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Sortir du Franc CFA ?

Posted in Afrique, Economie, Françafrique by hadyba on août 27, 2017

Il est des combats dont la justesse parait évidente. Devons-nous sortir du FCFA ? Évidemment que si ! Le franc CFA n’est même plus une monnaie, c’est un symbole, c’est une survivance d’un passé criminel. C’est la preuve patente de la continuité de l’oppression dont nous autres africains sommes victimes. D’ailleurs, FCFA signifiait à l’origine Franc des Colonies Françaises d’Afrique et si le nom a changé, la chose n’a guère évoluée. La conservation des initiales est ainsi une sorte d’acte manqué à la Freud.

Je suis d’accord avec tout cela et ai bien plus de critiques encore pour le FCFA, son arrimage à l’euro, notre rapport de subordination à la France, etc. Il n’en demeure pas moins qu’en tant que philosophe, j’ai été entrainé à interroger l’évidence. Le FCFA est-il une cause ou est-il un effet ? Que se passera-t-il si nous prenons cette décision qui nous paraît évidemment bonne de sortir du FCFA sans avoir soigneusement et stratégiquement préparé notre sortie ? La garantie que nous donne la convertibilité est-elle si négligeable que ça, surtout maintenant que nous ne sommes plus dans un tête à tête délétère avec la France mais sommes de facto liés à la zone euro dans son ensemble ? Pouvons-nous jouer l’Europe contre la France pour nous libérer des accords léonins qui nous lient à cette dernière ?

Beaucoup d’activistes qui s’agitent contre le FCFA me semblent commettre deux fautes de raisonnemment assez graves :

  1. D’abord ils confondent cause et conséquence : je suis le premier à admettre que le système dans lequel nous nous mouvons est fondamentalement injuste. Nous sommes maintenus par la France dans une relation de dépendance économique. Il nous faut nous libérer de ce carcan pour nous développer. Le FCFA est l’un des constituants de ce carcan et l’un des instruments privilégiés de la domination française. Je suis tout prêt à l’admettre. Je ne crois cependant pas que le CFA soit la cause de cette domination. Cette dernière est multifactorielle. L’un des facteurs les plus importants me paraît être notre situation objective. Nos économies sont exsangues, non pas seulement parce que nous sommes politiquement dominés mais parce que nous n’avons pas suffisamment investi dans un système éducatif efficace, nous ne soignons pas notre population, nous ne promouvons pas l’efficacité économique, nous n’investissons pas suffisamment dans notre agriculture et n’éduquons pas nos paysans etc. Tous ces problèmes là ne seraient pas du tout solutionnés par une éventuelle sortie du FCFA. Il me semble que plus que le FCFA, ce sont ces facteurs là qu’il faut changer pour améliorer notre situation économique. Quand cette dernière se sera améliorée, nous aurons les cartes en main pour contrôler notre monnaie. Si nous contrôlons notre monnaie alors que notre économie et nos sociétés sont toujours dans une situation catastrophiques, cela ne servira à rien d’autre qu’à nous enfoncer davantage.
  2. Deuxième faute de raisonnement qu’ils commettent à mon avis : penser l’économie hors contexte. Ils ont cela en commun avec la plupart des économistes. Par exemple, tout le monde se souvient de la phrase de Smith sur la main invisible, très peu retiennent ce qu’il dit sur la psychologie des marchands : « une compagnie de marchands est, semble-t-il, incapable de se considérer comme un souverain, même après l’être devenu. Les marchands (…) par une étrange absurdité ne tiennent le caractère de souverain que comme accessoire à celui de marchand. » Les marchands, nous dit Smith, alors qu’ils auraient intérêt à avoir un gouvernement arbitre seraient tellement obnubilés par le profit qu’ils seraient incapables de ne pas ruiner tout pays qu’ils contrôleraient. Ce n’est nulle part ailleurs que dans La Richesse des Nations qu’il le dit pourtant, c’est passé totalement inaperçu de la plupart des économistes qui se réclament de lui et qui veulent que le rôle du gouvernement soit réduit à la portion congrue. De la même manière la plupart des penseurs qui exigent que nous sortions du FCFA ici et maintenant pensent hors contexte en ne tenant aucunement compte de notre situation politique. Une chose qui devrait nous mettre la puce à l’oreille est que Idriss Déby est partisan de la sortie du FCFA. À quel moment se retrouver dans le même camp que Déby ne vous fait-il pas réfléchir ? Déby dont la gestion de l’économie tchadienne est tellement catastrophique qu’il avait nommé son frère directeur des douanes puis s’était retrouvé obligé d’emprisonner ce même frère parce qu’il refusait de reverser les recettes douanières au trésor public. Imaginez-vous ça ? Un pays ou une personne privée s’approprie les recettes douanières ? Sortir du FCFA en l’état actuel des choses, c’est soumettre notre monnaie entre autres à Idriss Déby. Je ne fais déjà pas confiance à Macky Sall mais Idriss Déby ? !!! C’est là malheureusement notre contexte actuel. Qui vaut-il mieux pour gérer notre monnaie ? Un mixte de fonctionnaires africains et français contrôlés par l’Europe ou bien des pillards incompétents cooptés par d’inamovibles dictateurs et dont la seule préoccupation est de s’enrichir ? Je suis comme tout le monde, ça me tue de savoir que même ma monnaie n’est pas sous mon contrôle. Il n’en demeure pas moins qu’entre Idriss Déby et Jean Claude Junker ou Emmanuel Macron, je ravale ma fierté et je choisis les seconds plutôt que le premier. Avant de détricoter le délicat édifice qu’est le FCFA, je préfère réaliser un certain nombre de préalables. Le plus important de ces préalables est le fait d’avoir dans toute la zone CFA des dirigeants élus et comptables de leurs actes devant une justice indépendante. Tant que ce préalable n’est pas réalisé, je considère que le contexte n’est pas favorable à une sortie du FCFA. Parce que rien ne serait plus catastrophique et humiliant que de sortir collectivement du FCFA puis de se retrouver dix ans plus tard avec un champ de ruine et d’aller quémander l’aide de la France pour sauver notre économie. Gageons qu’elle nous ferait payer son « aide » au prix cher.

