Hady Ba's weblog

Le paradoxe sénégalais et l’anthropologie du terrorisme

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on août 16, 2017

Je mets ici un article qui vient d’être publié dans les actes d’un colloque que nous avions tenu en novembre dernier à Dakar.

L’introduction:

Nous nommons « paradoxe sénégalais » le fait que, malgré une très grande religiosité et une extrême domination de l’islam, le pays est, non seulement sur le plan institutionnel mais également sur le plan social, fondamentalement une République démocratique. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous expliquons ce paradoxe par la manière particulière dont l’islam soufi sénégalais prend en charge la déviance et la marginalité. Dans un premier moment, nous allons illustrer et défendre cette thèse du « paradoxe sénégalais ». Dans un deuxième temps, nous allons comparer le Sénégal au Mali et montrer que les causes de l’irruption du Djihadisme au Mali sont également présentes au Sénégal. Le fait que le takfirisme[1] ne se développe pas au Sénégal et n’y devienne pas violent peut donc être considéré comme une manifestation du paradoxe sénégalais. Dans un troisième temps nous nous servons des figures de deux chefs religieux un peu marginaux dans le mouridisme : Serigne Modou Kara et Cheikh Béthio Thioune pour expliquer le paradoxe sénégalais. Cette explication nous permet d’appuyer une analyse anthropologique, proposée notamment par Scott Atran, de l’attrait du Djihadisme pour une frange de la jeunesse occidentale. Nous terminerons en proposant une solution s’appuyant notamment sur les travaux de Robert Putnam.

[1] On nomme takfiriste les mouvements qui, se référant au théologien médiéval Ibn Taymiyya (1263-1328), se permettent, contrairement à la tradition musulmane, de décréter que d’autres musulmans autoproclamés n’en sont pas de véritablement se donnant donc le droit de les tuer pour apostasie.

HadyAnthropoTerrorisme

Président Le Pen ?

Posted in France, Politique, Spéculation gratuite by hadyba on avril 2, 2017

Contrairement à ce que laisse penser ma tendance à énerver mes amis français en critiquant sans cesse leur pays, la France est l’un des pays que j’aime, respecte et admire le plus. La France est quand même rares pays qui se préoccupe sérieusement de soigner sa population, d’équilibrer le rythme de vie des masses pour qu’elles ne se tuent pas à la tâche et de promouvoir sans complexe une culture et des droits universels. On peut critiquer la France sur beaucoup de points mais à tout prendre, si l’on juge objectivement des choses, même si je suis le premier à chanter avec Renauld :

Être né sous l’signe de l’hexagone,

c’est vraiment pas une sinécure,

Je dois bien avouer que naître sous le signe de l’Hexagone est quand même une sacré chance, quel que soit l’indicateur choisi. La France est une des premières puissances militaires, économiques, sociales et politiques de cette terre. Étonnamment, à entendre pérorer les politiciens locaux, l’on a l’impression que la France est un champ de ruines dévasté par la peste et le choléra, envahi par des hordes barbares venues d’Arabie et de Nigritie, et gouverné par des lois dictées par une infâme classe de juriste bruxellois. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les politiciens, experts et journalistes assurent le peuple que la situation ainsi décrite est un fait quasi inévitable mais que le reste d’indépendance et de civilisation dont le peuple jouit encore est menacé par un ennemi intérieur, un monstre borgne nommé Le Pen. Voter, quand on est français, revient uniquement à choisir qui nous sauvera de ce monstre. Protester, c’est faire le jeu du monstre. Critiquer le statut quo, c’est renforcer le monstre.

Le problème avec les monstres c’est que tôt ou tard, la personne que l’on essaie d’en protéger voudra essayer de les combattre lui-même voire sera tenté de croire qu’il n’est certes pas si monstrueux que l’affirment ses protecteurs. Il me semble que le peuple français en est exactement au point où la séduction du monstre est trop grande pour être conjurée par les incantations des mages. Malheureusement, je ne suis pas sûr que ce ne soit pas à juste raison en plus.

Si l’on regarde l’offre politique actuelle, mon problème n’est pas de savoir si Mme Le Pen pourrait gagner ; mon problème est que je ne vois pas comment elle pourrait ne pas gagner. Comme beaucoup, ce qu’elle représente me fait horreur. Il n’en demeure pas moins que non seulement je suis convaincu qu’elle va gagner mais en plus, je ne suis pas loin de penser que ce ne serait là rien d’autre que la note présentée à une classe politique démagogique, méprisante, corrompue et incapable de regarder plus loin que son intérêt définie de la manière la plus veule possible.

