu’il faut changer pour améliorer notre situation économique. Quand cette dernière se sera améliorée, nous aurons les cartes en main pour contrôler notre monnaie. Si nous contrôlons notre monnaie alors que notre économie et nos sociétés sont toujours dans une situation catastrophiques, cela ne servira à rien d’autre qu’à nous enfoncer davantage.
  2. Deuxième faute de raisonnement qu’ils commettent à mon avis : penser l’économie hors contexte. Ils ont cela en commun avec la plupart des économistes. Par exemple, tout le monde se souvient de la phrase de Smith sur la main invisible, très peu retiennent ce qu’il dit sur la psychologie des marchands : « une compagnie de marchands est, semble-t-il, incapable de se considérer comme un souverain, même après l’être devenu. Les marchands (…) par une étrange absurdité ne tiennent le caractère de souverain que comme accessoire à celui de marchand. » Les marchands, nous dit Smith, alors qu’ils auraient intérêt à avoir un gouvernement arbitre seraient tellement obnubilés par le profit qu’ils seraient incapables de ne pas ruiner tout pays qu’ils contrôleraient. Ce n’est nulle part ailleurs que dans La Richesse des Nations qu’il le dit pourtant, c’est passé totalement inaperçu de la plupart des économistes qui se réclament de lui et qui veulent que le rôle du gouvernement soit réduit à la portion congrue. De la même manière la plupart des penseurs qui exigent que nous sortions du FCFA ici et maintenant pensent hors contexte en ne tenant aucunement compte de notre situation politique. Une chose qui devrait nous mettre la puce à l’oreille est que Idriss Déby est partisan de la sortie du FCFA. À quel moment se retrouver dans le même camp que Déby ne vous fait-il pas réfléchir ? Déby dont la gestion de l’économie tchadienne est tellement catastrophique qu’il avait nommé son frère directeur des douanes puis s’était retrouvé obligé d’emprisonner ce même frère parce qu’il refusait de reverser les recettes douanières au trésor public. Imaginez-vous ça ? Un pays ou une personne privée s’approprie les recettes douanières ? Sortir du FCFA en l’état actuel des choses, c’est soumettre notre monnaie entre autres à Idriss Déby. Je ne fais déjà pas confiance à Macky Sall mais Idriss Déby ? !!! C’est là malheureusement notre contexte actuel. Qui vaut-il mieux pour gérer notre monnaie ? Un mixte de fonctionnaires africains et français contrôlés par l’Europe ou bien des pillards incompétents cooptés par d’inamovibles dictateurs et dont la seule préoccupation est de s’enrichir ? Je suis comme tout le monde, ça me tue de savoir que même ma monnaie n’est pas sous mon contrôle. Il n’en demeure pas moins qu’entre Idriss Déby et Jean Claude Junker ou Emmanuel Macron, je ravale ma fierté et je choisis les seconds plutôt que le premier. Avant de détricoter le délicat édifice qu’est le FCFA, je préfère réaliser un certain nombre de préalables. Le plus important de ces préalables est le fait d’avoir dans toute la zone CFA des dirigeants élus et comptables de leurs actes devant une justice indépendante. Tant que ce préalable n’est pas réalisé, je considère que le contexte n’est pas favorable à une sortie du FCFA. Parce que rien ne serait plus catastrophique et humiliant que de sortir collectivement du FCFA puis de se retrouver dix ans plus tard avec un champ de ruine et d’aller quémander l’aide de la France pour sauver notre économie. Gageons qu’elle nous ferait payer son « aide » au prix cher.

Dans tous ces débats là, vous savez ce qui m’énerve le plus ? C’est la légèreté avec laquelle nous sommes prêt à sacrifier la vie et le bien être économique de millions de nos compatriotes africains au nom d’un panafricanisme de polichinelle. J’ai beaucoup de respect pour Kako Nubukpo par exemple mais où se trouve-t-il actuellement ? À Paris à travailler pour l’AUF l’OIF Si la zone CFA s’effondrait serait-il personnellement affecté ? Beaucoup de personnes qui s’activent pour la sortie du FCFA tout de suite soit vivent en Europe ou aux USA soit sont payés par des capitaux non africains. Ils vont tenir leur posture d’Afroclowns et m’accuser d’être un nègre de maison parce que je dis que ce ne serait peut être pas une bonne idée de sortir tout de suite de la zone CFA ou de rompre avec l’occident. En attendant, moi je vis au Sénégal, avec un passeport sénégalais et suis payé par l’État du Sénégal. Je n’ai pas la latitude de tenir une posture et de jouer au révolutionnaire avec ma propre monnaie. Je contribue concrètement à créer les conditions pour que le FCFA devienne obsolète et que les termes de l’échange avec le reste du monde change.