Dans tous ces débats là, vous savez ce qui m’énerve le plus ? C’est la légèreté avec laquelle nous sommes prêt à sacrifier la vie et le bien être économique de millions de nos compatriotes africains au nom d’un panafricanisme de polichinelle. J’ai beaucoup de respect pour Kako Nubukpo par exemple mais où se trouve-t-il actuellement ? À Paris à travailler pour l’AUF l’OIF Si la zone CFA s’effondrait serait-il personnellement affecté ? Beaucoup de personnes qui s’activent pour la sortie du FCFA tout de suite soit vivent en Europe ou aux USA soit sont payés par des capitaux non africains. Ils vont tenir leur posture d’Afroclowns et m’accuser d’être un nègre de maison parce que je dis que ce ne serait peut être pas une bonne idée de sortir tout de suite de la zone CFA ou de rompre avec l’occident. En attendant, moi je vis au Sénégal, avec un passeport sénégalais et suis payé par l’État du Sénégal. Je n’ai pas la latitude de tenir une posture et de jouer au révolutionnaire avec ma propre monnaie. Je contribue concrètement à créer les conditions pour que le FCFA devienne obsolète et que les termes de l’échange avec le reste du monde change.

 

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Théorie de l’Afroclown

Posted in Afrique by hadyba on août 26, 2017

C’est une litote que de dire que l’Afrique a des problèmes. Globalement, nous sommes un continent pauvre et mal gouverné. Notre population est généralement mal formée, nos systèmes de santé sont tellement mal gérés que nos hôpitaux sont des mouroirs. Nos dirigeants sont des prédateurs voraces qui vendent toutes nos ressources à vil prix aux étrangers et ne font pas grand chose pour améliorer notre sort. Quasiment tout est à faire chez nous et tout est urgent.

Pour nous sortir de nos problèmes, il y a deux démarches possibles.

·      La première est une démarche ingrate et modeste consistant à essayer d’améliorer ce que l’on peut améliorer étant donné la réalité dans laquelle on se meut. Enseigner, militer pour les droits des populations africaines, combattre les gouvernements locaux, travailler dans le système de santé, créer une entreprise, faire marcher les gouvernements locaux ; bref, cultiver son champ comme dirait Voltaire. Des millions d’Africains, dans le Continent ou ailleurs font ce modeste travail qui, cumulé, nous sortira de la fange dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Aucun pays, aucun continent ne s’est jamais développé autrement qu’avec la contribution de tout un chacun ; des enseignants et des techniciens, des paysans et des ouvriers, des infirmiers et des médecins qui quotidiennement essaient d’améliorer les choses dans des conditions exécrables.

