Hady Ba's weblog

Sur Macron et la colonisation

Posted in Afrique, France by hadyba on février 22, 2017

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(crédits photos Galicca via Ousmane A. Diallo sur twitter)

C’est Toni Morison qui affirmait que la fonction du racisme est de nous distraire et de nous empêcher de faire ce qui nous importe réellement. Il me semble que si ce n’est là l’une des fonctions, c’est au moins un des effets des débats franco-français sur l’Afrique en général et la colonisation, l’esclavage ou l’immigration en particulier. Prenez la question de la colonisation. À la question : « La colonisation est-elle un crime contre l’humanité ? » ma réponse rapide serait : « Oui, bien entendu. Question suivante? ». Avec les bêtises de Macron, on se retrouve à chercher des arguments pour ce qui nous paraît une position parfaitement naturelle et indiscutable.

Macron a, en quelque sorte, piégé tout le monde. Si l’on se souvient bien, c’est lui qui avait sorti une phrase sur les bienfaits de la colonisation ou autre billevesée de la même eau. Cela lui avait valu les foudres d’une partie de la gauche. J’avais compris son propos réaffirmant que la colonisation est un crime contre l’humanité comme une manière, ratée, de rattraper le coup. Fondamentalement, je crois que Macron est un bullshitter indifférent au vrai.  Ce qu’il dit n’a aucune espèce d’importance parce qu’il dirait le contraire le lendemain s’il le fallait. Par ailleurs, Macron, étant un politique français, parle de la colonisation en référence à l’Algérie. Le problème est que l’Algérie était une colonie très particulière qui pose des problèmes particuliers du fait que du drame franco-français qu’a été le retour de personnes que la France destinait à peupler l’Algérie mais non à revenir en métropole. Ce n’est donc jamais une bonne idée de parler de colonisation en général quand on parle de la relation franco-algérienne. Souvent, quand des français parlent de la colonisation, ils parlent aux français en ayant en tête le sort que de Gaule et consort ont fait aux harkis et pieds noirs. C’est là un drame français. La colonisation française, c’est un empire qui s’étendait de l’Indochine à Dakar.

Maintenant, revenons à la question de savoir si la colonisation est un crime contre l’humanité Prenons l’exemple du Sénégal pour sortir du tête à tête franco-algérien. Certains d’entre nous, les ressortissants des Quatre Communes étaient considérés comme des français de plein droit. Donc techniquement, si repentance il doit y avoir, je suppose que nous devons aussi nous repentir. Et d’ailleurs je crois que nous devrions au moins nous poser des questions sur le rôle des tirailleurs sur la répression des mouvements d’indépendance de l’Algérie à Madagascar en passant par l’Indochine. Pourquoi je dis que la colonisation est un crime contre l’humanité? Tout simplement parce que l’ONU par exemple désigne ainsi toute violation délibérée, organisée et systématique des droits fondamentaux d’un groupe humain en vertu de son appartenance à ce groupe. La colonisation a été exactement celà une violation systématique et continue des droits des indigènes sénégalais externes aux quatre communes par exemple. Ils étaient des sujets français pas des citoyens, ni même des citoyens de seconde zone. On peut faire un catalogue des horreurs de la colonisation. Du travail forcé à l’éducation différenciée en passant par la hiérarchisation des droits et l’arbitraire constant. En face, des calculateurs feront un catalogues des supposés bienfaits de cette même aventure coloniale ; depuis les dispensaires, jusqu’au routes (en oubliant pudiquement que ces routes ont été construites gratuitement, sous le fouet et dans le sang par les populations locales) et au développement de l’agriculture non vivrière. Mais en fait ces bienfaits sont incidents à l’entreprise coloniale. Par exemple, on développe la médecine coloniale parce qu’on a besoin de travailleurs sains pour servir la Métropole. On développe l’économie selon les besoins de cette même métropole. Il n’en demeure pas moins, que dans son principe même, tout comme dans son exécution continue, la colonisation a été un déni de droits fondamentaux des populations indigènes. Il me semble qu’il y a une différence entre le fait colonial et les USA par exemple. L’extermination des indiens est un crime contre l’humanité. L’esclavage atlantique est également un crime contre l’humanité qui a le même caractère constant et durable que la colonisation. En revanche, il est abusif de dire que l’aventure américaine elle même est un crime contre l’humanité pour la raison suivante. Dans son principe même, l’aventure américaine ne s’appuie pas sur un déni systématique des droits fondamentaux d’une partie de sa population.