 

Théorie de l’Afroclown

Posted in Afrique by hadyba on août 26, 2017

C’est une litote que de dire que l’Afrique a des problèmes. Globalement, nous sommes un continent pauvre et mal gouverné. Notre population est généralement mal formée, nos systèmes de santé sont tellement mal gérés que nos hôpitaux sont des mouroirs. Nos dirigeants sont des prédateurs voraces qui vendent toutes nos ressources à vil prix aux étrangers et ne font pas grand chose pour améliorer notre sort. Quasiment tout est à faire chez nous et tout est urgent.

Pour nous sortir de nos problèmes, il y a deux démarches possibles.

·      La première est une démarche ingrate et modeste consistant à essayer d’améliorer ce que l’on peut améliorer étant donné la réalité dans laquelle on se meut. Enseigner, militer pour les droits des populations africaines, combattre les gouvernements locaux, travailler dans le système de santé, créer une entreprise, faire marcher les gouvernements locaux ; bref, cultiver son champ comme dirait Voltaire. Des millions d’Africains, dans le Continent ou ailleurs font ce modeste travail qui, cumulé, nous sortira de la fange dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Aucun pays, aucun continent ne s’est jamais développé autrement qu’avec la contribution de tout un chacun ; des enseignants et des techniciens, des paysans et des ouvriers, des infirmiers et des médecins qui quotidiennement essaient d’améliorer les choses dans des conditions exécrables.

·      La seconde démarche consiste à se contenter d’incantations, à trouver un responsable, de préférence extérieur à tous nos malheurs et à adopter une démarche Don Quichottesque en prétendant être le héros, le chevalier blanc qui sauvera son peuple. L’on veut le résultat sans le labeur quotidien qui le rend possible. L’on est alors un héros narcissique entouré d’une cour fanatisée qui nourrit notre ego en nous confirmant que nous allons sauver notre continent. De la même manière que Don Quichotte s’était choisi un combat cosmique mais somme toute consensuel : combattre le mal et défendre l’opprimé ; l’on se choisit également un puissant et cosmique adversaire et l’on s’approprie un combat consensuel. Étant donnée ses turpitudes passées et actuelles sur le continent noir, la France est toute indiquée pour jouer ce rôle d’ennemi cosmique. Quant au combat consensuel ; quant à la cause juste, nécessairement juste et à embrasser sans nuance ni réflexion ni critique, quoi de mieux que le combat contre le Franc CFA ? Bien sûr, pour mener ce genre de combat, mieux vaut s’être soi même mis en sécurité soit en vivant en France, soit en bénéficiant de la nationalité française. L’on veut bien sauver les africains et l’Afrique mais partager leur sort, se soigner dans leurs hôpitaux, enseigner ou étudier dans leurs écoles publiques, avoir un salaire africain et faire la queue pour demander un visa à chaque fois que l’on voyage ? Vous n’y pensez pas ! On n’est pas assez suicidaire pour ça. En revanche, que quelqu’un ose remettre en cause la sagesse d’une sortie inconsidérée de la zone CFA, qu’il ose même émettre le moindre doute sur la sagesse de laisser un étranger inculte n’ayant aucune qualification en économie mener ce combat et il se voit traiter au mieux d’inconscient à l’esprit lavé par la France, au pire de nègre de maison stipendié par la toute puissante France.