La classe politique française s’est longtemps complu dans la fange. Elle a fait croire au peuple que le monde extérieur était dangereux. Que tous les problèmes du pays ne venaient que de trois choses qui au fond n’en faisaient qu’une : la mondialisation, l’Europe, et les étrangers vivant en France. Cette peur de l’étranger est devenue un tel axiome de la vie politique française que même Mélenchon a infléchi sa position sur le sujet pour affirmer la nécessité de lutter contre les causes de l’immigration (qui est bien évidemment un mal donc), quant à Macron, il a re-rétropédalé sur ses déclarations sur la colonisation et est à présent en train de faire du charme à Christian Estrosi à défaut d’accepter le soutien du sulfureux Iznogoud Valls. La victoire idéologique est donc totale pour le Front National. Nul ne conteste sérieusement que l’Europe est mauvaise pour la France, que l’immigration est une plaie et que la mondialisation est appauvrissante. Or qui propose, sérieusement, avec logique et constance, de couper le nœud gordien ; de quitter l’Union Européenne et de renvoyer tous les basanés en Arabie et en Nigritie ? Le Front National et uniquement lui. C’est donc très logiquement que Marine Le Pen, sans même véritablement faire campagne caracole en tête de toutes les projections. Bien évidemment, tous les apprentis sorciers qui dominent la politique française se réjouissent secrètement de ce résultat, se battant uniquement pour arriver deuxième du premier tour. Ils pensent que conformément à la jurisprudence Chirac, le peuple français obéira à leurs injonctions et ira voter contre madame Le Pen quel que soit le candidat qualifié.

Je pense qu’ils se trompent lourdement. Les français votent me semblent-il sur des sujets tout autant que pour une personne lors d’une présidentielle et il me semble que quel que soit le candidat qualifié, Mme Le Pen est en mesure de le battre sur ces sujets. Prenons les candidats capables de se qualifier et les problèmes importants pour les français et plaçons les dans un tableau. Considérons les quatre sujets suivants :

  1. L’humanisme : Les français tiennent à préserver la réputation de la France comme pays des droits de l’homme et universelle donneuse de leçons. C’est ce qui explique me semble-t-il le succès d’organisations comme les Enfants de Don Quichotte ou le fait que la déportation des enfants d’immigrés n’a jamais été populaire même au plus fort de Sarko-Guéant. L’élection de Le Pen sera une blessure narcissique infligée à cette image de la France.
  2. Le danger étranger : La rhétorique politique de ces vingt dernières années a créé en France une peur du monde extérieur. Cette peur amalgame dans un même élan l’islamisme violent, les hordes sauvages africaines, le plombier polonais, la mondialisation, etc. Il me semble que ce sera un facteur important du choix des électeurs.
  3. La sécurité intérieure : La même rhétorique a créé une peur du danger déjà implanté. Cette peur mélange la crainte du déclassement, celle de l’islamisme violent, celle de la petite délinquance et des incivilités qui pourrissent la vie quotidienne.
  4. La sécurité sociale : beaucoup d’étrangers ont du mal à le réaliser mais un français normal a culturellement du mal à admettre que l’on puisse ne pas soigner un malade parce qu’il n’a pas d’argent. (Et rien que pour ça, je pense que nous pouvons accepter que ce pays est le plus civilisé au monde !) Dans la sécurité sociale, je mets également les lois démantelant les acquis sociaux et ou le droit du travail.

J’avais la certitude que si l’on prenait en compte ces quatre préoccupations, il n’était pas sûr que les potentiels qualifiés au 2nd tour convainquent mieux les français que Mme Le Pen. Pour le vérifier, j’ai construit la matrice ci-dessous en attribuant 4 points à un vote contre Le Pen sur le sujet et 1 point à un vote Le Pen. Par exemple, si je crois que concernant la sécurité intérieure, les français feront plus confiance à Le Pen qu’à X, je donne 1 point, si je pense qu’ils feront confiance à X je donne 4, si je pense que X fera mieux que Le Pen sans en être certain, je donne 3 etc. Etant donné qu’il y a quatre paramètres, si j’étais certain que X vaincrait Le Pen, on se retrouverait avec 16 points et si je pensais l’inverse, on aurait 4. Plus le score est bas donc, plus j’estime faible les chances de X et plus le score est proche de 16, plus je les estime fortes. Cette matrice n’a bien évidemment aucune valeur scientifique. Mais bon… les sondages non plus

