Hady Ba's weblog

La victoire du macho hystérique

Posted in France, Politique by hadyba on janvier 27, 2016

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C’est Celeste qui a une fois parlé de « machos hystériques » pour désigner des politiciens qui, comme Valls et Sarkozy, sont tellement anxieux de prouver leur virilité qu’ils ne peuvent s’empêcher de sautiller comme des cabris en glapissant avec ce qu’ils croient être de la fermeté et en détruisant tout sur leur passage. L’hystérie est le type même de la caractérisation sexiste, réservée aux femmes et dont la base scientifique est plus que douteuse. Il y a cependant une irrationalité dans le besoin de paraitre ferme chez certains politiciens mâles actuels qui fait que j’ai immédiatement été frappé par la justesse de la caractérisation de Celeste. Sarkozy a gagné la présidentielle française. Puis il a passé tout son mandat à courir à gauche et à droite, à s’agiter, à insulter tout ce qui ne lui faisait pas allégeance et à prétendre périodiquement avoir sauvé le monde. Pour couvrir son incompétence, il a complètement hystérisé le débat public prenant les étrangers comme bouc-émissaires et faisant passer des lois plus déshonorantes pour la France les unes que les autres. Il n’a bien évidemment pas été réélu. Le peuple français, quoiqu’en pense son élite, n’est pas idiot.

Non seulement Sarkozy n’a pas été réélu mais a été élu à sa place, celui qui semblait être son absolue antithèse: un placide technocrate sur-diplômé qui n’aurait pas déparé dans une salle de séminaire d’une université de seconde zone. Le problème est que cette apparente placidité ne cachait pas la force tranquille d’un Mitterrand mais une absence totale de personnalité et une ambition réduite au seul souci de se préserver. N’ayant aucune personnalité, Hollande a, contre toute logique, emprunté celle de Sarkozy et nommé son doppelgänger du PS au poste de Premier Ministre en lui laissant les pleins pouvoirs. Sachant que Valls a fait moins de 10% aux primaires du PS, c’est à tout le moins, une trahison de son électorat naturel. En bon macho hystérique, Valls entraine le gouvernement actuel toujours plus loin dans l’infâme tant il a besoin de prouver aux terroristes que lui aussi il en a une paire et ne reculera devant rien pour… euh, en fait on ne sait même pas dans quel but il propose les infamies qu’il propose.

Christiane Taubira qui était la dernière du gouvernement à essayer de défendre un semblant de principes, vient de jeter l’éponge. Mieux vaut tard que jamais suis-je tenté de dire. C’est cependant assez triste pour la France. Les machos hystériques comme Valls et Sarkozy, sont avant tout d’anciens gosses à qui leurs parents n’ont pas inculqué le principe de réalité. De tels enfants s’agitent et hurlent pour avoir des jouets puis ils les cassent. Normalement, le monde se charge de les éduquer quand ils sortent du giron familial. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu faire que de telles personnes aient pu se retrouver à la tête d’un pays développé. Le jouet actuel de M. Valls, tout comme celui de M. Sarkozy avant lui, est la République. Espérons qu’elle survivra indemne à deux machos hystériques.

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Expérimenter par soi-même

Posted in Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on janvier 14, 2016

ErreurUrbaine

L’autre jour, en réunion, je me suis embarrassé tout seul. Quelqu’un a dit quelque chose et je me suis senti obligé de donner des précisions clarifiant ma situation. Avant même que je ne lève la main pour parler, mon chef de Département m’a demandé de me taire. Je lui ai fait un signe disant que j’étais vraiment désolé de lui désobéir mais que je ne pouvais pas ne pas parler. Il a insisté, j’ai insisté. Il s’est même levé pour me dire qu’il m’expliquerait plus tard mais j’ai quand même pris la parole. Sur le moment, je ne pouvais pas croire qu’il avait raison que ce que je croyais comprendre n’était pas ce qu’il fallait comprendre. En prenant la parole, je me suis embarrassé et ai embarrassé tout le monde parce que, bien évidemment, je me trompais totalement.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est qu’à aucun moment je n’avais de doute sur la bienveillance de mon chef de Département. Je savais qu’il avait à coeur de veiller sur mes intérêts. Il m’a, à plusieurs reprises, donné des conseils et indications qui m’ont empêché de faire des erreurs. Je sais également qu’il a infiniment plus d’expérience que moi dans ce type de réunions. Rationnellement, j’aurais du lui faire confiance et me taire. Malgré tout, sur le moment, j’étais persuadé d’avoir raison. Après la réunion, il m’a tout expliqué puis il a sagement ajouté: « Mais si tu n’avais pas parlé, tu n’aurais jamais vraiment cru que l’on ne faisait effectivement pas allusion à toi! » En gros, c’était là une erreur de ma part, erreur rationnellement évitable, mais en même temps presque inévitable vu que nous ne sommes pas des machines purement rationnelles. Il y a des expériences douloureuses dont on ne peut pas vraiment se dispenser. Ce faisant, on fait des erreurs qui peuvent paraître stupides mais qui nous permettent d’apprendre et de grandir. Tant que l’on n’a pas soi-même fait ces erreurs là, on ne peut pas réellement retenir la leçon.

D’une certaine manière, j’ai l’impression que tout processus d’éducation n’est, fondamentalement, que cela: donner aux élèves les moyens de commettre des erreurs dans un environnement contrôlé de sorte à apprendre de nouvelles choses et à ne pas commettre ces mêmes erreurs dans un milieu où leurs conséquences seraient pires voire mortelles. Les plus intelligents d’entre nous sont ceux qui ont la sagesse et la modestie d’apprendre des erreurs des autres. Ces êtres supérieurs n’ont pas besoin d’expérimenter par eux-mêmes. J’essaie de profiter de l’expérience des autres mais je n’en suis souvent pas capable parce que je suis arrogant et pense que mon analyse d’une situation donnée vaut celle de n’importe qui d’autre; oubliant parfois que certains ont plus d’expérience et de vécu que moi.

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

PS: Je suis d’une impolitesse… Mes meilleurs voeux pour l’année 2016 à la poignée de fidèles qui lisent encore ce blog. Puisse-t-elle nous être agréable, puissent nos chemins respectifs éviter bombes et kalashs (vu le monde dans lequel nous vivons, ce n’est malheureusement plus un voeux extravagant!) et puissé-je bloguer un peu plus cette année. Vu que j’ai fermé tous mes comptes sur les réseaux sociaux pour six mois et que je suis un procrastinateur, je suppose que je vais devoir bloguer pour ne pas faire les choses obligatoires à temps :-)

Les dangereuses improvisations antiterroristes du Président Sall

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on novembre 11, 2015

La bonne nouvelle est que nos autorités semblent enfin prendre au sérieux la menace terroriste. Il y a eu une vague d’arrestation d’imams. Le Président de la République semble avoir prononcé un discours plutôt important définissant la doctrine antiterroriste du pays. Ce qu’il y a sur le site de la Présidence ne casse certes pas trois pattes à un canard même s’il y a des idées intéressantes. Je suppose que c’est ce qui a été préparé.

Le Président de la République semble cependant avoir improvisé.