·      La seconde démarche consiste à se contenter d’incantations, à trouver un responsable, de préférence extérieur à tous nos malheurs et à adopter une démarche Don Quichottesque en prétendant être le héros, le chevalier blanc qui sauvera son peuple. L’on veut le résultat sans le labeur quotidien qui le rend possible. L’on est alors un héros narcissique entouré d’une cour fanatisée qui nourrit notre ego en nous confirmant que nous allons sauver notre continent. De la même manière que Don Quichotte s’était choisi un combat cosmique mais somme toute consensuel : combattre le mal et défendre l’opprimé ; l’on se choisit également un puissant et cosmique adversaire et l’on s’approprie un combat consensuel. Étant donnée ses turpitudes passées et actuelles sur le continent noir, la France est toute indiquée pour jouer ce rôle d’ennemi cosmique. Quant au combat consensuel ; quant à la cause juste, nécessairement juste et à embrasser sans nuance ni réflexion ni critique, quoi de mieux que le combat contre le Franc CFA ? Bien sûr, pour mener ce genre de combat, mieux vaut s’être soi même mis en sécurité soit en vivant en France, soit en bénéficiant de la nationalité française. L’on veut bien sauver les africains et l’Afrique mais partager leur sort, se soigner dans leurs hôpitaux, enseigner ou étudier dans leurs écoles publiques, avoir un salaire africain et faire la queue pour demander un visa à chaque fois que l’on voyage ? Vous n’y pensez pas ! On n’est pas assez suicidaire pour ça. En revanche, que quelqu’un ose remettre en cause la sagesse d’une sortie inconsidérée de la zone CFA, qu’il ose même émettre le moindre doute sur la sagesse de laisser un étranger inculte n’ayant aucune qualification en économie mener ce combat et il se voit traiter au mieux d’inconscient à l’esprit lavé par la France, au pire de nègre de maison stipendié par la toute puissante France.

J’appelle Afroclowns les africains, vivant généralement en France, qui passent leur temps à combattre en paroles une France fantasmée et à jeter l’anathème sur quiconque ose les contredire. Ces Afroclowns là s’achètent à bon compte un brevet d’africanité en adoptant des positions extrêmes mais se dispensent bien de faire quoi que ce soient POUR le continent. Ils affirment nous CONSCIENTISER mais si vous y prenez garde, vous verrez que ça les dispense de travailler autrement qu’avec le verbe. Pendant que vous vous tuez à remplir des formulaires, à créer une entreprise, à soigner vos compatriotes malades, à enseigner à la future génération d’africains, à pêcher et à cultiver votre champ, ils dorment. Quand vous avez fini de faire tout ça, ils viennent vous dire que si vous êtes fatigués, c’est parce que la France vous vole et ils vous prennent un peu d’argent pour vous tenir ce discours.

L’Afrique se développera, nous nous réapproprierons notre monnaie quand nous nous serons réapproprié notre économie et notre vie politique. Cela se fera grace à des gens comme vous et moi qui avons patiemment travaillé à améliorer le sort du continent. Pas grace à des Afroclowns comme Kémi Séba, qui ne sont là que pour faire du théâtre sur notre misère et prendre un peu de ce qui ne nous a pas été volé par nos dirigeants pour nous tenir un discours soi disant révolutionnaire mais sans effet.

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Le paradoxe sénégalais et l’anthropologie du terrorisme

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on août 16, 2017

Je mets ici un article qui vient d’être publié dans les actes d’un colloque que nous avions tenu en novembre dernier à Dakar.

L’introduction:

Nous nommons « paradoxe sénégalais » le fait que, malgré une très grande religiosité et une extrême domination de l’islam, le pays est, non seulement sur le plan institutionnel mais également sur le plan social, fondamentalement une République démocratique. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous expliquons ce paradoxe par la manière particulière dont l’islam soufi sénégalais prend en charge la déviance et la marginalité. Dans un premier moment, nous allons illustrer et défendre cette thèse du « paradoxe sénégalais ». Dans un deuxième temps, nous allons comparer le Sénégal au Mali et montrer que les causes de l’irruption du Djihadisme au Mali sont également présentes au Sénégal. Le fait que le takfirisme[1] ne se développe pas au Sénégal et n’y devienne pas violent peut donc être considéré comme une manifestation du paradoxe sénégalais. Dans un troisième temps nous nous servons des figures de deux chefs religieux un peu marginaux dans le mouridisme : Serigne Modou Kara et Cheikh Béthio Thioune pour expliquer le paradoxe sénégalais. Cette explication nous permet d’appuyer une analyse anthropologique, proposée notamment par Scott Atran, de l’attrait du Djihadisme pour une frange de la jeunesse occidentale. Nous terminerons en proposant une solution s’appuyant notamment sur les travaux de Robert Putnam.