Fillon vs. Le Pen Hamon vs Le Pen Macron vs Le Pen Mélenchon vs Le Pen
Humanisme 3 4 4 4
Danger étranger 2 1 1 2
Sécurité intérieure 2 1 1 1
Sécurité sociale 1 3 1 4
Total 8 9 7 11

 

En gros, il me semble que si n’importe qui fait mieux que Le Pen concernant l’humanisme. Quoique les filouteries de Fillon soient une tâche sur le drapeau français. Seul Mélenchon et, dans une moindre mesure Hamon, rassureraient les français concernant la préservation du modèle social français. Macron et Fillon le démantèleront certainement. Sur la sécurité, Fillon pourrait rassurer mais pas totalement vu qu’il est quand même un peu raisonnable, ne voulant ni murer les frontières face aux hordes sauvages ni sortir de l’Europe. Personne ne peut de toute manière quoi que ce soit contre le terrorisme même si Le Pen pourrait satisfaire le sadisme de son électorat en réinstaurant la torture et la peine de mort. Le pari de Macron était de créer un mouvement à la Obama qui changerait totalement la donne en apportant un discours radicalement nouveau. Contrairement à Obama, il n’a ni projet fédérateur ni discours neuf. De plus, les français sont moins idéalistes, plus blasés et ironiques que les américains. Macron a donc plus l’air de vendre une lessive qu’autre chose. Quand on regarde la distribution des points dans le tableau, le plus haut total fait 11 et il est attribué à Mélenchon. Macron me semble devoir faire le pire face à Le Pen. L’explication me parait simple : entre une raciste qui laisse le droit du travail et la sécurité sociale en l’état et un banquier inexpérimenté en politique qui va détruire les deux, que choisira le peuple ? Pourtant c’est Macron qui va probablement être au second tour face à Le Pen. De ce fait, je ne vois vraiment pas comment Marine Le Pen pourrait ne pas sortir vainqueur du second tour. Je le vois d’autant moins que la blessure narcissique française en cas de victoire Le Pen sera mitigée par deux choses : d’une part Marine Le Pen est une femme et son élection sera une première pour la France et d’autre part le précédent Trump relativise la honte. Face à Trump, Marine Le Pen est un parangon d’élégance et de culture.

Bon ceci dit, n’oublions pas que j’avais, en son temps, courageusement prédit la victoire de Ségolène Royal sur Sarkozy.

Sur Macron et la colonisation

Posted in Afrique, France by hadyba on février 22, 2017

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(crédits photos Galicca via Ousmane A. Diallo sur twitter)

C’est Toni Morison qui affirmait que la fonction du racisme est de nous distraire et de nous empêcher de faire ce qui nous importe réellement. Il me semble que si ce n’est là l’une des fonctions, c’est au moins un des effets des débats franco-français sur l’Afrique en général et la colonisation, l’esclavage ou l’immigration en particulier. Prenez la question de la colonisation. À la question : « La colonisation est-elle un crime contre l’humanité ? » ma réponse rapide serait : « Oui, bien entendu. Question suivante? ». Avec les bêtises de Macron, on se retrouve à chercher des arguments pour ce qui nous paraît une position parfaitement naturelle et indiscutable.

Macron a, en quelque sorte, piégé tout le monde. Si l’on se souvient bien, c’est lui qui avait sorti une phrase sur les bienfaits de la colonisation ou autre billevesée de la même eau. Cela lui avait valu les foudres d’une partie de la gauche. J’avais compris son propos réaffirmant que la colonisation est un crime contre l’humanité comme une manière, ratée, de rattraper le coup. Fondamentalement, je crois que Macron est un bullshitter indifférent au vrai.  Ce qu’il dit n’a aucune espèce d’importance parce qu’il dirait le contraire le lendemain s’il le fallait. Par ailleurs, Macron, étant un politique français, parle de la colonisation en référence à l’Algérie. Le problème est que l’Algérie était une colonie très particulière qui pose des problèmes particuliers du fait que du drame franco-français qu’a été le retour de personnes que la France destinait à peupler l’Algérie mais non à revenir en métropole. Ce n’est donc jamais une bonne idée de parler de colonisation en général quand on parle de la relation franco-algérienne. Souvent, quand des français parlent de la colonisation, ils parlent aux français en ayant en tête le sort que de Gaule et consort ont fait aux harkis et pieds noirs. C’est là un drame français. La colonisation française, c’est un empire qui s’étendait de l’Indochine à Dakar.