Sur Seneweb, on nous apprend qu’il aurait dit :

« A coté de ces politiques, il faut développer un discours philosophique et théologique. Cela nécessite une formation des imams dans le sens d’un islam tolérant. Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion. On a jusque là connu un islam modéré et tolérant. Donc, ça c’est une question de la société toute entière. Ce n’est pas seulement l’affaire de l’État, mais lorsque l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions, ni même à nos conceptions de l’islam, nous devons avoir le courage de combattre cette forme excessive d’imposer. De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas accepter que des modèles qui nous viennent, je ne sais d’où, soient imposées en Afrique»

Le Soleil quant à lui fait dire au Président :

« nous devrons travailler sur les pays qui ont le même modèle islamique ». « Nous avons aussi besoin d’une collaboration pour mettre en place des académies et des écoles. Il est nécessaire d’avoir un volet  dans la formation des élites, pas seulement des imams dans cette bataille psychologique »

Le chef de l’Etat sénégalais a rappelé que la lutte contre le terrorisme doit être « l’affaire de toute la société » en faisant la distinction entre l’Islam africain et l’Islam d’ailleurs, fustigeant le « port du voile intégral qui n’est pas africain et ni conforme à notre culture ». « Nous devons avoir le courage de combattre et de ne pas accepter une autre forme de l’Islam que l’Islam tolérant que nous connaissons même s’il y a des gens prompts à financer. La société civile et la classe politique doivent être à l’avant-garde de ce combat. J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne », a averti le président Sall.

Autant j’ai été paniqué toutes ces années de la légèreté avec laquelle notre classe politique traitait la question du terrorisme, autant les présidentielles improvisations de Macky Sall me paraissent malvenues et, pour tout dire, potentiellement dangereuses pour le pays.

Commençons par le tenace mythe de l’islam noir qui serait tolérant parce que syncrétique. Je ne vais pas me prononcer sur le fonds. Le président dit :

Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion.

Le problème, c’est que l’État du Sénégal n’adopte strictement aucune religion. Nous sommes une République laïque cela veut dire que nous traitons exactement toutes les religions de la même manière. Les citoyens sénégalais ont des choix philosophiques et religieux que l’État n’a pas à sanctionner. L’État les accompagne dans toute pratique religieuse qu’ils choisissent et qui est conforme à notre Constitution. S’immiscer dans les pratiques des citoyens pour voir s’il est tolérant ou pas n’appartient ni à Macky Sall ni à qui que ce soit d’autre. La seule chose que nous demandons à notre État, c’est de veiller au respect des lois et d’assurer la sécurité publique.

Comme toujours quand on régule ce genre de choses, c’est sur les femmes que l’on tape et Macky Sall n’échappe apparemment pas à la règle qui dit que :

l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions

D’abord faut arrêter avec nos cultures et traditions. Nous n’avons pas élu un défenseur de nos cultures et traditions mais un Président de la République. Ensuite, si des femmes estiment qu’elles doivent s’habiller de telle ou telle manière de quel droit le Président de la République se permet-il de décider de la conformité de leur habillement à nos cultures et traditions ? Une minijupe correspond-elle à nos cultures et traditions ? Nos traditions sont-elles chrétiennes, islamiques ou païennes ? Le port de la barbe s’y conforme-t-il ? Le voile intégral est typiquement le genre de faux problèmes que l’on agite quand on est impuissant à améliorer la situation. Pourquoi des femmes choisissent-elles de se voiler ? Pourquoi nous réfugions-nous dans des formes de religiosité radicales ? Peut-être parce que nous sommes horrifiés par la corruption de ce qui aurait du nous servir de norme religieuse ? Peut-être parce que notre situation économique est tellement désespérée que nous parions tout sur l’au-delà ? Je n’en sais rien et à vrai dire, qui suis-je pour juger des choix religieux des gens ?

Au passage, Macky Sall nous rappelle subtilement qu’il avait glorieusement résisté à la puissance américaine sur la question de l’homosexualité :

De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer.

Il y aurait donc, dans son esprit une égalisation entre l’homosexualité et l’islam radical. J Là, je suis bien d’accord avec lui : homo, hétéro ou salafiste, je pense que l’État n’a pas a rentrer dans la vie des gens tant qu’ils ne commettent pas d’activité délictueuses. Maintenant si l’État s’amuse à criminaliser ce que les gens font paisiblement (par exemple porter le voile intégral ou pratiquer un islam rigoriste) pour ensuite venir arrêter les gens, je crois qu’il y a un problème.

Enfin, plus grave, si j’en crois le Soleil qui est quand même le journal officiel, Macky Sall termine en menaçant son opposition républicaine :

J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne

Donc notre Président s’arroge le droit d’arrêter qui il veut au nom de la menace terroriste et il faudrait que personne ne moufte ? Comme souvent en matière de lutte contre le terrorisme, les politiciens veulent préserver nos libertés en nous les confisquant. Non merci. Un Président qui s’est montré singulièrement aveugle sur le Mali, qui a failli conforter des putschistes au Burkina et qui expulse de opposants gambiens nous demande les pleins pouvoirs au nom de la lutte contre le terrorisme ? Non, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Parmi les idées intéressantes du discours présidentiel, il y a l’idée que le terrorisme nait de l’inégalité et de la pauvreté. C’est justement pour résoudre ces problèmes là qu’on a élu Macky Sall. Pour l’instant, nous ne voyons aucune amélioration de notre situation économique. Les pauvres n’arrivent toujours pas à se soigner ni à assurer une éducation de qualité à leurs enfants. Une minorité de délinquants (et de) politiques s’enrichit toujours plus alors que les autres s’appauvrissent. Pour lutter contre le terrorisme, le Président doit laisser la police et la justice faire leur boulot et faire le sien qui est d’améliorer le sort de nos concitoyens. Il n’a pas besoin des pleins pouvoirs pour ça !

Pour Habré (et le Zimbabwe accessoirement)

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on juillet 20, 2015

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C’est donc ce matin que le Sénégal juge Hissène Habré. J’ai rarement été d’accord avec l’ancien Président Wade mais si je trouvais ses tergiversations ignobles, j’ai toujours trouvé que son refus de juger Habré était la seule décision non seulement honorable mais également réaliste pour le Sénégal et l’Afrique. J’aurais juste préféré qu’il ait exprimé un refus clair et net de juger Habré au lieu de louvoyer avec la soi-disant communauté internationale.

Je n’ai strictement aucune sympathie pour Habré. C’est un affreux personnage, un tortionnaire, un assassin et un dictateur de la pire espèce. Je lui souhaite de mourir dans d’atroces souffrances et de griller en enfer. Je trouve malgré tout qu’il aurait du bénéficier de la protection de l’État du Sénégal contre vents et marées. Non pas, comme le disent certains parce qu’il s’est intégré à la communauté sénégalaise, a épousé une sénégalaise et a corrompu nos chefs religieux a des enfants sénégalais –ça, c’est les raisons pour lesquelles nous aurions dû le juger– mais tout simplement à cause de la continuité de l’État. À un moment en 1990, l’État du Sénégal s’est engagé à accueillir un ancien dictateur de sorte que ne se perpétue pas dans son pays une sanglante guerre civile[1]. Quoiqu’on pense du personnage, dès l’instant où l’État du Sénégal a décidé de l’accueillir et de lui accorder l’immunité, je crois que la seule attitude républicaine est de s’y tenir de manière trans-temporelle.