Une inquiétude des européens est que reconnaître que la colonisation est un crime contre l’humanité et s’en repentir reviendrait à tenir les fils coupables des péchés des pères. C’est là me semble-t-il une réelle inquiétude et une inquiétude légitime. Les fils sont-ils coupables des péchés de leurs pères? Non. Clairement non. Maintenant les fils sont-ils complices des péchés de leurs pères? Seulement s’ils en font l’apologie ou non seulement refusent de les reconnaitre mais contribuent de plus, activement, à falsifier l’histoire pour en édulcorer la face peu glorieuse. Question plus difficile: les fils doivent-ils réparer les fautes des pères? Je n’ai honnêtement pas de bonne réponse. A priori je répondrai non. Mas je comprends ceux qui disent que l’Europe s’étant enrichie en suçant le sang de ses subalternes a une dette non seulement morale mais également économique envers ses anciennes colonies. Il me semble que même si théoriquement on peut défendre cette position, elle est oiseuse au vu des rapports de force géopolitiques.

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Mossack Fonseca boy

Posted in Sénégal by hadyba on avril 11, 2016

Un truc drôle: Celui dont les journalistes prétendent qu’il est le « seul sénégalais ayant travaillé pour Mossack Fonseca«  dirige notre Agence de Construction des Bâtiments et Edifices publics depuis 2014.

Fin de la blague

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Aucune chance

Posted in Sénégal by hadyba on mars 23, 2016

Moi, le 17 février 2015:

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

Le 21 mars, dans la presse:

Les sénégalais étaient aux urnes hier pour approuver ou désapprouver les 15 points de réformes constitutionnelles proposés par le président de la République Macky Sall. (…)

Sur toute l’étendue du territoire national, le nombre de votants a été de 1 959 873, et le camp du OUI a obtenu 1 225 708 des voix, soit un pourcentage de 62,54%/.
Le camp du NON de son côté a obtenu 733 725 des voix, soit un pourcentage de 37,44%.

Un jour, j’aurai la sagesse de ne jamais faire de prédiction politique… un jour…

 

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École de l’imagination

Posted in Sénégal by hadyba on mars 6, 2016

HECTOR

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu (Acte II Scène 5)

Maintenant, voyons un des maitres d’une de ces écoles de l’imagination à l’oeuvre:

« Aujourd’hui, la nomenclature des actes que rend le Conseil constitutionnel est univoque. Il rend des décisions quand on le consulte en matière consultative. Encore une fois, c’est un seul cas car il n’y a pas deux. Il rend une décision »

« En règle générale, le Conseil constitutionnel du Sénégal n’a pas d’attribution consultative. »

…..

« on peut faire la concession que le Conseil constitutionnel a donné un avis ….  il a donné un avis dans le cadre d’une décision »

Professeur Ismaila Madior FALL justifiant la forfaiture de son patron Macky SALL

I am not impressed

Où l’Université tient son rang

Posted in Sénégal by hadyba on février 25, 2016

Il n’y a pas longtemps, notre Premier Ministre s’insurgeait contre ce qu’il percevait comme la République des Professeurs. Il n’avait peut être pas tort de s’inquiéter. Quand l’Université tient son rang, ce n’est pas agréable pour les mystificateurs qui font de la politique. Ainsi, quarante-cinq professeurs de Droit et Science Politique ont pris la plume pour démonter la décision de nos cinq singes pardon Sages et faire éclater la forfaiture de notre Président. Personnellement, j’aime bien la péroraison:

En marge de cet argumentaire technique développé ci-dessus, l’avis du Conseil constitutionnel participe d’une dépréciation de l’enseignement de la science juridique dont l’institution universitaire, à travers les Facultés de droit, se trouve investie. Symbolisant le lieu où la pensée juridique dans ses formes les plus complexes est exprimée, l’Université indirectement voire directement est comptable des façons dont le Droit est dit dans l’espace social. L’avis du Conseil constitutionnel quoique en rupture totale avec les enseignements universitaires est, tout de même, perçu par certains sénégalais comme une incapacité de la science juridique, et par conséquent des juristes universitaires, à formuler un propos clair, éloigné de toute spéculation lorsqu’ils sont saisis de questions éminemment sociétales.
Loin de promouvoir un corporatisme primaire dénué de tout sens éthique, les auteurs de ce manifeste soucieux de restaurer la dignité ainsi que la noblesse de la science juridique, se désolidarisent de cette présentation du Droit comme une discipline où la ruse, la rhétorique creuse, la spéculation… officient en maîtresses. Cette vision du Droit que le Conseil constitutionnel promeut dans l’imaginaire collectif naturellement ne peut rencontrer l’assentiment des universitaires rédacteurs de ces lignes. Plus que des législateurs (jurislateurs) ou des diseurs du droit (magistrats), c’est la conscience du Droit tout bonnement que la communauté universitaire entend incarner, et ce, sans prétention aucune.
In fine, pour paraphraser Ronald Dworkin, les lignes qui parcourent ce manifeste sont une invite à tous les acteurs de la science juridique à prendre le Droit au sérieux.

Le texte entier est publié ici.

Talibés redux

Posted in Sénégal by hadyba on février 24, 2016

« Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »

J’ai déjà parlé ici des talibés. Quand ces enfants ne meurent pas dans des accidents, ils sont régulièrement tués par les soi-disants maîtres coraniques qui prétendent leur enseigner la religion en les en dégoûtant par la torture.

Il y a quelque temps, il a été révélé qu’un de ces soi-disant maîtres faisait fabriquer des chaînes en fer pour attacher les récalcitrants ayant des vélléités de fugue. Quand ce sadique s’est fait arrêter, ses collègues ont non manifesté devant la police, assumé la pratique et il a été libéré.

Regardez bien cette photo publiée par l’Enquête plus:

TalibésEnchainés

Comment ne pas désigner notre exploitation de ces enfants par son nom après avoir vu cette photo? C’est de l’esclavage, ce n’est pas autre chose.

J’avoue que je ne comprends pas comment, en tant que société, nous avons pu perdre suffisamment perdre notre âme pour nous laisser imposer par un ramassis d’escrocs l’idée qu’exploiter des enfants, les faire mendier jour et nuit et les torturer est conforme à notre religion majoritaire.

Puisque nous qui cautionnons ces tortures nous prétendons musulmans, réfléchissons à ce Hadith et essayons de le rendre compatible avec notre indifférence au sort de ces enfants.

Un jour, un bédouin vint trouver le Prophète sallallahu alayhi wa sallam et lui dit : « Vous embrassez vos enfants ? » Le Prophète sallallahu alayhi wa sallam répondit : « Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »

Personnellement, je n’ai pas assez d’agilité intellectuelle pour combiner ce hadith avec notre traitement actuel des talibés.

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Le Président contre le peuple

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 17, 2016

Il y a un mois, j’écrivais ici même :

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

L’expédient trouvé par Macky Sall a consisté à demander l’avis du Conseil Constitutionnel sur la rétroactivité éventuelle d’une modification constitutionnelle, à se voir répondre que nos Cinq Singes pardon Sages n’aiment pas les lois rétroactives et à en conclure que l’avis du Conseil le liant, il n’a vraiment d’autre choix que de continuer à jouir du pouvoir pour deux années de plus contrairement à son désir le plus profond. Il n’est même pas besoin d’argumenter contre un acte aussi méprisable.

  1. Une promesse réaffirmée à plusieurs reprises sur toutes les plateformes doit être respectée, quel qu’en soit le prix.
  2. Un AVIS du Conseil Constitutionnel est un AVIS pour une bonne raison : c’est un AVIS, EN AUCUN CAS UNE DÉCISION. (J’ai même honte d’écrire une telle platitude.) Le Président a pris soin, durant tout son discours, de nommer DÉCISION ce qui n’est qu’un AVIS des Cinq Singes pardon
  3. Si personne –les juristes moins que tout autre– n’aime les lois rétroactives qui sont sources d’insécurité, il y a cependant des circonstances dans lesquelles de telles lois sont parfaitement acceptables. En l’occurrence, le peuple entier modulo quelques carriéristes et corrompus à la solde de ce pouvoir, veut de cette modification constitutionnelle et de son applicabilité immédiate.
  4. Je veux bien croire que le Président est entouré de pieds nickelés mais je ne puis croire qu’aucun d’eux n’est au courant du Précédent Poutine. Le Président pourrait faire passer la modification constitutionnelle, démissionner, laisser le pouvoir au Président de l’Assemblée, se faire nommer Premier Ministre, organiser des élections auxquelles il se représenterait, etc.