Maintenant, revenons à la question de savoir si la colonisation est un crime contre l’humanité Prenons l’exemple du Sénégal pour sortir du tête à tête franco-algérien. Certains d’entre nous, les ressortissants des Quatre Communes étaient considérés comme des français de plein droit. Donc techniquement, si repentance il doit y avoir, je suppose que nous devons aussi nous repentir. Et d’ailleurs je crois que nous devrions au moins nous poser des questions sur le rôle des tirailleurs sur la répression des mouvements d’indépendance de l’Algérie à Madagascar en passant par l’Indochine. Pourquoi je dis que la colonisation est un crime contre l’humanité? Tout simplement parce que l’ONU par exemple désigne ainsi toute violation délibérée, organisée et systématique des droits fondamentaux d’un groupe humain en vertu de son appartenance à ce groupe. La colonisation a été exactement celà une violation systématique et continue des droits des indigènes sénégalais externes aux quatre communes par exemple. Ils étaient des sujets français pas des citoyens, ni même des citoyens de seconde zone. On peut faire un catalogue des horreurs de la colonisation. Du travail forcé à l’éducation différenciée en passant par la hiérarchisation des droits et l’arbitraire constant. En face, des calculateurs feront un catalogues des supposés bienfaits de cette même aventure coloniale ; depuis les dispensaires, jusqu’au routes (en oubliant pudiquement que ces routes ont été construites gratuitement, sous le fouet et dans le sang par les populations locales) et au développement de l’agriculture non vivrière. Mais en fait ces bienfaits sont incidents à l’entreprise coloniale. Par exemple, on développe la médecine coloniale parce qu’on a besoin de travailleurs sains pour servir la Métropole. On développe l’économie selon les besoins de cette même métropole. Il n’en demeure pas moins, que dans son principe même, tout comme dans son exécution continue, la colonisation a été un déni de droits fondamentaux des populations indigènes. Il me semble qu’il y a une différence entre le fait colonial et les USA par exemple. L’extermination des indiens est un crime contre l’humanité. L’esclavage atlantique est également un crime contre l’humanité qui a le même caractère constant et durable que la colonisation. En revanche, il est abusif de dire que l’aventure américaine elle même est un crime contre l’humanité pour la raison suivante. Dans son principe même, l’aventure américaine ne s’appuie pas sur un déni systématique des droits fondamentaux d’une partie de sa population.

Une inquiétude des européens est que reconnaître que la colonisation est un crime contre l’humanité et s’en repentir reviendrait à tenir les fils coupables des péchés des pères. C’est là me semble-t-il une réelle inquiétude et une inquiétude légitime. Les fils sont-ils coupables des péchés de leurs pères? Non. Clairement non. Maintenant les fils sont-ils complices des péchés de leurs pères? Seulement s’ils en font l’apologie ou non seulement refusent de les reconnaitre mais contribuent de plus, activement, à falsifier l’histoire pour en édulcorer la face peu glorieuse. Question plus difficile: les fils doivent-ils réparer les fautes des pères? Je n’ai honnêtement pas de bonne réponse. A priori je répondrai non. Mas je comprends ceux qui disent que l’Europe s’étant enrichie en suçant le sang de ses subalternes a une dette non seulement morale mais également économique envers ses anciennes colonies. Il me semble que même si théoriquement on peut défendre cette position, elle est oiseuse au vu des rapports de force géopolitiques.

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Mossack Fonseca boy

Posted in Sénégal by hadyba on avril 11, 2016

Un truc drôle: Celui dont les journalistes prétendent qu’il est le « seul sénégalais ayant travaillé pour Mossack Fonseca«  dirige notre Agence de Construction des Bâtiments et Edifices publics depuis 2014.

Fin de la blague

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Aucune chance

Posted in Sénégal by hadyba on mars 23, 2016

Moi, le 17 février 2015:

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

Le 21 mars, dans la presse:

Les sénégalais étaient aux urnes hier pour approuver ou désapprouver les 15 points de réformes constitutionnelles proposés par le président de la République Macky Sall. (…)

Sur toute l’étendue du territoire national, le nombre de votants a été de 1 959 873, et le camp du OUI a obtenu 1 225 708 des voix, soit un pourcentage de 62,54%/.
Le camp du NON de son côté a obtenu 733 725 des voix, soit un pourcentage de 37,44%.