Par ailleurs, au delà de cet aspect républicain dont j’estime qu’il devrait suffire à clore le débat si nos dirigeants n’étaient pas des carpettes décidées à plaire à tout prix aux desiderata des occidentaux, j’estime que ce procès est dangereux pour l’Afrique. On peut le déplorer mais il y a encore des dictateurs en Afrique. Ce sont des vestiges de l’histoire mais leur pouvoir de nuisance est grand et il faudra au moins une vingtaine d’années pour que nous en soyons débarrassés. Une question qui se pose est de savoir comment nous allons nous en débarrasser. Sera-ce sanglant ou pacifique ? Ce qui pourrait inciter certains dictateurs à ne pas mourir au pouvoir, c’est la certitude qu’en cas de départ négocié, ils peuvent vivre une retraite paisible aux Almadies et que les cris de leurs victimes ne les y dérangeront jamais. S’ils savent qu’en cas de démission, ce n’est qu’une question de temps avant qu’on ne les juge, ces psychopathes préféreront, à l’instar de Bachar El-Assad bombarder leur propre peuple et mourir au pouvoir que de s’exiler et être rattrapé par la justice 25 ans plus tard. On parle ici de milliers voire de millions de morts potentiels. Je préfère un Mugabé ou un Sassou Nguessou qui se prélassent dans le luxe à Dakar à un Zimbabwe ou un Congo totalement ravagés par la guerre civile juste parce qu’ils ont peur de se faire juger quelques années après avoir volontairement cédé le pouvoir. Or, c’est exactement ce message que le procès Habré envoie à tous les dictateurs africains : accrochez-vous au pouvoir ou bien il n’y aura pas un endroit dans le vaste monde où vous pourrez tranquillement jouir de la fortune que vous avez volée. Je crains de savoir ce que ces psychopathes choisiront confrontés à une telle alternative et je ne crois pas que ce soit bénéfique à leurs victimes actuelles et futures.

Quid de la morale ? Habré, comme je l’ai dit plus haut est un horrible personnage et je suis de tout cœur avec ses victimes. Malgré tout, je crois que le plus immoral dans cette histoire, ce n’est pas que Habré ne soit pas jugé ; c’est que son jugement ne soit rien d’autre qu’une vengeance. Habré sera jugé. Gageons qu’à aucun moment ne seront évoqués ses liens avec la CIA et l’État français. Habré n’est pas n’importe quel chef de guerre inculte ; c’est d’abord un intellectuel diplômé de Sciences Po Paris et ayant pris le pouvoir, gouverné et torturé avec l’aide de puissances occidentales en guerre contre la Libye. Juger Habré en restant muet sur les bras qui l’armaient et l’aidaient à contrôler sa population, ce n’est pas de la justice, c’est du théâtre. Si Human Rights Watch veut aider les africains, je lui suggère de s’intéresser aux forces économiques qui pillent méthodiquement le continent et empêche que n’émergent de vraies démocraties. Ce sont ces forces là qui nous empêchent de mettre en place des systèmes de santé et d’éducation viables et c’est cette oppression économique là qui permet la naissance de monstres comme Habré. Juger Habré 25 ans plus tard nuira peut-être au Zimbabwe et ne fera rien pour le Niger dont Areva continuera à voler l’uranium tout en polluant la région d’extraction.

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[1] Je sais, ce n’est là que la raison officielle. La vraie raison est que le mec avait rendu de signalés services à la CIA et aux français et qu’on lui renvoyait l’ascenseur. Sur les liens entre Habré et la CIA cet article est de Foreign Policy est instructif: http://foreignpolicy.com/2014/01/24/our-man-in-africa/

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Charlie Hebdo ou le sommeil de la raison

Posted in France by hadyba on mai 6, 2015

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(Illustration: Etude préparatoire à la gravure de Goya: Le sommeil de la raison produit des monstres. Volée sur Wikipedia)

Il est indécent de dire du mal des morts. Il plus indécent encore de dire du mal de gens qui ont été tués. Il est infiniment indécent de dire du mal de personnes qui ont été assassinées au nom d’une religion que l’on pratique soi-même. C’est cette conscience qui m’a jusqu’ici empêché de dire ce que je pense des gens de Charlie Hebdo. Au bout de 4 mois, je vais lever mes scrupules et dire sans ambages ce que je pense de ce journal.

Je crois qu’au moins depuis 2001, Charlie Hebdo était un journal islamophobe. Il n’était pas que ça. Il était également négrophobe, homophobe, cathophobe et plein d’autre choses détestables. Peu me chaut toutes les personnes qui y travaillent se proclament antiracistes et qu’il y ait des arabes peut être même musulmans parmi ceux que les terroristes ont tués. Je n’en crois pas moins que Charlie était profondément islamophobe.

Il y a eu cette pseudo-étude parue dans Le Monde et argumentant que puisque les Une sur l’islam étaient minoritaires, le journal n’était ni islamophobe, ni obsédé par l’islam. Il me semble que c’est là le comble de la mauvaise foi ou, plus probablement, de l’aveuglement volontaire. L’important, ce ne sont pas les unes, c’est la nature des dessins et des articles parlant de l’islam. Sauf à procéder à une analyse de ces articles et de ces dessins, une étude quantitative ne nous apprend rien. Prenons un exemple : quand M. Le Pen dit que les noirs courent vite, il est oiseux de dire que ce qu’il dit est un compliment et ne peut donc pas être raciste. Nous savons très bien que ce n’est pas une simple généralisation abusive ni un constat basé sur une observation attentive des différentes compétitions sportives. Le but de cette petite phrase est d’essentialiser les noirs et d’opposer une supposée vigueur physique des noirs à une supposée vigueur intellectuelle des blancs. Il n’a pas besoin de le dire pour que nous le comprenions. De la même manière, Charlie Hebdo n’avait pas besoin de faire des une systématiques sur les noirs, les arabes ou les musulmans pour être raciste ; il lui suffisait simplement de se moquer de ces groupes là à chaque fois qu’il en parle, d’amalgamer sciemment arabes et musulmans et de faire de manière récurrentes des unes sur Mahomet pour fédérer un large lectorat composé à la fois d’islamophobes assumés et d’islamophobes honteux préférant se faire croire qu’ils sont préoccupés par la liberté d’expression.