J’appelle Afroclowns les africains, vivant généralement en France, qui passent leur temps à combattre en paroles une France fantasmée et à jeter l’anathème sur quiconque ose les contredire. Ces Afroclowns là s’achètent à bon compte un brevet d’africanité en adoptant des positions extrêmes mais se dispensent bien de faire quoi que ce soient POUR le continent. Ils affirment nous CONSCIENTISER mais si vous y prenez garde, vous verrez que ça les dispense de travailler autrement qu’avec le verbe. Pendant que vous vous tuez à remplir des formulaires, à créer une entreprise, à soigner vos compatriotes malades, à enseigner à la future génération d’africains, à pêcher et à cultiver votre champ, ils dorment. Quand vous avez fini de faire tout ça, ils viennent vous dire que si vous êtes fatigués, c’est parce que la France vous vole et ils vous prennent un peu d’argent pour vous tenir ce discours.

L’Afrique se développera, nous nous réapproprierons notre monnaie quand nous nous serons réapproprié notre économie et notre vie politique. Cela se fera grace à des gens comme vous et moi qui avons patiemment travaillé à améliorer le sort du continent. Pas grace à des Afroclowns comme Kémi Séba, qui ne sont là que pour faire du théâtre sur notre misère et prendre un peu de ce qui ne nous a pas été volé par nos dirigeants pour nous tenir un discours soi disant révolutionnaire mais sans effet.

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Le paradoxe sénégalais et l’anthropologie du terrorisme

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on août 16, 2017

Je mets ici un article qui vient d’être publié dans les actes d’un colloque que nous avions tenu en novembre dernier à Dakar.

L’introduction:

Nous nommons « paradoxe sénégalais » le fait que, malgré une très grande religiosité et une extrême domination de l’islam, le pays est, non seulement sur le plan institutionnel mais également sur le plan social, fondamentalement une République démocratique. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous expliquons ce paradoxe par la manière particulière dont l’islam soufi sénégalais prend en charge la déviance et la marginalité. Dans un premier moment, nous allons illustrer et défendre cette thèse du « paradoxe sénégalais ». Dans un deuxième temps, nous allons comparer le Sénégal au Mali et montrer que les causes de l’irruption du Djihadisme au Mali sont également présentes au Sénégal. Le fait que le takfirisme[1] ne se développe pas au Sénégal et n’y devienne pas violent peut donc être considéré comme une manifestation du paradoxe sénégalais. Dans un troisième temps nous nous servons des figures de deux chefs religieux un peu marginaux dans le mouridisme : Serigne Modou Kara et Cheikh Béthio Thioune pour expliquer le paradoxe sénégalais. Cette explication nous permet d’appuyer une analyse anthropologique, proposée notamment par Scott Atran, de l’attrait du Djihadisme pour une frange de la jeunesse occidentale. Nous terminerons en proposant une solution s’appuyant notamment sur les travaux de Robert Putnam.

[1] On nomme takfiriste les mouvements qui, se référant au théologien médiéval Ibn Taymiyya (1263-1328), se permettent, contrairement à la tradition musulmane, de décréter que d’autres musulmans autoproclamés n’en sont pas de véritablement se donnant donc le droit de les tuer pour apostasie.

HadyAnthropoTerrorisme

Président Le Pen ?

Posted in France, Politique, Spéculation gratuite by hadyba on avril 2, 2017

Contrairement à ce que laisse penser ma tendance à énerver mes amis français en critiquant sans cesse leur pays, la France est l’un des pays que j’aime, respecte et admire le plus. La France est quand même rares pays qui se préoccupe sérieusement de soigner sa population, d’équilibrer le rythme de vie des masses pour qu’elles ne se tuent pas à la tâche et de promouvoir sans complexe une culture et des droits universels. On peut critiquer la France sur beaucoup de points mais à tout prendre, si l’on juge objectivement des choses, même si je suis le premier à chanter avec Renauld :

Être né sous l’signe de l’hexagone,

c’est vraiment pas une sinécure,

Je dois bien avouer que naître sous le signe de l’Hexagone est quand même une sacré chance, quel que soit l’indicateur choisi. La France est une des premières puissances militaires, économiques, sociales et politiques de cette terre. Étonnamment, à entendre pérorer les politiciens locaux, l’on a l’impression que la France est un champ de ruines dévasté par la peste et le choléra, envahi par des hordes barbares venues d’Arabie et de Nigritie, et gouverné par des lois dictées par une infâme classe de juriste bruxellois. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les politiciens, experts et journalistes assurent le peuple que la situation ainsi décrite est un fait quasi inévitable mais que le reste d’indépendance et de civilisation dont le peuple jouit encore est menacé par un ennemi intérieur, un monstre borgne nommé Le Pen. Voter, quand on est français, revient uniquement à choisir qui nous sauvera de ce monstre. Protester, c’est faire le jeu du monstre. Critiquer le statut quo, c’est renforcer le monstre.