Un jour, j’aurai la sagesse de ne jamais faire de prédiction politique… un jour…

 

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École de l’imagination

Posted in Sénégal by hadyba on mars 6, 2016

HECTOR

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu (Acte II Scène 5)

Maintenant, voyons un des maitres d’une de ces écoles de l’imagination à l’oeuvre:

« Aujourd’hui, la nomenclature des actes que rend le Conseil constitutionnel est univoque. Il rend des décisions quand on le consulte en matière consultative. Encore une fois, c’est un seul cas car il n’y a pas deux. Il rend une décision »

« En règle générale, le Conseil constitutionnel du Sénégal n’a pas d’attribution consultative. »

…..

« on peut faire la concession que le Conseil constitutionnel a donné un avis ….  il a donné un avis dans le cadre d’une décision »

Professeur Ismaila Madior FALL justifiant la forfaiture de son patron Macky SALL

I am not impressed

Où l’Université tient son rang

Posted in Sénégal by hadyba on février 25, 2016

Il n’y a pas longtemps, notre Premier Ministre s’insurgeait contre ce qu’il percevait comme la République des Professeurs. Il n’avait peut être pas tort de s’inquiéter. Quand l’Université tient son rang, ce n’est pas agréable pour les mystificateurs qui font de la politique. Ainsi, quarante-cinq professeurs de Droit et Science Politique ont pris la plume pour démonter la décision de nos cinq singes pardon Sages et faire éclater la forfaiture de notre Président. Personnellement, j’aime bien la péroraison:

En marge de cet argumentaire technique développé ci-dessus, l’avis du Conseil constitutionnel participe d’une dépréciation de l’enseignement de la science juridique dont l’institution universitaire, à travers les Facultés de droit, se trouve investie. Symbolisant le lieu où la pensée juridique dans ses formes les plus complexes est exprimée, l’Université indirectement voire directement est comptable des façons dont le Droit est dit dans l’espace social. L’avis du Conseil constitutionnel quoique en rupture totale avec les enseignements universitaires est, tout de même, perçu par certains sénégalais comme une incapacité de la science juridique, et par conséquent des juristes universitaires, à formuler un propos clair, éloigné de toute spéculation lorsqu’ils sont saisis de questions éminemment sociétales.
Loin de promouvoir un corporatisme primaire dénué de tout sens éthique, les auteurs de ce manifeste soucieux de restaurer la dignité ainsi que la noblesse de la science juridique, se désolidarisent de cette présentation du Droit comme une discipline où la ruse, la rhétorique creuse, la spéculation… officient en maîtresses. Cette vision du Droit que le Conseil constitutionnel promeut dans l’imaginaire collectif naturellement ne peut rencontrer l’assentiment des universitaires rédacteurs de ces lignes. Plus que des législateurs (jurislateurs) ou des diseurs du droit (magistrats), c’est la conscience du Droit tout bonnement que la communauté universitaire entend incarner, et ce, sans prétention aucune.
In fine, pour paraphraser Ronald Dworkin, les lignes qui parcourent ce manifeste sont une invite à tous les acteurs de la science juridique à prendre le Droit au sérieux.

Le texte entier est publié ici.

Talibés redux

Posted in Sénégal by hadyba on février 24, 2016

« Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »

J’ai déjà parlé ici des talibés. Quand ces enfants ne meurent pas dans des accidents, ils sont régulièrement tués par les soi-disants maîtres coraniques qui prétendent leur enseigner la religion en les en dégoûtant par la torture.

Il y a quelque temps, il a été révélé qu’un de ces soi-disant maîtres faisait fabriquer des chaînes en fer pour attacher les récalcitrants ayant des vélléités de fugue. Quand ce sadique s’est fait arrêter, ses collègues ont non manifesté devant la police, assumé la pratique et il a été libéré.

Regardez bien cette photo publiée par l’Enquête plus:

TalibésEnchainés

Comment ne pas désigner notre exploitation de ces enfants par son nom après avoir vu cette photo? C’est de l’esclavage, ce n’est pas autre chose.