Je trouve donc Charlie Hebdo profondément raciste et islamophobe. Il suffit juste de regarder sans parti pris comment ils représentent Christiane Taubira en singe, se moquent des jeunes filles enlevées par Boko Haram ou tapent sur les musulmans pour s’en convaincre. Paradoxalement, leur racisme ne me pose strictement aucun problème. Je suis un maximaliste en matière de liberté d’expression et je pense que les idées, toutes les idées y compris les plus nauséabondes doivent d’exprimer librement. Ce qui m’avait choqué quand j’était en France, ce n’était pas le racisme de Charlie Hebdo, c’était l’injonction qui m’était faite, en tant que musulman, de montrer mon ouverture d’esprit non pas seulement en acceptant le droit qu’avait Charlie Hebdo de se moquer de moi mais également en prétendant que je n’étais pas le moins du monde offensé et que seuls les extrémistes musulmans pouvaient l’être par cette manifestation de l’esprit français. Or étant un homme cultivé, je prétends connaître l’esprit français autant qu’un autre. Je ne me souviens pas que le but du Mariage de Figaro fût de se moquer du personnage éponyme, bien au contraire. La pièce le soutient face à l’arbitraire du Comte Almaviva.

L’esprit français, s’il existe, consiste à se moquer et ridiculiser les puissants et à donner voix au petit peuple. Le petit peuple français actuel n’est certainement pas l’intelligentsia athée ; c’est souvent le musulman importé pour faire le boulot dont personne ne veut et qui s’accroche désespérément à sa religion parce que c’est la seule chose qui lui reste. À chaque fois que Charlie avait des problèmes de trésoreries, il faisait un numéro spécial moquant les convictions de ce petit peuple de Paris (ou plutôt de sa banlieue) et tous les bobos se donnaient le frisson de la défense de la liberté d’expression en achetant un numéro spécial Mahomet. Cela me paraît plus un dévoiement de l’esprit français qu’autre chose.

Parce que la France avait renoncé à penser sa situation socio-économique, parce qu’elle est structurellement raciste, parce qu’en un mot elle a renoncé à la raison, elle n’avait plus pour héros, défenseurs de la liberté d’expression que les gens de Charlie Hebdo. Le sommeil de la raison nous dit Goya engendre des monstres, ces monstres ont pour noms les frères Kouachi, les Coulibaly, Youssouf Fofana et le gang des barbares qui a tué Ilan Halimi. Mais de manière plus insidieuse, un de ces monstres est actuellement à l’œuvre sous la forme d’un gouvernement de gauche qui met en place, au nom de la liberté d’expression, une surveillance généralisée de sa population.

PS: Article écrit à la va vite. Je le modifierai peut être dans la soirée

Indomptable âme

Posted in Poésie by hadyba on mars 29, 2015

On peut, probablement avec raison, lire Invictus comme une affirmation de la supériorité de l’âme humaine sur les cruelles et aveugles circonstances. Ce qui me frappe et me fascine quant à moi, c’est la modestie qui se dégage du premier quatrain.

Out of the night that covers me,

Black as the pit from pole to pole,

I thank whatever gods may be

For my unconquerable soul.

Henley ne se congratule pas ; il remercie les divinités, quelles qu’elles se trouvent être, pour son âme indomptable. L’on pourrait penser qu’une telle évocation, sceptique au possible dans sa forme, n’est que rhétorique. Il est possible que telle ait été l’intention de Henley. Je la trouve néanmoins très profonde. Une chose dont je me rends de plus en plus compte en effet, c’est que notre perception des évènements n’a pas grand chose à voir avec une mesure supposée objective de leur gravité. Certaines personnes traversent des atrocités sans nom en faisant tout ce qu’elles peuvent pour survivre et en gardant le sourire. D’autres, au milieu de privilèges, n’arrivent pas à en jouir, s’ennuient et se morfondent. Je sais que ça peut paraître obscurantiste de le dire ainsi mais je ne suis absolument pas convaincu par les travaux de Kahneman qui affirment que plus on est en deçà d’un certain seuil financier, plus on est plus malheureux.

Henley évoque les divinités. La biologie est dans ce domaine une divinité plutôt séduisante pour moi. Il me semble que la capacité à traverser la vie avec le sourire (et de manière symétrique l’incapacité à jouir) est largement idiosyncrasique et échappe largement à notre contrôle. J’aime croire que l’éducation apporte une contribution essentielle à l’approche optimiste ou pessimiste de la vie. Qu’elle détermine notre capacité à accepter les circonstances avec équanimité et à résister aux ténèbres. J’aimerais surtout croire que l’incapacité à apprécier la vie, par delà les circonstances est réversible. Si tel était le cas, cela voudrait dire que nous avons la possibilité d’aider ceux pour qui, selon Baudelaire:

la terre est changée en un cachot humide,

Où l’Espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide,

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

 Je souhaite qu’il en soit ainsi mais je dois avouer que quand je vois la difficulté que des personnes extrêmement brillantes ont à sortir de la dépression, je suis impressionné par la modestie de Henley. Ceux qui se portent bien et supportent les épreuves qui les accablent avec stoïcisme, doivent remercier les dieux (ou la biologie) de les avoir pourvu d’une âme capable d’ataraxie. A contrario, quand quelqu’un soufre devant le fardeau qu’est sa propre vie, il ne nous appartient pas de soupeser ce fardeau et de décider qu’il devrait pouvoir le soulever sans peine.

Bonus…

Université Virtuelle Sénégalaise Redux

Posted in Sénégal by hadyba on mars 14, 2015

Le Coordonnateur de l’Université Virtuelle Sénégalaise nous a répondu (quoique sans nous faire l’honneur de nous nommer) dans le quotidien gouvernemental Le Soleil. Ça nous donne l’occasion de dire en quoi ses réponses ne sont pas satisfaisantes et pourquoi nous pensons que l’UVS est un effroyable gâchis de ressources financières et surtout humaines.

……………..

Pour un débat démocratique sur l’Université Virtuelle Sénégalaise

Il est heureux que le Professeur Mamadou Mansour Faye coordonnateur de l’Université Virtuelle du Sénégal ait accordé une interview au journal Le Soleil du samedi 7 mars 2015 pour éclairer l’opinion sur l’institution qu’il dirige, dissiper certaines inquiétudes et répondre aux critiques de l’UVS dont nous sommes ainsi que le montre notre contribution au journal le quotidien daté du 27 février 2015. Malheureusement, il nous semble que ses précisions renforcent encore plus notre analyse selon laquelle l’UVS est un dangereux miroir aux alouettes sacrifiant une partie des ressources humaines dont ce pays a besoin pour se développer et gaspillant sans résultat tangible une partie des ressources que ce pays consacre à l’enseignement supérieur.

Commençons par dégager un point technique qu’invoque le coordonnateur de l’UVS pour défendre son université. L’UVS ne serait pas un MOOC parce qu’il n’est pas massivement ouvert et a des tuteurs. Il a superficiellement raison sur ces deux points. Sauf que d’une part quand une université normale comme San Diego met en place un MOOC, elle s’assure que les étudiants ont accès à un service de tutorat et que même dans les MOOCs ouverts, il y a un service de tutorat soit par les pairs, soit par des assistants de recherche. Il suffit d’aller sur Coursera pour le voir. D’autre part, le caractère massivement ouvert n’a pas de pertinence pour juger de l’utilité pédagogique des la technologie utilisée pour un public de jeunes bacheliers. Le caractère ouvert des MOOCs étudiés a justement permis d’établir le type de publics auxquels devraient être réservé l’enseignement en ligne : des diplômés extrêmement motivés et des professionnels dotés d’une certaine maturité intellectuelle. Ce que les études montrent, c’est que les jeunes bacheliers n’ont pas encore acquis la discipline et les méthodologies de travail nécessaires pour travailler seuls dans une formation à distance.