Le Président et ses affidés essaient de nous faire croire que c’est librement que Macky Sall avait décidé de réduire son mandat de sept à cinq ans et que donc son incapacité à tenir cette promesse ne saurait lui être reprochée parce que c’était une promesse libre faite sans contrainte et qu’il a essayé de tenir par tous les moyens mais que son sens scrupuleux de la séparation des pouvoirs l’empêche de tenir sauf à violer la loi fondamentale. Rappelons déjà qu’on parle de l’honorable gentleman qui, ministre de l’intérieur, avait tabassé un président de bureau de vote pour voter sans carte d’identité, qui, Président de la République, continue à présider un Conseil Supérieur de la Magistrature se tenant au Palais, s’est prononcé sur la culpabilité de Karim Wade avant le verdict, se permet de ralentir ou d’accélérer les enquêtes pour corruption au gré de ses alliances politiques et récupère de présumés délinquants dans son entreprise de massification de son parti politique. Cet honorable gentleman donc, sous prétexte de respect scrupuleux de la loi, veut violer une promesse électorale. Par ailleurs cette promesse n’a pas été consentie sans contrepartie. Le consensus qui prévalait en 2012 était qu’il fallait que le prochain président s’engageât à faire un quinquennat plutôt qu’un septennat. Ce consensus était porté par des organisations de la société civile comme le M23. C’est devant ces organisations que le futur Président de la République s’était engagé, entre les deux tours, à réduire son mandat et à appliquer le programme des Assises Nationales. Cette promesse a donc été faite dans un contexte ou le Président avait besoin du soutien de ces organisations pour gagner la Présidentielle et n’est en aucun cas une grâce que le Président de la République voulait nous accorder en vertu de son bon vouloir et de son sens démocratique.

Comme toujours avec Macky Sall, ce qui m’énerve c’est que c’est un Wade au petit pied qui fait perdre du temps au pays. Il a maintenu le suspense pendant quatre ans, a essayé les expédients les plus médiocres, n’a strictement rien fait sur le plan politique et finit par se ridiculiser. Ce qui va se passer maintenant, c’est que nous aurons pendant deux ans un Président délégitimé qui se fera contester partout où il passera. Le pays deviendra ingouvernable à l’instar de ce qui se passe déjà à l’Assemblée Nationale où les tripatouillages d’une majorité téléguidée du Palais ont tellement abaissé l’Institution que, pour la première fois de notre histoire, nous assistons à des pugilats entre députés. Personne ne peut, au bout de quatre ans de mandat, citer plus de trois réalisations incontestablement positives de ce Président. Les deux années qui arrivent seront pires : le pays perdra son temps en querelles stériles de politiciens. L’Administration, qui se sent déjà insultée par Macky Sall qui l’a à plusieurs reprises décrétée incompétente, n’aura aucune loyauté envers un Président qui vient violer de manière aussi obscène son serment. Les populations sortiront dans la rue pour un oui ou un non (coupures d’électricité ; absence de profs de philo ou de maths dans les écoles)