J’avoue que je ne comprends pas comment, en tant que société, nous avons pu perdre suffisamment perdre notre âme pour nous laisser imposer par un ramassis d’escrocs l’idée qu’exploiter des enfants, les faire mendier jour et nuit et les torturer est conforme à notre religion majoritaire.

Puisque nous qui cautionnons ces tortures nous prétendons musulmans, réfléchissons à ce Hadith et essayons de le rendre compatible avec notre indifférence au sort de ces enfants.

Un jour, un bédouin vint trouver le Prophète sallallahu alayhi wa sallam et lui dit : « Vous embrassez vos enfants ? » Le Prophète sallallahu alayhi wa sallam répondit : « Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »

Personnellement, je n’ai pas assez d’agilité intellectuelle pour combiner ce hadith avec notre traitement actuel des talibés.

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Le Président contre le peuple

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 17, 2016

Il y a un mois, j’écrivais ici même :

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

L’expédient trouvé par Macky Sall a consisté à demander l’avis du Conseil Constitutionnel sur la rétroactivité éventuelle d’une modification constitutionnelle, à se voir répondre que nos Cinq Singes pardon Sages n’aiment pas les lois rétroactives et à en conclure que l’avis du Conseil le liant, il n’a vraiment d’autre choix que de continuer à jouir du pouvoir pour deux années de plus contrairement à son désir le plus profond. Il n’est même pas besoin d’argumenter contre un acte aussi méprisable.

  1. Une promesse réaffirmée à plusieurs reprises sur toutes les plateformes doit être respectée, quel qu’en soit le prix.
  2. Un AVIS du Conseil Constitutionnel est un AVIS pour une bonne raison : c’est un AVIS, EN AUCUN CAS UNE DÉCISION. (J’ai même honte d’écrire une telle platitude.) Le Président a pris soin, durant tout son discours, de nommer DÉCISION ce qui n’est qu’un AVIS des Cinq Singes pardon
  3. Si personne –les juristes moins que tout autre– n’aime les lois rétroactives qui sont sources d’insécurité, il y a cependant des circonstances dans lesquelles de telles lois sont parfaitement acceptables. En l’occurrence, le peuple entier modulo quelques carriéristes et corrompus à la solde de ce pouvoir, veut de cette modification constitutionnelle et de son applicabilité immédiate.
  4. Je veux bien croire que le Président est entouré de pieds nickelés mais je ne puis croire qu’aucun d’eux n’est au courant du Précédent Poutine. Le Président pourrait faire passer la modification constitutionnelle, démissionner, laisser le pouvoir au Président de l’Assemblée, se faire nommer Premier Ministre, organiser des élections auxquelles il se représenterait, etc.

Le Président et ses affidés essaient de nous faire croire que c’est librement que Macky Sall avait décidé de réduire son mandat de sept à cinq ans et que donc son incapacité à tenir cette promesse ne saurait lui être reprochée parce que c’était une promesse libre faite sans contrainte et qu’il a essayé de tenir par tous les moyens mais que son sens scrupuleux de la séparation des pouvoirs l’empêche de tenir sauf à violer la loi fondamentale. Rappelons déjà qu’on parle de l’honorable gentleman qui, ministre de l’intérieur, avait tabassé un président de bureau de vote pour voter sans carte d’identité, qui, Président de la République, continue à présider un Conseil Supérieur de la Magistrature se tenant au Palais, s’est prononcé sur la culpabilité de Karim Wade avant le verdict, se permet de ralentir ou d’accélérer les enquêtes pour corruption au gré de ses alliances politiques et récupère de présumés délinquants dans son entreprise de massification de son parti politique. Cet honorable gentleman donc, sous prétexte de respect scrupuleux de la loi, veut violer une promesse électorale. Par ailleurs cette promesse n’a pas été consentie sans contrepartie. Le consensus qui prévalait en 2012 était qu’il fallait que le prochain président s’engageât à faire un quinquennat plutôt qu’un septennat. Ce consensus était porté par des organisations de la société civile comme le M23. C’est devant ces organisations que le futur Président de la République s’était engagé, entre les deux tours, à réduire son mandat et à appliquer le programme des Assises Nationales. Cette promesse a donc été faite dans un contexte ou le Président avait besoin du soutien de ces organisations pour gagner la Présidentielle et n’est en aucun cas une grâce que le Président de la République voulait nous accorder en vertu de son bon vouloir et de son sens démocratique.