Par ailleurs, si l’UVS n’est techniquement pas un MOOC, on pourrait soutenir qu’elle est en fait moins qu’un MOOC. L’avantage du MOOC en effet est d’utiliser les ressources de l’internet à haut débit pour mettre en ligne des films, des exercices interactifs, des fichiers lourds etc. Or l’UVS ne met pas en ligne toutes ces ressources multimédia ; se contentant de fonctionner comme un dépôt de cours écrits que les étudiants téléchargent et étudient par eux-mêmes.

Revenons un moment sur le tutorat qui est présenté comme la grande innovation de l’UVS. Le tutorat en ligne est à notre connaissance nominal ; les étudiants à qui nous avons parlé n’arrivaient pas à avoir des réponses aux questions posées en ligne. Quant au tutorat dans les Espace Numérique Ouvert ; il suffit de réfléchir un peu pour se rendre compte que c’est une usine à gaz. En effet, l’intérêt supposé de l’UVS est que l’étudiant peut étudier de chez lui, quel que soit l’endroit du pays où il se trouve. Même à supposer qu’il y ait un ENO fonctionnel dans chaque région du pays, imagine-t-on vraiment que dans chacun de ces ENO il y aura à suffisance des tuteurs capables de venir en aide à tout étudiant qui le désire dans chacune des disciplines enseignées à l’UVS ? Si l’on crée des universités physiques, c’est parce que les ressources humaines sont rares et qu’il convient de les mutualiser. Une physique université n’aurait besoin par exemple que d’un seul département de sociologie et tous ceux qui étudient cette discipline dans cette université ont accès aux professeurs et tuteurs. Dans le modèle de l’UVS, il faudrait un tuteur en sociologie à Saint Louis et un autre à Kolda si l’on veut faire bénéficier d’un encadrement à chaque étudiant, où qu’il se trouve dans ce pays. C’est une ridicule multiplication des ressources que présuppose ce modèle.

De plus, même dans des universités classiques, les études sur le tutorat sont très contrastés. Si l’Université de Bretagne Occidentale par exemple affirme avoir améliorer les taux de réussite en première année grace au tutorat, une étude de 2003 sur 1763 étudiants de trois universités françaises montre que toutes choses étant égale par ailleurs, l’impact du tutorat sur la réussite en première année est somme toute négligeable. Le tutorat n’est donc pas la panacée qui permettra miraculeusement de transformer de nouveaux bacheliers en étudiants capables de travailler à distance.

Le cœur du problème avec l’Université Virtuelle Sénégalaise est que le projet fait bon marché de la nécessité d’apprendre à apprendre. Le coordonnateur semble penser que quelques semaines d’apprentissage en Leadership, Développement personnel et initiation aux nouvelles technologies suffisent pour donner aux étudiants les outils pour apprendre de manière autonome. Ce que toutes les études montrent c’est qu’il y a un changement qualitatif, une conversion cognitive qui se fait entre le bac et les premières années d’université. Ce changement est difficile et nécessite la présence d’enseignants qui guident pas à pas l’étudiant dans ses apprentissages. Il nous est déjà difficile de réussir cet accompagnement dans nos universités physiques. Il est hautement improbable qu’un enseignement virtuel inadapté à un tel accompagnement puisse y arriver. L’ignorance de la pédagogie qui informe le projet de l’UVS transparait quand le coordonnateur de l’UVS affirme que la notion d’année blanche est « hors concept » à l’UVS. Cette notion est pertinente pour deux raisons : d’abord c’est un fait que des étudiants qui ont été orientés en 2013 n’ont toujours pas terminé leur premier semestre alors que nous sommes en 2015. Ils ont donc bien perdu une année de leur vie professionnelle. Mais le plus grave est que ces étudiants sont à cette période critique de la vie où le cerveau se forme. Le cerveau humain en effet ne termine pas sa maturation avant 26 ans Les habitudes de vie prises dans la période de maturation du cortex frontal vont perdurer. Si de jeunes bacheliers perdent leur temps dans une université virtuelle qui ne les fait pas acquérir les compétences dont ils ont besoin, c’est un gaspillage des ressources humaines dont le pays a besoin pour se développer. La plus importante de ces compétences, vu le monde changeant dans lequel nous vivons est la capacité à apprendre.  Or cette capacité à apprendre s’acquiert par un suivi personnalisé lors des premières années d’université. Le fait est que l’UVS peut avoir son utilité dans le dispositif éducatif sénégalais. Elle ne peut cependant prétendre former un public de nouveaux bacheliers. C’est le type de public pour lequel elle est le moins approprié.

Pour terminer ; le coordonnateur de l’UVS affirme que son université est le fruit d’une vision. Mais de qui est-ce la vision ? Certainement pas du Chef de l’État qui a été élu sur la base d’un projet ne l’incluant pas. L’État du Sénégal doit-il distraire ses ressources et sacrifier une partie de sa jeunesse au nom d’une vague vision faisant fi de l’expertise en éducation qui montre que la formation à distance n’est adaptée que pour un public très spécialisé ? Il est temps que le débat sur l’utilisation de nos ressources publiques et la formation de notre jeunesse soit posé de manière démocratique en s’aidant de toute l’expertise disponible.

Dr Mouhamadou El Hady BA

Formateur à la Fastef UCAD

hady.ba (Le signe pour arobase) ucad.edu.sn

Dr Oumar DIA

Maitre-Assistant FLSH UCAD

oumar.dia (Le signe pour arobase) ucad.edu.sn

Sur l’Université Virtuelle Sénégalaise

Posted in Sénégal by hadyba on février 27, 2015

Avec mon estimé et estimable collègue Oumar Dia, nous avons commis ce petit texte dans l’illusion que quand nos compatriotes auront fini de commenter les insanités de notre ancien Président de la République sur notre actuel Président de la République, ils se pencheront un peu sur la manière dont on distrait leurs ressources dans des éléphants blancs qui hypothèquent l’avenir d’une partie de notre jeunesse.

Oui, je sais nous sommes naïfs… anyway, voici le texte que nous avons envoyé à la presse et qui a été publié.

…….

L’Université Virtuelle Sénégalaise : un dangereux miroir aux alouettes ?

Il ne fait guère de doute qu’au moment de sa création, l’Université Virtuelle Sénégalaise (UVS) répondait à une urgence absolue. Le pays se trouvait avec un trop plein de bacheliers qu’il fallait absolument orienter quelque part. Les universités publiques sénégalaises avaient atteint leur point de rupture et la prise en charge d’une inscription dans le privé pour tous ces bacheliers aurait fait exploser le budget de l’enseignement supérieur. Malgré ce contexte difficile, le choix de créer une université virtuelle sénégalaise et d’y orienter le surplus de bachelier était un choix certes politiquement pertinent mais pédagogiquement injustifiable et en tous points contraire à l’intérêt de l’État du Sénégal et de la société sénégalaise.