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

La victoire du macho hystérique

Posted in France, Politique by hadyba on janvier 27, 2016

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C’est Celeste qui a une fois parlé de « machos hystériques » pour désigner des politiciens qui, comme Valls et Sarkozy, sont tellement anxieux de prouver leur virilité qu’ils ne peuvent s’empêcher de sautiller comme des cabris en glapissant avec ce qu’ils croient être de la fermeté et en détruisant tout sur leur passage. L’hystérie est le type même de la caractérisation sexiste, réservée aux femmes et dont la base scientifique est plus que douteuse. Il y a cependant une irrationalité dans le besoin de paraitre ferme chez certains politiciens mâles actuels qui fait que j’ai immédiatement été frappé par la justesse de la caractérisation de Celeste. Sarkozy a gagné la présidentielle française. Puis il a passé tout son mandat à courir à gauche et à droite, à s’agiter, à insulter tout ce qui ne lui faisait pas allégeance et à prétendre périodiquement avoir sauvé le monde. Pour couvrir son incompétence, il a complètement hystérisé le débat public prenant les étrangers comme bouc-émissaires et faisant passer des lois plus déshonorantes pour la France les unes que les autres. Il n’a bien évidemment pas été réélu. Le peuple français, quoiqu’en pense son élite, n’est pas idiot.

Non seulement Sarkozy n’a pas été réélu mais a été élu à sa place, celui qui semblait être son absolue antithèse: un placide technocrate sur-diplômé qui n’aurait pas déparé dans une salle de séminaire d’une université de seconde zone. Le problème est que cette apparente placidité ne cachait pas la force tranquille d’un Mitterrand mais une absence totale de personnalité et une ambition réduite au seul souci de se préserver. N’ayant aucune personnalité, Hollande a, contre toute logique, emprunté celle de Sarkozy et nommé son doppelgänger du PS au poste de Premier Ministre en lui laissant les pleins pouvoirs. Sachant que Valls a fait moins de 10% aux primaires du PS, c’est à tout le moins, une trahison de son électorat naturel. En bon macho hystérique, Valls entraine le gouvernement actuel toujours plus loin dans l’infâme tant il a besoin de prouver aux terroristes que lui aussi il en a une paire et ne reculera devant rien pour… euh, en fait on ne sait même pas dans quel but il propose les infamies qu’il propose.

Christiane Taubira qui était la dernière du gouvernement à essayer de défendre un semblant de principes, vient de jeter l’éponge. Mieux vaut tard que jamais suis-je tenté de dire. C’est cependant assez triste pour la France. Les machos hystériques comme Valls et Sarkozy, sont avant tout d’anciens gosses à qui leurs parents n’ont pas inculqué le principe de réalité. De tels enfants s’agitent et hurlent pour avoir des jouets puis ils les cassent. Normalement, le monde se charge de les éduquer quand ils sortent du giron familial. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu faire que de telles personnes aient pu se retrouver à la tête d’un pays développé. Le jouet actuel de M. Valls, tout comme celui de M. Sarkozy avant lui, est la République. Espérons qu’elle survivra indemne à deux machos hystériques.

Taubira-vélo

Expérimenter par soi-même

Posted in Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on janvier 14, 2016

ErreurUrbaine

L’autre jour, en réunion, je me suis embarrassé tout seul. Quelqu’un a dit quelque chose et je me suis senti obligé de donner des précisions clarifiant ma situation. Avant même que je ne lève la main pour parler, mon chef de Département m’a demandé de me taire. Je lui ai fait un signe disant que j’étais vraiment désolé de lui désobéir mais que je ne pouvais pas ne pas parler. Il a insisté, j’ai insisté. Il s’est même levé pour me dire qu’il m’expliquerait plus tard mais j’ai quand même pris la parole. Sur le moment, je ne pouvais pas croire qu’il avait raison que ce que je croyais comprendre n’était pas ce qu’il fallait comprendre. En prenant la parole, je me suis embarrassé et ai embarrassé tout le monde parce que, bien évidemment, je me trompais totalement.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est qu’à aucun moment je n’avais de doute sur la bienveillance de mon chef de Département. Je savais qu’il avait à coeur de veiller sur mes intérêts. Il m’a, à plusieurs reprises, donné des conseils et indications qui m’ont empêché de faire des erreurs. Je sais également qu’il a infiniment plus d’expérience que moi dans ce type de réunions. Rationnellement, j’aurais du lui faire confiance et me taire. Malgré tout, sur le moment, j’étais persuadé d’avoir raison. Après la réunion, il m’a tout expliqué puis il a sagement ajouté: « Mais si tu n’avais pas parlé, tu n’aurais jamais vraiment cru que l’on ne faisait effectivement pas allusion à toi! » En gros, c’était là une erreur de ma part, erreur rationnellement évitable, mais en même temps presque inévitable vu que nous ne sommes pas des machines purement rationnelles. Il y a des expériences douloureuses dont on ne peut pas vraiment se dispenser. Ce faisant, on fait des erreurs qui peuvent paraître stupides mais qui nous permettent d’apprendre et de grandir. Tant que l’on n’a pas soi-même fait ces erreurs là, on ne peut pas réellement retenir la leçon.