Le problème avec les monstres c’est que tôt ou tard, la personne que l’on essaie d’en protéger voudra essayer de les combattre lui-même voire sera tenté de croire qu’il n’est certes pas si monstrueux que l’affirment ses protecteurs. Il me semble que le peuple français en est exactement au point où la séduction du monstre est trop grande pour être conjurée par les incantations des mages. Malheureusement, je ne suis pas sûr que ce ne soit pas à juste raison en plus.

Si l’on regarde l’offre politique actuelle, mon problème n’est pas de savoir si Mme Le Pen pourrait gagner ; mon problème est que je ne vois pas comment elle pourrait ne pas gagner. Comme beaucoup, ce qu’elle représente me fait horreur. Il n’en demeure pas moins que non seulement je suis convaincu qu’elle va gagner mais en plus, je ne suis pas loin de penser que ce ne serait là rien d’autre que la note présentée à une classe politique démagogique, méprisante, corrompue et incapable de regarder plus loin que son intérêt définie de la manière la plus veule possible.

La classe politique française s’est longtemps complu dans la fange. Elle a fait croire au peuple que le monde extérieur était dangereux. Que tous les problèmes du pays ne venaient que de trois choses qui au fond n’en faisaient qu’une : la mondialisation, l’Europe, et les étrangers vivant en France. Cette peur de l’étranger est devenue un tel axiome de la vie politique française que même Mélenchon a infléchi sa position sur le sujet pour affirmer la nécessité de lutter contre les causes de l’immigration (qui est bien évidemment un mal donc), quant à Macron, il a re-rétropédalé sur ses déclarations sur la colonisation et est à présent en train de faire du charme à Christian Estrosi à défaut d’accepter le soutien du sulfureux Iznogoud Valls. La victoire idéologique est donc totale pour le Front National. Nul ne conteste sérieusement que l’Europe est mauvaise pour la France, que l’immigration est une plaie et que la mondialisation est appauvrissante. Or qui propose, sérieusement, avec logique et constance, de couper le nœud gordien ; de quitter l’Union Européenne et de renvoyer tous les basanés en Arabie et en Nigritie ? Le Front National et uniquement lui. C’est donc très logiquement que Marine Le Pen, sans même véritablement faire campagne caracole en tête de toutes les projections. Bien évidemment, tous les apprentis sorciers qui dominent la politique française se réjouissent secrètement de ce résultat, se battant uniquement pour arriver deuxième du premier tour. Ils pensent que conformément à la jurisprudence Chirac, le peuple français obéira à leurs injonctions et ira voter contre madame Le Pen quel que soit le candidat qualifié.

Je pense qu’ils se trompent lourdement. Les français votent me semblent-il sur des sujets tout autant que pour une personne lors d’une présidentielle et il me semble que quel que soit le candidat qualifié, Mme Le Pen est en mesure de le battre sur ces sujets. Prenons les candidats capables de se qualifier et les problèmes importants pour les français et plaçons les dans un tableau. Considérons les quatre sujets suivants :