La seule justification de la mise en place de l’Université Virtuelle Sénégalaise est politique ; ce mot étant ici entendu au sens le moins noble qui soit. Les étudiants orientés à l’UVS, ne sont pas dans la rue à exiger du gouvernement une orientation. Malgré tout, ces étudiants ont, de facto, connu une année blanche. Pis encore, nous allons voir que l’État du Sénégal a choisi de sacrifier leur avenir en les orientant dans une structure inadaptée à leurs besoins et capacités d’apprentissage.

L’UVS en effet, quoique à certains points de vue unique au monde, s’inscrit dans un mouvement global de virtualisation de l’enseignement supérieur. Depuis le début des années 2000, avec la mise en ligne intégrale des cours du MIT, l’idée de démocratiser à peu de frais, grâce à internet, l’enseignement supérieur le meilleur au monde a fait son chemin. Les MOOC (acronyme anglais pour cours en ligne ouvert et massif) sont l’aboutissement de cette œuvre pionnière et l’UVS est une forme, certes particulièrement sommaire, de MOOC. Il existe donc une histoire des MOOC et surtout il existe maintenant des études scientifiques qui nous apprennent exactement dans quelle mesure les MOOC sont utiles et à quelles fins on devrait les utiliser. La décision de mettre en place l’Université Virtuelle Sénégalaise semble malheureusement avoir été prise en ignorant totalement ces études. Or que nous apprennent-elles ?

La plus célèbre de ces études est celle effectuée sur les étudiants de l’Université d’État de San José aux États Unis. Menée par Sebastian Thrun, le fondateur d’Udacity, une des premières plateformes de cours en ligne, elle a montré que, pour la grande majorité des étudiants, les cours à distance sur internet sont beaucoup moins efficaces que les cours en présentiel. Le taux de rétention est très bas et pour ceux qui arrivent à compléter les cours et qui passent les examens, les taux d’échecs sont plus importants que pour des enseignements en présentiel. Le résultat principal de cette étude, qui reviendra constamment dans tous les travaux ultérieurs sur les MOOC, est qu’il y a une petite minorité d’environ 5%  –les étudiants qui ont la double caractéristique d’être déjà bien formés et d’être extrêmement motivés– pour lesquels cet enseignement à distance est approprié. Pour tous les autres, l’échec est massif et beaucoup plus important que dans une formation classique. L’autre étude de référence menée par l’Université de Pennsylvanie souligne ce caractère élitiste des cours massifs en ligne puisque 80% des inscrits sur leur plateforme sont déjà titulaires d’un diplôme universitaire. Quant au rapport sur l’éducation en ligne des professeurs Hollands et Tirthali du Teachers College de l’université de Columbia, il montre que d’une part, ainsi qu’on l’a déjà dit, ce type d’enseignement est inadapté à un public non expérimenté ; mais surtout, d’autre part, que le développement d’un enseignement en ligne de qualité est couteux à la fois en ressources humaines et en ressources financières.

Que nous apprennent ces études une fois rapportées à la situation sénégalaise ? Essentiellement que la virtualisation est un miroir aux alouettes incapable de résoudre les problèmes auxquels le Ministère en charge de l’enseignement supérieur a à faire face. Notre problème en effet est d’avoir un trop plein de bacheliers et une pénurie de ressources financières à consacrer à leur éducation. Créer une université virtuelle pour y orienter ces bacheliers n’est pas une solution à nos difficultés financières si l’on sait que la mise en place d’un enseignement à distance de qualité est un processus coûteux. Rien que cette semaine, l’État du Sénégal a emprunté 3,5 milliards de nos francs pour développer la plateforme de l’Université Virtuelle. Il y a fort à parier qu’entre la construction des Espaces Numériques Ouverts disséminés dans tous le pays, la production des cours par des enseignants, la subvention des ordinateurs des étudiants orientés à l’UVS, etc., l’État se retrouvera à payer plus cher pour un étudiant orienté à l’UVS que pour un étudiant orienté à l’UCAD.

Le gâchis n’est cependant pas que financier. Il est d’abord et surtout pédagogique donc humain. Le Sénégal ne peut pas se permettre de ne pas former ou de mal former une partie de sa jeunesse. L’Université Virtuelle Sénégalaise, en tant que MOOC est cependant structurellement inadaptée au public auquel elle est destinée. Étude après étude montre que l’enseignement à distance via internet n’est adapté qu’à un public non seulement très motivé mais également extrêmement compétent. Or les nouveaux bacheliers, quelle que soit par ailleurs leur motivation, n’ont pas encore acquis les outils de base qui permettent de suivre un enseignement universitaire. Il est d’ailleurs révélateur que tous les établissements d’enseignement supérieur sénégalais qui ont développé ces dernières années une offre d’enseignement virtuelle (Ebad, Fastef, Université Virtuelle Africaine, etc.) l’aient réservée à des étudiants en formation continuée plutôt qu’à des étudiants en formation initiale. Apprendre s’apprend et c’est le rôle des premiers cycles universitaires que de donner cette compétence là. Orienter de manière indiscriminée des bacheliers dans un enseignement à distance qui n’est adapté qu’à une minorité, c’est les sacrifier. Soit le ministère de l’enseignement supérieur n’est pas au courant de toutes les études qui ont été menées sur les MOOC et dans ce cas il a fait preuve d’une coupable légèreté et d’une rare incompétence ; soit il connaît ces études et il a fait le choix de sacrifier une partie de la jeunesse sénégalaise. Dans les deux cas il doit des explications au peuple sénégalais et aux parents des étudiants qui ont ainsi été sacrifiés sur l’autel de la raison d’État.

Dr Mouhamadou El Hady BA

Formateur à la Fastef UCAD

hady.ba (arobase @ donc )ucad.edu.sn

Dr Oumar DIA

Maitre-Assistant FLSH UCAD

oumar.dia (arobase@) ucad.edu.sn

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Organiser la fuite…

Posted in immigration, Sénégal, Spéculation gratuite by hadyba on décembre 1, 2014

J’ai passé dix ans en France. Puis j’ai décidé de rentrer. Malgré ma décision personnelle de rentrer, je n’ai pas de problème particulier avec la prétendue fuite des cerveaux. Je pense que les êtres humains ne sont pas du bétail que leur propriétaire a le droit d’enfermer dans un enclos et d’utiliser comme il le veut. Si les ressortissants des pays pauvres comme le mien estiment qu’ils veulent vivre dans un pays développé et confortable, je ne vois pas de quel droit on devrait les obliger à rester pour partager le sort de leurs compatriotes… à condition bien évidemment que le pays de leurs rêves veuille bien d’eux.