D’une certaine manière, j’ai l’impression que tout processus d’éducation n’est, fondamentalement, que cela: donner aux élèves les moyens de commettre des erreurs dans un environnement contrôlé de sorte à apprendre de nouvelles choses et à ne pas commettre ces mêmes erreurs dans un milieu où leurs conséquences seraient pires voire mortelles. Les plus intelligents d’entre nous sont ceux qui ont la sagesse et la modestie d’apprendre des erreurs des autres. Ces êtres supérieurs n’ont pas besoin d’expérimenter par eux-mêmes. J’essaie de profiter de l’expérience des autres mais je n’en suis souvent pas capable parce que je suis arrogant et pense que mon analyse d’une situation donnée vaut celle de n’importe qui d’autre; oubliant parfois que certains ont plus d’expérience et de vécu que moi.

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

PS: Je suis d’une impolitesse… Mes meilleurs voeux pour l’année 2016 à la poignée de fidèles qui lisent encore ce blog. Puisse-t-elle nous être agréable, puissent nos chemins respectifs éviter bombes et kalashs (vu le monde dans lequel nous vivons, ce n’est malheureusement plus un voeux extravagant!) et puissé-je bloguer un peu plus cette année. Vu que j’ai fermé tous mes comptes sur les réseaux sociaux pour six mois et que je suis un procrastinateur, je suppose que je vais devoir bloguer pour ne pas faire les choses obligatoires à temps 🙂

Les dangereuses improvisations antiterroristes du Président Sall

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on novembre 11, 2015

La bonne nouvelle est que nos autorités semblent enfin prendre au sérieux la menace terroriste. Il y a eu une vague d’arrestation d’imams. Le Président de la République semble avoir prononcé un discours plutôt important définissant la doctrine antiterroriste du pays. Ce qu’il y a sur le site de la Présidence ne casse certes pas trois pattes à un canard même s’il y a des idées intéressantes. Je suppose que c’est ce qui a été préparé.

Le Président de la République semble cependant avoir improvisé.

Sur Seneweb, on nous apprend qu’il aurait dit :

« A coté de ces politiques, il faut développer un discours philosophique et théologique. Cela nécessite une formation des imams dans le sens d’un islam tolérant. Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion. On a jusque là connu un islam modéré et tolérant. Donc, ça c’est une question de la société toute entière. Ce n’est pas seulement l’affaire de l’État, mais lorsque l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions, ni même à nos conceptions de l’islam, nous devons avoir le courage de combattre cette forme excessive d’imposer. De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas accepter que des modèles qui nous viennent, je ne sais d’où, soient imposées en Afrique»

Le Soleil quant à lui fait dire au Président :

« nous devrons travailler sur les pays qui ont le même modèle islamique ». « Nous avons aussi besoin d’une collaboration pour mettre en place des académies et des écoles. Il est nécessaire d’avoir un volet  dans la formation des élites, pas seulement des imams dans cette bataille psychologique »

Le chef de l’Etat sénégalais a rappelé que la lutte contre le terrorisme doit être « l’affaire de toute la société » en faisant la distinction entre l’Islam africain et l’Islam d’ailleurs, fustigeant le « port du voile intégral qui n’est pas africain et ni conforme à notre culture ». « Nous devons avoir le courage de combattre et de ne pas accepter une autre forme de l’Islam que l’Islam tolérant que nous connaissons même s’il y a des gens prompts à financer. La société civile et la classe politique doivent être à l’avant-garde de ce combat. J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne », a averti le président Sall.

Autant j’ai été paniqué toutes ces années de la légèreté avec laquelle notre classe politique traitait la question du terrorisme, autant les présidentielles improvisations de Macky Sall me paraissent malvenues et, pour tout dire, potentiellement dangereuses pour le pays.