  1. L’humanisme : Les français tiennent à préserver la réputation de la France comme pays des droits de l’homme et universelle donneuse de leçons. C’est ce qui explique me semble-t-il le succès d’organisations comme les Enfants de Don Quichotte ou le fait que la déportation des enfants d’immigrés n’a jamais été populaire même au plus fort de Sarko-Guéant. L’élection de Le Pen sera une blessure narcissique infligée à cette image de la France.
  2. Le danger étranger : La rhétorique politique de ces vingt dernières années a créé en France une peur du monde extérieur. Cette peur amalgame dans un même élan l’islamisme violent, les hordes sauvages africaines, le plombier polonais, la mondialisation, etc. Il me semble que ce sera un facteur important du choix des électeurs.
  3. La sécurité intérieure : La même rhétorique a créé une peur du danger déjà implanté. Cette peur mélange la crainte du déclassement, celle de l’islamisme violent, celle de la petite délinquance et des incivilités qui pourrissent la vie quotidienne.
  4. La sécurité sociale : beaucoup d’étrangers ont du mal à le réaliser mais un français normal a culturellement du mal à admettre que l’on puisse ne pas soigner un malade parce qu’il n’a pas d’argent. (Et rien que pour ça, je pense que nous pouvons accepter que ce pays est le plus civilisé au monde !) Dans la sécurité sociale, je mets également les lois démantelant les acquis sociaux et ou le droit du travail.

J’avais la certitude que si l’on prenait en compte ces quatre préoccupations, il n’était pas sûr que les potentiels qualifiés au 2nd tour convainquent mieux les français que Mme Le Pen. Pour le vérifier, j’ai construit la matrice ci-dessous en attribuant 4 points à un vote contre Le Pen sur le sujet et 1 point à un vote Le Pen. Par exemple, si je crois que concernant la sécurité intérieure, les français feront plus confiance à Le Pen qu’à X, je donne 1 point, si je pense qu’ils feront confiance à X je donne 4, si je pense que X fera mieux que Le Pen sans en être certain, je donne 3 etc. Etant donné qu’il y a quatre paramètres, si j’étais certain que X vaincrait Le Pen, on se retrouverait avec 16 points et si je pensais l’inverse, on aurait 4. Plus le score est bas donc, plus j’estime faible les chances de X et plus le score est proche de 16, plus je les estime fortes. Cette matrice n’a bien évidemment aucune valeur scientifique. Mais bon… les sondages non plus

Fillon vs. Le Pen Hamon vs Le Pen Macron vs Le Pen Mélenchon vs Le Pen
Humanisme 3 4 4 4
Danger étranger 2 1 1 2
Sécurité intérieure 2 1 1 1
Sécurité sociale 1 3 1 4
Total 8 9 7 11

 

En gros, il me semble que si n’importe qui fait mieux que Le Pen concernant l’humanisme. Quoique les filouteries de Fillon soient une tâche sur le drapeau français. Seul Mélenchon et, dans une moindre mesure Hamon, rassureraient les français concernant la préservation du modèle social français. Macron et Fillon le démantèleront certainement. Sur la sécurité, Fillon pourrait rassurer mais pas totalement vu qu’il est quand même un peu raisonnable, ne voulant ni murer les frontières face aux hordes sauvages ni sortir de l’Europe. Personne ne peut de toute manière quoi que ce soit contre le terrorisme même si Le Pen pourrait satisfaire le sadisme de son électorat en réinstaurant la torture et la peine de mort. Le pari de Macron était de créer un mouvement à la Obama qui changerait totalement la donne en apportant un discours radicalement nouveau. Contrairement à Obama, il n’a ni projet fédérateur ni discours neuf. De plus, les français sont moins idéalistes, plus blasés et ironiques que les américains. Macron a donc plus l’air de vendre une lessive qu’autre chose. Quand on regarde la distribution des points dans le tableau, le plus haut total fait 11 et il est attribué à Mélenchon. Macron me semble devoir faire le pire face à Le Pen. L’explication me parait simple : entre une raciste qui laisse le droit du travail et la sécurité sociale en l’état et un banquier inexpérimenté en politique qui va détruire les deux, que choisira le peuple ? Pourtant c’est Macron qui va probablement être au second tour face à Le Pen. De ce fait, je ne vois vraiment pas comment Marine Le Pen pourrait ne pas sortir vainqueur du second tour. Je le vois d’autant moins que la blessure narcissique française en cas de victoire Le Pen sera mitigée par deux choses : d’une part Marine Le Pen est une femme et son élection sera une première pour la France et d’autre part le précédent Trump relativise la honte. Face à Trump, Marine Le Pen est un parangon d’élégance et de culture.

Bon ceci dit, n’oublions pas que j’avais, en son temps, courageusement prédit la victoire de Ségolène Royal sur Sarkozy.