Comme toujours avec Macky Sall, ce qui m’énerve c’est que c’est un Wade au petit pied qui fait perdre du temps au pays. Il a maintenu le suspense pendant quatre ans, a essayé les expédients les plus médiocres, n’a strictement rien fait sur le plan politique et finit par se ridiculiser. Ce qui va se passer maintenant, c’est que nous aurons pendant deux ans un Président délégitimé qui se fera contester partout où il passera. Le pays deviendra ingouvernable à l’instar de ce qui se passe déjà à l’Assemblée Nationale où les tripatouillages d’une majorité téléguidée du Palais ont tellement abaissé l’Institution que, pour la première fois de notre histoire, nous assistons à des pugilats entre députés. Personne ne peut, au bout de quatre ans de mandat, citer plus de trois réalisations incontestablement positives de ce Président. Les deux années qui arrivent seront pires : le pays perdra son temps en querelles stériles de politiciens. L’Administration, qui se sent déjà insultée par Macky Sall qui l’a à plusieurs reprises décrétée incompétente, n’aura aucune loyauté envers un Président qui vient violer de manière aussi obscène son serment. Les populations sortiront dans la rue pour un oui ou un non (coupures d’électricité ; absence de profs de philo ou de maths dans les écoles)

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

La victoire du macho hystérique

Posted in France, Politique by hadyba on janvier 27, 2016

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C’est Celeste qui a une fois parlé de « machos hystériques » pour désigner des politiciens qui, comme Valls et Sarkozy, sont tellement anxieux de prouver leur virilité qu’ils ne peuvent s’empêcher de sautiller comme des cabris en glapissant avec ce qu’ils croient être de la fermeté et en détruisant tout sur leur passage. L’hystérie est le type même de la caractérisation sexiste, réservée aux femmes et dont la base scientifique est plus que douteuse. Il y a cependant une irrationalité dans le besoin de paraitre ferme chez certains politiciens mâles actuels qui fait que j’ai immédiatement été frappé par la justesse de la caractérisation de Celeste. Sarkozy a gagné la présidentielle française. Puis il a passé tout son mandat à courir à gauche et à droite, à s’agiter, à insulter tout ce qui ne lui faisait pas allégeance et à prétendre périodiquement avoir sauvé le monde. Pour couvrir son incompétence, il a complètement hystérisé le débat public prenant les étrangers comme bouc-émissaires et faisant passer des lois plus déshonorantes pour la France les unes que les autres. Il n’a bien évidemment pas été réélu. Le peuple français, quoiqu’en pense son élite, n’est pas idiot.

Non seulement Sarkozy n’a pas été réélu mais a été élu à sa place, celui qui semblait être son absolue antithèse: un placide technocrate sur-diplômé qui n’aurait pas déparé dans une salle de séminaire d’une université de seconde zone. Le problème est que cette apparente placidité ne cachait pas la force tranquille d’un Mitterrand mais une absence totale de personnalité et une ambition réduite au seul souci de se préserver. N’ayant aucune personnalité, Hollande a, contre toute logique, emprunté celle de Sarkozy et nommé son doppelgänger du PS au poste de Premier Ministre en lui laissant les pleins pouvoirs. Sachant que Valls a fait moins de 10% aux primaires du PS, c’est à tout le moins, une trahison de son électorat naturel. En bon macho hystérique, Valls entraine le gouvernement actuel toujours plus loin dans l’infâme tant il a besoin de prouver aux terroristes que lui aussi il en a une paire et ne reculera devant rien pour… euh, en fait on ne sait même pas dans quel but il propose les infamies qu’il propose.

Christiane Taubira qui était la dernière du gouvernement à essayer de défendre un semblant de principes, vient de jeter l’éponge. Mieux vaut tard que jamais suis-je tenté de dire. C’est cependant assez triste pour la France. Les machos hystériques comme Valls et Sarkozy, sont avant tout d’anciens gosses à qui leurs parents n’ont pas inculqué le principe de réalité. De tels enfants s’agitent et hurlent pour avoir des jouets puis ils les cassent. Normalement, le monde se charge de les éduquer quand ils sortent du giron familial. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu faire que de telles personnes aient pu se retrouver à la tête d’un pays développé. Le jouet actuel de M. Valls, tout comme celui de M. Sarkozy avant lui, est la République. Espérons qu’elle survivra indemne à deux machos hystériques.

Taubira-vélo