[1] On nomme takfiriste les mouvements qui, se référant au théologien médiéval Ibn Taymiyya (1263-1328), se permettent, contrairement à la tradition musulmane, de décréter que d’autres musulmans autoproclamés n’en sont pas de véritablement se donnant donc le droit de les tuer pour apostasie.

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Président Le Pen ?

Posted in France, Politique, Spéculation gratuite by hadyba on avril 2, 2017

Contrairement à ce que laisse penser ma tendance à énerver mes amis français en critiquant sans cesse leur pays, la France est l’un des pays que j’aime, respecte et admire le plus. La France est quand même rares pays qui se préoccupe sérieusement de soigner sa population, d’équilibrer le rythme de vie des masses pour qu’elles ne se tuent pas à la tâche et de promouvoir sans complexe une culture et des droits universels. On peut critiquer la France sur beaucoup de points mais à tout prendre, si l’on juge objectivement des choses, même si je suis le premier à chanter avec Renauld :

Être né sous l’signe de l’hexagone,

c’est vraiment pas une sinécure,

Je dois bien avouer que naître sous le signe de l’Hexagone est quand même une sacré chance, quel que soit l’indicateur choisi. La France est une des premières puissances militaires, économiques, sociales et politiques de cette terre. Étonnamment, à entendre pérorer les politiciens locaux, l’on a l’impression que la France est un champ de ruines dévasté par la peste et le choléra, envahi par des hordes barbares venues d’Arabie et de Nigritie, et gouverné par des lois dictées par une infâme classe de juriste bruxellois. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les politiciens, experts et journalistes assurent le peuple que la situation ainsi décrite est un fait quasi inévitable mais que le reste d’indépendance et de civilisation dont le peuple jouit encore est menacé par un ennemi intérieur, un monstre borgne nommé Le Pen. Voter, quand on est français, revient uniquement à choisir qui nous sauvera de ce monstre. Protester, c’est faire le jeu du monstre. Critiquer le statut quo, c’est renforcer le monstre.

Le problème avec les monstres c’est que tôt ou tard, la personne que l’on essaie d’en protéger voudra essayer de les combattre lui-même voire sera tenté de croire qu’il n’est certes pas si monstrueux que l’affirment ses protecteurs. Il me semble que le peuple français en est exactement au point où la séduction du monstre est trop grande pour être conjurée par les incantations des mages. Malheureusement, je ne suis pas sûr que ce ne soit pas à juste raison en plus.

Si l’on regarde l’offre politique actuelle, mon problème n’est pas de savoir si Mme Le Pen pourrait gagner ; mon problème est que je ne vois pas comment elle pourrait ne pas gagner. Comme beaucoup, ce qu’elle représente me fait horreur. Il n’en demeure pas moins que non seulement je suis convaincu qu’elle va gagner mais en plus, je ne suis pas loin de penser que ce ne serait là rien d’autre que la note présentée à une classe politique démagogique, méprisante, corrompue et incapable de regarder plus loin que son intérêt définie de la manière la plus veule possible.