Ce qui désole le plus les gens, c’est que les pays qui accueillent les migrants ont la fâcheuse tendance à ne vouloir recevoir que nos migrants les plus compétents. Les pays sous-développés n’ont par définition pas beaucoup de ressources. Nous en consacrons une part importante pour former des gens et une fois que nous pensons retirer les fruits de ces investissements, ces personnes dont nous avons financé la formation s’envolent vers des cieux plus cléments. Ainsi ai-je entendu l’autre jour qu’alors qu’il n’y a qu’une vingtaine de psychiatres dans tout le Sénégal, il y aurait une quarantaine de psychiatres sénégalais en France. Je suppose que c’est vrai de beaucoup de spécialités médicales. Ma première réaction en entendant ce chiffre a été de penser : « Mais il faut empêcher ça ! » Puis je me suis souvenu que ce serait là aller contre les droits de ces médecins. En fait la vraie question est : « Pourquoi n’en forme-t-on pas plus ? » Nous avons une bonne fac de médecine qui sélectionne à mort les entrants et forme très peu de médecins. Et parmi ces médecins, beaucoup s’expatrient . Qu’est-ce qui empêche vraiment notre pays d’investir dans la formation des médecins de sorte que même après que beaucoup d’entre eux se seront expatriés, il en restera quand même suffisamment pour soigner nos compatriotes ?

Plus généralement, une question que je me pose est la suivante : pourquoi, en tant que pays sous-développé n’investissons nous pas massivement dans l’éducation en nous disant que si nos jeunes sont bien formés, soit ils trouveront/créeront de l’emploi chez nous, soit ils auront des capacités qu’ils pourront monnayer à l’étranger ?

Je suis conscient que l’on peut m’opposer l’argument évident selon lequel l’éducation coûte cher à l’État et que nous n’avons donc pas à investir dans l’éducation de nos jeunes pour que les autres pays en profitent. J’avais tendance à raisonner de cette manière là. Mais d’une part, je trouve que c’est faux que l’éducation coute cher. Au Sénégal tout comme dans la plupart des pays du monde, les profs sont notoirement mal payés. Notre gouvernement brandit toujours le chiffre impressionnant de 35% affirmant que l’éducation nationale engloutit 35% de notre budget national. Ce qu’il se garde de dire, c’est que nous ne dépensons que 6% de notre produit intérieur brut pour éduquer l’ensemble de notre population. Ces 6% sont équivalents à la part de son PIB que la France consacre à l’éducation. Sauf que la France a un PIB considérablement plus important que le nôtre et des structures éducatives bien plus anciennes. Notre système éducatif est encore en construction, le leur est mûr. Or nous sommes un pays pauvre et sans ressources naturelles qui ne pourra se développer que si nos ressources humaines sont de qualité, ce chiffre de 6% me paraît donc plutôt ridicule dans notre cas. Il me semble quant à moi que l’on doit certes se préoccuper de l’efficacité de l’argent dépensé dans le secteur éducatif mais que l’on doit se donner pour objectif que TOUTES les personnes qui naissent dans ce pays bénéficient d’une éducation de qualité et jusqu’à un niveau avancé. Cela, non par idéalisme, mais par souci d’efficacité : s’il n’est pas sûr que la formation suffise à développer un pays, il me semble en revanche évident qu’une masse de citoyens sans formation ne peut pas faire grand bien à l’économie d’un pays. Par exemple notre agriculture occupe 70% de notre population pour des rendements très faibles qu’une meilleure formation des agriculteurs pourrait certainement améliorer.

Mais que faire de gens bien formés si notre économie est exsangue ? C’est là que j’ai eu une idée folle : je me demande si nos États ne devraient pas favoriser l’émigration plutôt que de vouloir à tout prix lutter contre la fuite des cerveaux. Certes on a formé ces gens là et si on les laisse partir, c’est au développement d’autres pays qu’ils contribueront. Mais… d’une part, ce n’est pas sûr que le pays formateur soit perdant. En effet, les émigrés envoient de l’argent à leur famille restée au pays. Et si l’on en croit les chiffres de la banque mondiale, cet argent représente le triple de l’Aide Publique au Développement. Cet argent profite directement aux populations qui sont quand même les mieux placées pour savoir dans quoi elles veulent investir. Par ailleurs, cette « fuite » pourrait n’être pas définitive. J’ai passé 10 ans en France et ai appris des choses que je n’aurais pas apprises si j’étais resté au Sénégal. Maintenant je suis de retour sans que personne ne m’y ait incité. Il me semble que mon cas n’a rien d’exceptionnel. Quand les gens partent et acquièrent des compétences, il arrive fréquemment un moment où ils ont envie, pour moult raisons, de rentrer chez eux. Souvent, ils reviennent avec non seulement de nouveaux savoir faire mais également de l’argent à investir ainsi que des idées de business qu’ils n’auraient pas eues s’ils n’avaient pas séjourné à l’étranger. De ce fait leur voyage est à terme bénéfique au pays. D’autre part, il y a des formations qui n’ont pas de débouchés dans un pays sous-développé mais dont je me dis que ce serait dommage qu’elles n’existassent pas rien que pour cette raison. Par exemple, rien que pour des disciplines aussi cruciales que la médecine, ce ne sont pas toujours les talents qui manquent mais l’infrastructure. Nous avons des hôpitaux dans lesquels manquent des anesthésiants voire du fil chirurgical alors que nos professeurs de médecine sont parfaitement qualifiés pour pratiquer de la chirurgie cardiovasculaire. Ne doivent-ils pas l’enseigner ? Je pense que si mais quid des diplômés dans cette spécialité si n’existe qu’un seul hôpital où elle se pratique dans tout le pays ? Je préfère qu’ils s’expatrient, continuent à apprendre et reviennent s’ils le veulent au moment où leur pays sera prêt à les accueillir plutôt que de leur refuser une formation pour laquelle ils ont du talent.

Pour toutes ces raisons, je me demande si et jusqu’à quel point la fuite des cerveaux est vraiment une perte pour les pays qui voient partir leur main d’œuvre la plus qualifiée. Un État responsable quantifierait ce genre de chose et au besoin organiserait la fuite des cerveaux plutôt que de lever les yeux au ciel et de se lamenter.

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Touba comme non problème

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on juillet 9, 2014

Dans les salons feutrés où les instruits sénégalais font semblant d’être des intellectuels, quand portes et fenêtres sont closes, nous parlons parfois de Touba. Ce que nous y disons avec virulence et que nous faisons semblant d’oser dire en public est que Touba est un pouvoir féodal qui va détruire la République si des intellectuels aussi éclairés et courageux que nous ne nous saisissons de cette affaire et n’obligeons notre gouvernement à combattre ce centre de pouvoir alternatif. Touba, il est vrai a acquis une considérable influence dans le débat public depuis que le Président Wade, dans sa maléfique entreprise d’abaissement des valeurs républicaines, a décidé de publiquement faire allégeance au marabout. Wade n’était bien évidemment motivé par aucune vraie foi. Son but était double : d’une part s’assurer à peu de frais l’électorat mouride et d’autre part miner le sentiment républicain à un point tel que ses turpitudes ultérieures paraitraient normales. M. Macky Sall, lorsqu’il aspirait au poste de Président de la République du Sénégal avait semblé vouloir reprendre le pouvoir sur Touba. Son affirmation que : « Les marabouts sont des citoyens comme les autres. » avait été comprise comme visant particulièrement Touba et saluée ou honnie en conséquence. Malgré cette affirmation, Macky Sall a été élu suscitant immédiatement l’ire plus ou moins voilée de Touba. Contre toute attente, le Président Sall a multiplié les actes d’allégeance envers Touba, en pure perte bien évidemment, ce qui ne manque pas d’inquiéter les instruits sénégalais qui font semblant d’être des intellectuels.

