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Sémou Pathé Guèye et Mamdani

Posted in Afrique, Sénégal, Science by hadyba on mai 5, 2011

Ce discours de Mamdani me donne l’occasion de rendre hommage, deux ans après son décès, à mon ancien prof de l’UCAD Sémou Pathé Guèye.

SPG était un philosophe politique, communiste Old School et membre historique de la direction du parti communiste local (le PIT). Pendant tout le temps où il faisait de la politique, il enseignait dans tout un tas de départements de l’université. Nous autres étudiant de philo considérions qu’il était NOTRE prof et c’était juste choquant de croiser un étudiant en sociologie ou en journalisme qui nous disait qu’il était LEUR prof!

Je n’étais plus vraiment l’un de ses étudiants quand je quittais Dakar parce que j’étais résolument dans la filière logique/philo des sciences. J’ai cependant assisté à certains de ses séminaires de troisième cycle. Une dizaine d’années avant son décès,  SPG a mis en place ce séminaire de philosophie contemporaine où ils discutaient de problèmes très actuels. Son idée était qu’il fallait que ses étudiants et lui se saisissent de problèmes qui se posaient à notre société et y réfléchissent sérieusement. C’était là une révolution par rapport à la tradition qui voulait que nos étudiants en philosophie politique travaillent sur des théories abstraites et ne s’intéressent pas à la pratique qui est laissée aux politistes et aux sociologues. Je ne suis pas sûr que SPG ait réussi à réorienter suffisamment ses étudiants pour que des travaux moins généraux que ceux qui portaient sur la Globalisation ou bien sur la Démocratie aient vu le jour. Mais ses efforts en ce sens et son effort symétrique pour inculquer un peu de sens théorique aux futurs sociologues et journalistes sénégalais étaient appréciables.

Le texte de Mamdani me rappelle une histoire qu’il nous avait racontée. Il était invité dans une fac de Washington (L’American University il me semble). Lors de sa conf’ il s’était plaint que les institutions de Bretton Woods nous imposaient des politiques idiotes et ne prenaient même pas la peine de consulter les universitaires locaux qui souvent avaient travaillé des années sur les solutions aux problèmes que nous rencontrions. Le lendemain les gens du FMI ou de la BM l’invitaient à leur rendre visite et lui demandaient:  « Supposons que je vienne chez vous, que je vous montre un plan de développement détaillé. Que je vous demande ce que vous en pensez, que vous me répondiez qu’il est excellent et que d’ailleurs vous aimeriez travailler avec moi. Que je vous recrute pour mettre en oeuvre ce plan en vous payant un salaire bien plus élevé que celui que vous aviez avant. Comment pouvez-vous après cela dire que je vous ai imposé un plan de développement dont vous ne vouliez pas? »

L’enseignement que tirait SPG de cette rencontre c’est qu’avant de critiquer les institutions de Bretton Woods, il faudrait que nous autres intellectuels africains ayons d’une part proposé des politiques de développement différentes et d’autre part dit sincèrement à nos interlocuteurs ce que nous pensions de leur proposition plutôt que de regarder avidement le poste qu’ils pouvaient nous offrir. C’est cette attitude responsable qu’il essayait de promouvoir dans ses différents enseignements au département de philosophie et dans les différentes institutions qui formaient l’élite locale.

Malgré tous les efforts de SPG et d’une poignée de ses collègues, je dois avouer que c’est l’attitude que dénonce Mamdani dans son discours qui est la plus répandue dans mon alma mater tout comme dans les autres universités africaines. Le rêve de la plupart de nos profs est vraiment de devenir des consultants auxquels les institutions étrangères sous-traitent des études empiriques grassement rétribuées. Ils sont souvent indifférents à produire une théorisation de ce qui se passe localement et utilisent des concepts élaborés dans des contextes totalement différents sans essayer de les adapter à ce qui se passe localement ni même vérifier l’adéquation empirique de ce qu’ils écrivent avec la réalité qu’ils sont censés décrire. C’est un cercle vicieux dans lequel, parce que nos universitaires désirent avoir le même niveau de vie que leurs collègues occidentaux, ils répriment leur originalité. Ce faisant, ils se condamnent sans s’en rendre compte à la situation subalterne qu’ils dénoncent et maintiennent l’indigence intellectuelle des universités africaines. Le pire, dans le cas de l’UCAD, c’est que nos profs n’ont même pas l’excuse de la pauvreté: ils ne sont pas mal payés. En plus, c’est une stratégie perdante parce que les seuls intellectuels africains qui intéressent les grandes facs sont ceux qui ne répètent pas bêtement ce que disent leurs collègues.

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2 Réponses

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  1. Mohamadou L. Cisse said, on septembre 25, 2013 at 2:25

    « La generosite intellectuelle de Semou n’etait egal qu’a la profondeur des emprintes qu’il a laisse sur conscience d’une generation ayant compris que rien n’est plus honorable que le travail desinteresse au service des masses »
    M. Cisse
    http://www.africanheritagecelebration.blogspot.com

  2. BD said, on mars 4, 2015 at 11:20

    C Tout Sémou


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