La classe politique française s’est longtemps complu dans la fange. Elle a fait croire au peuple que le monde extérieur était dangereux. Que tous les problèmes du pays ne venaient que de trois choses qui au fond n’en faisaient qu’une : la mondialisation, l’Europe, et les étrangers vivant en France. Cette peur de l’étranger est devenue un tel axiome de la vie politique française que même Mélenchon a infléchi sa position sur le sujet pour affirmer la nécessité de lutter contre les causes de l’immigration (qui est bien évidemment un mal donc), quant à Macron, il a re-rétropédalé sur ses déclarations sur la colonisation et est à présent en train de faire du charme à Christian Estrosi à défaut d’accepter le soutien du sulfureux Iznogoud Valls. La victoire idéologique est donc totale pour le Front National. Nul ne conteste sérieusement que l’Europe est mauvaise pour la France, que l’immigration est une plaie et que la mondialisation est appauvrissante. Or qui propose, sérieusement, avec logique et constance, de couper le nœud gordien ; de quitter l’Union Européenne et de renvoyer tous les basanés en Arabie et en Nigritie ? Le Front National et uniquement lui. C’est donc très logiquement que Marine Le Pen, sans même véritablement faire campagne caracole en tête de toutes les projections. Bien évidemment, tous les apprentis sorciers qui dominent la politique française se réjouissent secrètement de ce résultat, se battant uniquement pour arriver deuxième du premier tour. Ils pensent que conformément à la jurisprudence Chirac, le peuple français obéira à leurs injonctions et ira voter contre madame Le Pen quel que soit le candidat qualifié.

Je pense qu’ils se trompent lourdement. Les français votent me semblent-il sur des sujets tout autant que pour une personne lors d’une présidentielle et il me semble que quel que soit le candidat qualifié, Mme Le Pen est en mesure de le battre sur ces sujets. Prenons les candidats capables de se qualifier et les problèmes importants pour les français et plaçons les dans un tableau. Considérons les quatre sujets suivants :

  1. L’humanisme : Les français tiennent à préserver la réputation de la France comme pays des droits de l’homme et universelle donneuse de leçons. C’est ce qui explique me semble-t-il le succès d’organisations comme les Enfants de Don Quichotte ou le fait que la déportation des enfants d’immigrés n’a jamais été populaire même au plus fort de Sarko-Guéant. L’élection de Le Pen sera une blessure narcissique infligée à cette image de la France.
  2. Le danger étranger : La rhétorique politique de ces vingt dernières années a créé en France une peur du monde extérieur. Cette peur amalgame dans un même élan l’islamisme violent, les hordes sauvages africaines, le plombier polonais, la mondialisation, etc. Il me semble que ce sera un facteur important du choix des électeurs.
  3. La sécurité intérieure : La même rhétorique a créé une peur du danger déjà implanté. Cette peur mélange la crainte du déclassement, celle de l’islamisme violent, celle de la petite délinquance et des incivilités qui pourrissent la vie quotidienne.
  4. La sécurité sociale : beaucoup d’étrangers ont du mal à le réaliser mais un français normal a culturellement du mal à admettre que l’on puisse ne pas soigner un malade parce qu’il n’a pas d’argent. (Et rien que pour ça, je pense que nous pouvons accepter que ce pays est le plus civilisé au monde !) Dans la sécurité sociale, je mets également les lois démantelant les acquis sociaux et ou le droit du travail.

J’avais la certitude que si l’on prenait en compte ces quatre préoccupations, il n’était pas sûr que les potentiels qualifiés au 2nd tour convainquent mieux les français que Mme Le Pen. Pour le vérifier, j’ai construit la matrice ci-dessous en attribuant 4 points à un vote contre Le Pen sur le sujet et 1 point à un vote Le Pen. Par exemple, si je crois que concernant la sécurité intérieure, les français feront plus confiance à Le Pen qu’à X, je donne 1 point, si je pense qu’ils feront confiance à X je donne 4, si je pense que X fera mieux que Le Pen sans en être certain, je donne 3 etc. Etant donné qu’il y a quatre paramètres, si j’étais certain que X vaincrait Le Pen, on se retrouverait avec 16 points et si je pensais l’inverse, on aurait 4. Plus le score est bas donc, plus j’estime faible les chances de X et plus le score est proche de 16, plus je les estime fortes. Cette matrice n’a bien évidemment aucune valeur scientifique. Mais bon… les sondages non plus

Fillon vs. Le Pen Hamon vs Le Pen Macron vs Le Pen Mélenchon vs Le Pen
Humanisme 3 4 4 4
Danger étranger 2 1 1 2
Sécurité intérieure 2 1 1 1
Sécurité sociale 1 3 1 4
Total 8 9 7 11

 