Commençons par le tenace mythe de l’islam noir qui serait tolérant parce que syncrétique. Je ne vais pas me prononcer sur le fonds. Le président dit :

Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion.

Le problème, c’est que l’État du Sénégal n’adopte strictement aucune religion. Nous sommes une République laïque cela veut dire que nous traitons exactement toutes les religions de la même manière. Les citoyens sénégalais ont des choix philosophiques et religieux que l’État n’a pas à sanctionner. L’État les accompagne dans toute pratique religieuse qu’ils choisissent et qui est conforme à notre Constitution. S’immiscer dans les pratiques des citoyens pour voir s’il est tolérant ou pas n’appartient ni à Macky Sall ni à qui que ce soit d’autre. La seule chose que nous demandons à notre État, c’est de veiller au respect des lois et d’assurer la sécurité publique.

Comme toujours quand on régule ce genre de choses, c’est sur les femmes que l’on tape et Macky Sall n’échappe apparemment pas à la règle qui dit que :

l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions

D’abord faut arrêter avec nos cultures et traditions. Nous n’avons pas élu un défenseur de nos cultures et traditions mais un Président de la République. Ensuite, si des femmes estiment qu’elles doivent s’habiller de telle ou telle manière de quel droit le Président de la République se permet-il de décider de la conformité de leur habillement à nos cultures et traditions ? Une minijupe correspond-elle à nos cultures et traditions ? Nos traditions sont-elles chrétiennes, islamiques ou païennes ? Le port de la barbe s’y conforme-t-il ? Le voile intégral est typiquement le genre de faux problèmes que l’on agite quand on est impuissant à améliorer la situation. Pourquoi des femmes choisissent-elles de se voiler ? Pourquoi nous réfugions-nous dans des formes de religiosité radicales ? Peut-être parce que nous sommes horrifiés par la corruption de ce qui aurait du nous servir de norme religieuse ? Peut-être parce que notre situation économique est tellement désespérée que nous parions tout sur l’au-delà ? Je n’en sais rien et à vrai dire, qui suis-je pour juger des choix religieux des gens ?

Au passage, Macky Sall nous rappelle subtilement qu’il avait glorieusement résisté à la puissance américaine sur la question de l’homosexualité :

De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer.

Il y aurait donc, dans son esprit une égalisation entre l’homosexualité et l’islam radical. J Là, je suis bien d’accord avec lui : homo, hétéro ou salafiste, je pense que l’État n’a pas a rentrer dans la vie des gens tant qu’ils ne commettent pas d’activité délictueuses. Maintenant si l’État s’amuse à criminaliser ce que les gens font paisiblement (par exemple porter le voile intégral ou pratiquer un islam rigoriste) pour ensuite venir arrêter les gens, je crois qu’il y a un problème.

Enfin, plus grave, si j’en crois le Soleil qui est quand même le journal officiel, Macky Sall termine en menaçant son opposition républicaine :

J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne

Donc notre Président s’arroge le droit d’arrêter qui il veut au nom de la menace terroriste et il faudrait que personne ne moufte ? Comme souvent en matière de lutte contre le terrorisme, les politiciens veulent préserver nos libertés en nous les confisquant. Non merci. Un Président qui s’est montré singulièrement aveugle sur le Mali, qui a failli conforter des putschistes au Burkina et qui expulse de opposants gambiens nous demande les pleins pouvoirs au nom de la lutte contre le terrorisme ? Non, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Parmi les idées intéressantes du discours présidentiel, il y a l’idée que le terrorisme nait de l’inégalité et de la pauvreté. C’est justement pour résoudre ces problèmes là qu’on a élu Macky Sall. Pour l’instant, nous ne voyons aucune amélioration de notre situation économique. Les pauvres n’arrivent toujours pas à se soigner ni à assurer une éducation de qualité à leurs enfants. Une minorité de délinquants (et de) politiques s’enrichit toujours plus alors que les autres s’appauvrissent. Pour lutter contre le terrorisme, le Président doit laisser la police et la justice faire leur boulot et faire le sien qui est d’améliorer le sort de nos concitoyens. Il n’a pas besoin des pleins pouvoirs pour ça !