Trois épisodes ont particulièrement dérangé.

  • D’abord un estimé professeur de l’Ucad, double agrégé et docteur d’État a, de manière quelque peu… hum… imprudente, commis un livre dans une maison d’édition quelque peu… hum… disons grand public, livre dans lequel il affirmait (semble-t-il) que le prophète Mahomet n’avait fait rien de plus que recycler dans le Coran les historiettes grecques qui trainaient à l’époque. L’on s’attendait certes à ce que le livre fît modérément scandale parmi les autoproclamés et télévisuels défenseurs de la foi mais le Sénégal étant le Sénégal, ça ne devait pas dépasser un certain niveau. Les choses atteignirent cependant des proportions inattendues lorsque, out of the blue, le Khalife Général des Mourides himself revêtit son manteau de défenseur de la foi et commit un communiqué de presse condamnant dans les termes les plus fermes l’insulte à l’islam que lui paraissait être le livre de notre estimé collègue. Les mourides étant connus pour parfois devancer quelque peu violemment les désirs de leur guide spirituel, nous nous inquiétions tous pour notre collègue. Ce dernier nous épargna charitablement la nécessité de le défendre en décidant, de manière quelque peu … hum… disons non universitaire, de platement s’excuser d’avoir écrit ce livre.
  • Ensuite lors de la confection des listes électorales pour les élections municipales et locales qui viennent de s’achever, il a d’abord été décidé qu’il n’y aurait qu’une seule liste électorale à Touba et que le Khalife Général des Mourides lui même se chargerait de la confectionner[1]. Quand la liste parut, on se rendit compte que contrairement aux dispositions de la loi sénégalaise, il n’y avait aucune femme. Cette liste était donc illégale. Au lieu de pointer ce fait notre ministre de l’intérieur lui-même choisit de faire une sortie dans laquelle il affirmait en que si la loi de la République n’avait pas l’heur de plaire à Touba, il était évident que le consensus républicain et la volonté générale voulaient que la République ignorât ses propres lois pour complaire aux desiderata du Khalife. En conséquence, la liste serait présentée telle qu’elle aux électeurs. L’on protesta prudemment mais mollement et tout le monde fit semblant d’être trop occupé pour coucher sur papier ou rappeler devant un micro cette évidence que la loi de la République devait s’appliquer sur tout le territoire de la République.
  • Enfin, alors que l’on n’avait pas fini de s’étrangler devant une telle forfaiture ministérielle et de trouver le moyen d’ignorer subtilement notre propre lâcheté, un des députés les plus… hum… disons hauts en couleur, de notre assemblée nationale décida d’insulter au téléphone de la manière la plus vulgaire possible un membre de la noble famille du Khalife général des mourides. Ce député est, comme il se doit pour un député sénégalais, immensément riche et se trouve être élu de Touba. Sa conversation se retrouva comme par miracle sur internet. S’ensuivit une expédition punitive apparemment menée par UNE ÉMINENTE MEMBRE de la noble famille du Khalife générale des mourides –au fait s’ils ont en leur sein de telles amazones au sens de l’initiative si avéré, pourquoi ne pas simplement les coopter dans la liste des aspirants conseillers municipaux afin de répondre aux exigences de la loi ? Les voies du Khalife sont décidément bien mystérieuses !– Quoiqu’il en soit, cette expédition punitive saccagea domiciles et entreprise de notre député. La gendarmerie évacua certes la famille du député sauvant des vies mais ne fit strictement rien pour protéger les biens d’un homme qui était pourtant un représentant du peuple. Le saccage s’étant fait devant des caméras de télévision, l’on arrêta mollement 19 personnes qui furent libérées le lendemain au grand dam de la magistrature sénégalaise qui protesta officiellement contre une libération qu’elle imputait au politique mais se garda bien de creuser plus avant les circonstances d’une telle sortie de prison.

Devant ces trois épisodes, nos théoriciens de salon ont tendance à parler (en privé, ils sont pas fous) d’un problème Touba et à tenir les discours les plus virulents contre l’autorité spirituelle de cette Ville que tout le monde ici dit Sainte.

Bizarrement, je ne pense absolument pas que nous ayons un problème Touba. Le véritable problème que nous avons, c’est la lâcheté de notre élite, qu’elle soit politique ou intellectuelle. Mon père, qui n’est absolument pas un féministe, m’a confié avoir été choqué par l’apathie des organisations féministes qui auraient du exiger de l’État qu’il élimine une liste illégale remettant en cause un acquis des femmes. Mais bien sûr, les femmes qui dirigent les organisations féministes sénégalaises sont des membres de l’élite sénégalaise et donc aussi lâches que leurs homologues mâles. Paradoxalement, notre peuple quant à lui, même quand il est mouride, semble faire parfaitement la part des choses entre ce qu’il doit au spirituel et ce qu’il doit au temporel… Sauf quelques excités bien sûr. Le problème, c’est que notre gouvernement est trop lâche pour s’occuper de ces excités qui existent partout. Je suis scié que Macky Sall, ne le comprenne pas. Après tout, lors de la campagne électorale des présidentielles, non seulement il a dit que les marabouts étaient des citoyens comme les autres, mais il a également affirmé qu’il légaliserait l’homosexualité. Ces deux « fautes » ont été instrumentalisées à mort par le camp Wade. Ça ne l’a pas empêché d’être élu par une majorité de l’électorat. Je ne comprends pas qu’après cela, il éprouve le besoin de s’aplatir devant des marabouts qui de toute évidence n’ont qu’une influence marginale sur l’électorat. Lors des dernières législatives, la population a encore récidivé dans l’expression d’un sentiment républicain que notre élite s’évertue à lui nier. Il n’y a qu’une seule liste à Touba et cette dernière a été autorisée à se présenter malgré son caractère illégal. La ville de Touba est censée être ultra acquise au marabout. Malgré tout, le jour des élections, la dite Liste du Khalife l’a certes emportée mais alors qu’elle a obtenu 20 468 voix, il y a eu 1151 bulletins nuls et… 18 813 bulletins blancs. J’insiste, 18 813 citoyens, presque 50% des votants se sont déplacés pour aller mettre dans l’urne non pas le bulletin dont on affirmait qu’ils en voulaient évidemment mais un bulletin blanc leur permettant d’exprimer leur désaccord avec qu’on leur imposait au nom de leur supposée croyance religieuse. Il me semble que ces citoyens ne sont pas de moins bons mourides que les autres. C’est juste qu’ils se trouvent également être républicains. 50% de républicains parmi les votants d’une ville qui est censée être un repaire de fanatiques ? J’aurais souhaité pouvoir dire que je crois qu’il y a autant de défenseurs la République dans notre assemblée nationale et dans les autres ghettos où se concentre notre soi disant élite ; je ne le puis…

[1] Franchement, je ne suis même pas sûr de ça tellement cela s’est fait dans la confusion et les discussions subséquentes ont été prudentes et modérées contrairement à tous les usages sénégalais.

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