En gros, il me semble que si n’importe qui fait mieux que Le Pen concernant l’humanisme. Quoique les filouteries de Fillon soient une tâche sur le drapeau français. Seul Mélenchon et, dans une moindre mesure Hamon, rassureraient les français concernant la préservation du modèle social français. Macron et Fillon le démantèleront certainement. Sur la sécurité, Fillon pourrait rassurer mais pas totalement vu qu’il est quand même un peu raisonnable, ne voulant ni murer les frontières face aux hordes sauvages ni sortir de l’Europe. Personne ne peut de toute manière quoi que ce soit contre le terrorisme même si Le Pen pourrait satisfaire le sadisme de son électorat en réinstaurant la torture et la peine de mort. Le pari de Macron était de créer un mouvement à la Obama qui changerait totalement la donne en apportant un discours radicalement nouveau. Contrairement à Obama, il n’a ni projet fédérateur ni discours neuf. De plus, les français sont moins idéalistes, plus blasés et ironiques que les américains. Macron a donc plus l’air de vendre une lessive qu’autre chose. Quand on regarde la distribution des points dans le tableau, le plus haut total fait 11 et il est attribué à Mélenchon. Macron me semble devoir faire le pire face à Le Pen. L’explication me parait simple : entre une raciste qui laisse le droit du travail et la sécurité sociale en l’état et un banquier inexpérimenté en politique qui va détruire les deux, que choisira le peuple ? Pourtant c’est Macron qui va probablement être au second tour face à Le Pen. De ce fait, je ne vois vraiment pas comment Marine Le Pen pourrait ne pas sortir vainqueur du second tour. Je le vois d’autant moins que la blessure narcissique française en cas de victoire Le Pen sera mitigée par deux choses : d’une part Marine Le Pen est une femme et son élection sera une première pour la France et d’autre part le précédent Trump relativise la honte. Face à Trump, Marine Le Pen est un parangon d’élégance et de culture.

Bon ceci dit, n’oublions pas que j’avais, en son temps, courageusement prédit la victoire de Ségolène Royal sur Sarkozy.

Sur Macron et la colonisation

Posted in Afrique, France by hadyba on février 22, 2017

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(crédits photos Galicca via Ousmane A. Diallo sur twitter)

C’est Toni Morison qui affirmait que la fonction du racisme est de nous distraire et de nous empêcher de faire ce qui nous importe réellement. Il me semble que si ce n’est là l’une des fonctions, c’est au moins un des effets des débats franco-français sur l’Afrique en général et la colonisation, l’esclavage ou l’immigration en particulier. Prenez la question de la colonisation. À la question : « La colonisation est-elle un crime contre l’humanité ? » ma réponse rapide serait : « Oui, bien entendu. Question suivante? ». Avec les bêtises de Macron, on se retrouve à chercher des arguments pour ce qui nous paraît une position parfaitement naturelle et indiscutable.

Macron a, en quelque sorte, piégé tout le monde. Si l’on se souvient bien, c’est lui qui avait sorti une phrase sur les bienfaits de la colonisation ou autre billevesée de la même eau. Cela lui avait valu les foudres d’une partie de la gauche. J’avais compris son propos réaffirmant que la colonisation est un crime contre l’humanité comme une manière, ratée, de rattraper le coup. Fondamentalement, je crois que Macron est un bullshitter indifférent au vrai.  Ce qu’il dit n’a aucune espèce d’importance parce qu’il dirait le contraire le lendemain s’il le fallait. Par ailleurs, Macron, étant un politique français, parle de la colonisation en référence à l’Algérie. Le problème est que l’Algérie était une colonie très particulière qui pose des problèmes particuliers du fait que du drame franco-français qu’a été le retour de personnes que la France destinait à peupler l’Algérie mais non à revenir en métropole. Ce n’est donc jamais une bonne idée de parler de colonisation en général quand on parle de la relation franco-algérienne. Souvent, quand des français parlent de la colonisation, ils parlent aux français en ayant en tête le sort que de Gaule et consort ont fait aux harkis et pieds noirs. C’est là un drame français. La colonisation française, c’est un empire qui s’étendait de l’Indochine à Dakar.

Maintenant, revenons à la question de savoir si la colonisation est un crime contre l’humanité Prenons l’exemple du Sénégal pour sortir du tête à tête franco-algérien. Certains d’entre nous, les ressortissants des Quatre Communes étaient considérés comme des français de plein droit. Donc techniquement, si repentance il doit y avoir, je suppose que nous devons aussi nous repentir. Et d’ailleurs je crois que nous devrions au moins nous poser des questions sur le rôle des tirailleurs sur la répression des mouvements d’indépendance de l’Algérie à Madagascar en passant par l’Indochine. Pourquoi je dis que la colonisation est un crime contre l’humanité? Tout simplement parce que l’ONU par exemple désigne ainsi toute violation délibérée, organisée et systématique des droits fondamentaux d’un groupe humain en vertu de son appartenance à ce groupe. La colonisation a été exactement celà une violation systématique et continue des droits des indigènes sénégalais externes aux quatre communes par exemple. Ils étaient des sujets français pas des citoyens, ni même des citoyens de seconde zone. On peut faire un catalogue des horreurs de la colonisation. Du travail forcé à l’éducation différenciée en passant par la hiérarchisation des droits et l’arbitraire constant. En face, des calculateurs feront un catalogues des supposés bienfaits de cette même aventure coloniale ; depuis les dispensaires, jusqu’au routes (en oubliant pudiquement que ces routes ont été construites gratuitement, sous le fouet et dans le sang par les populations locales) et au développement de l’agriculture non vivrière. Mais en fait ces bienfaits sont incidents à l’entreprise coloniale. Par exemple, on développe la médecine coloniale parce qu’on a besoin de travailleurs sains pour servir la Métropole. On développe l’économie selon les besoins de cette même métropole. Il n’en demeure pas moins, que dans son principe même, tout comme dans son exécution continue, la colonisation a été un déni de droits fondamentaux des populations indigènes. Il me semble qu’il y a une différence entre le fait colonial et les USA par exemple. L’extermination des indiens est un crime contre l’humanité. L’esclavage atlantique est également un crime contre l’humanité qui a le même caractère constant et durable que la colonisation. En revanche, il est abusif de dire que l’aventure américaine elle même est un crime contre l’humanité pour la raison suivante. Dans son principe même, l’aventure américaine ne s’appuie pas sur un déni systématique des droits fondamentaux d’une partie de sa population.

Une inquiétude des européens est que reconnaître que la colonisation est un crime contre l’humanité et s’en repentir reviendrait à tenir les fils coupables des péchés des pères. C’est là me semble-t-il une réelle inquiétude et une inquiétude légitime. Les fils sont-ils coupables des péchés de leurs pères? Non. Clairement non. Maintenant les fils sont-ils complices des péchés de leurs pères? Seulement s’ils en font l’apologie ou non seulement refusent de les reconnaitre mais contribuent de plus, activement, à falsifier l’histoire pour en édulcorer la face peu glorieuse. Question plus difficile: les fils doivent-ils réparer les fautes des pères? Je n’ai honnêtement pas de bonne réponse. A priori je répondrai non. Mas je comprends ceux qui disent que l’Europe s’étant enrichie en suçant le sang de ses subalternes a une dette non seulement morale mais également économique envers ses anciennes colonies. Il me semble que même si théoriquement on peut défendre cette position, elle est oiseuse au vu des rapports de force géopolitiques.

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Mossack Fonseca boy

Posted in Sénégal by hadyba on avril 11, 2016

Un truc drôle: Celui dont les journalistes prétendent qu’il est le « seul sénégalais ayant travaillé pour Mossack Fonseca«  dirige notre Agence de Construction des Bâtiments et Edifices publics depuis 2014.

Fin de la blague

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Aucune chance

Posted in Sénégal by hadyba on mars 23, 2016

Moi, le 17 février 2015:

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

Le 21 mars, dans la presse:

Les sénégalais étaient aux urnes hier pour approuver ou désapprouver les 15 points de réformes constitutionnelles proposés par le président de la République Macky Sall. (…)

Sur toute l’étendue du territoire national, le nombre de votants a été de 1 959 873, et le camp du OUI a obtenu 1 225 708 des voix, soit un pourcentage de 62,54%/.
Le camp du NON de son côté a obtenu 733 725 des voix, soit un pourcentage de 37,44%.

Un jour, j’aurai la sagesse de ne jamais faire de prédiction politique… un jour…

 

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École de l’imagination

Posted in Sénégal by hadyba on mars 6, 2016

HECTOR

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu (Acte II Scène 5)

Maintenant, voyons un des maitres d’une de ces écoles de l’imagination à l’oeuvre:

« Aujourd’hui, la nomenclature des actes que rend le Conseil constitutionnel est univoque. Il rend des décisions quand on le consulte en matière consultative. Encore une fois, c’est un seul cas car il n’y a pas deux. Il rend une décision »

« En règle générale, le Conseil constitutionnel du Sénégal n’a pas d’attribution consultative. »

…..

« on peut faire la concession que le Conseil constitutionnel a donné un avis ….  il a donné un avis dans le cadre d’une décision »

Professeur Ismaila Madior FALL justifiant la forfaiture de son patron Macky SALL

I am not impressed

Où l’Université tient son rang

Posted in Sénégal by hadyba on février 25, 2016

Il n’y a pas longtemps, notre Premier Ministre s’insurgeait contre ce qu’il percevait comme la République des Professeurs. Il n’avait peut être pas tort de s’inquiéter. Quand l’Université tient son rang, ce n’est pas agréable pour les mystificateurs qui font de la politique. Ainsi, quarante-cinq professeurs de Droit et Science Politique ont pris la plume pour démonter la décision de nos cinq singes pardon Sages et faire éclater la forfaiture de notre Président. Personnellement, j’aime bien la péroraison:

En marge de cet argumentaire technique développé ci-dessus, l’avis du Conseil constitutionnel participe d’une dépréciation de l’enseignement de la science juridique dont l’institution universitaire, à travers les Facultés de droit, se trouve investie. Symbolisant le lieu où la pensée juridique dans ses formes les plus complexes est exprimée, l’Université indirectement voire directement est comptable des façons dont le Droit est dit dans l’espace social. L’avis du Conseil constitutionnel quoique en rupture totale avec les enseignements universitaires est, tout de même, perçu par certains sénégalais comme une incapacité de la science juridique, et par conséquent des juristes universitaires, à formuler un propos clair, éloigné de toute spéculation lorsqu’ils sont saisis de questions éminemment sociétales.
Loin de promouvoir un corporatisme primaire dénué de tout sens éthique, les auteurs de ce manifeste soucieux de restaurer la dignité ainsi que la noblesse de la science juridique, se désolidarisent de cette présentation du Droit comme une discipline où la ruse, la rhétorique creuse, la spéculation… officient en maîtresses. Cette vision du Droit que le Conseil constitutionnel promeut dans l’imaginaire collectif naturellement ne peut rencontrer l’assentiment des universitaires rédacteurs de ces lignes. Plus que des législateurs (jurislateurs) ou des diseurs du droit (magistrats), c’est la conscience du Droit tout bonnement que la communauté universitaire entend incarner, et ce, sans prétention aucune.
In fine, pour paraphraser Ronald Dworkin, les lignes qui parcourent ce manifeste sont une invite à tous les acteurs de la science juridique à prendre le Droit au sérieux.

Le texte entier est publié ici.

Talibés redux

Posted in Sénégal by hadyba on février 24, 2016

« Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »

J’ai déjà parlé ici des talibés. Quand ces enfants ne meurent pas dans des accidents, ils sont régulièrement tués par les soi-disants maîtres coraniques qui prétendent leur enseigner la religion en les en dégoûtant par la torture.

Il y a quelque temps, il a été révélé qu’un de ces soi-disant maîtres faisait fabriquer des chaînes en fer pour attacher les récalcitrants ayant des vélléités de fugue. Quand ce sadique s’est fait arrêter, ses collègues ont non manifesté devant la police, assumé la pratique et il a été libéré.

Regardez bien cette photo publiée par l’Enquête plus:

TalibésEnchainés

Comment ne pas désigner notre exploitation de ces enfants par son nom après avoir vu cette photo? C’est de l’esclavage, ce n’est pas autre chose.

J’avoue que je ne comprends pas comment, en tant que société, nous avons pu perdre suffisamment perdre notre âme pour nous laisser imposer par un ramassis d’escrocs l’idée qu’exploiter des enfants, les faire mendier jour et nuit et les torturer est conforme à notre religion majoritaire.

Puisque nous qui cautionnons ces tortures nous prétendons musulmans, réfléchissons à ce Hadith et essayons de le rendre compatible avec notre indifférence au sort de ces enfants.

Un jour, un bédouin vint trouver le Prophète sallallahu alayhi wa sallam et lui dit : « Vous embrassez vos enfants ? » Le Prophète sallallahu alayhi wa sallam répondit : « Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »

Personnellement, je n’ai pas assez d’agilité intellectuelle pour combiner ce hadith avec notre traitement actuel des talibés.

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