Hady Ba's weblog

Émile Sombel Sarr

Posted in Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on février 16, 2014
I had not thought death had undone so many.
Sighs, short and infrequent, were exhaled,
And each man fixed his eyes before his feet.
T. S. Eliot

Hier, avec une vingtaine d’étudiants et trois collègues, nous avons fait trois heures de route pour présenter nos condoléances dans un village près de Fatick. Un de nos étudiants, Émile Sombel Sarr est décédé samedi dernier. Nous tenions à y aller, à voir sa famille et à leur dire que leur fils appartenait à une communauté pour laquelle il comptait et surtout que la bonne éducation qu’ils lui avaient donnée en avait fait quelqu’un de bien malgré que sa vie ait été courte. J’espère que notre déplacement a pu les réconforter un peu. Nous avons trouvé une famille extrêmement modeste dont la douleur était très digne. En partant, j’ai un peu discuté avec son frère qui semble-t-il s’en est occupé pendant sa dernière semaine de vie. Il m’a confié qu’ils n’avaient aucune idée de certaines des choses que nous avons dites sur Sombel et que ce qu’il regrettait le plus, c’est qu’il n’ait même pas un neveu auquel se raccrocher.

Le décès de Sombel a été un choc pour nous tous. L’une des raisons en est qu’il venait de réussir le concours de la Fastef qui est la faculté de notre université qui forme les futurs professeurs pour l’État du Sénégal. Il avait donc, malgré les embûches de l’UCAD, obtenu un master en philosophie et était à une année d’un vrai salaire et d’un boulot à vie. Dans un pays comme le Sénégal, où la solidarité nationale est une vaste blague et où la pauvreté est endémique, c’est quelque chose d’important. Voir tous les efforts investis par Sombel et sa famille anéantis au moment où ils semblaient sur le point de produire leurs fruits est une horreur.

Il se trouve que je ne connais pas (encore) la plupart de mes étudiants. Je ne les ai pas côtoyés au Département et je viens tout juste d’arriver à la Fastef. As it happens, Sombel était l’un des rares que je connaissais. Je l’avais un peu aidé pour son travail de master quand j’étais au Département de philo et 2012. Il avait proposé un projet de recherche sur le mind body problem et son directeur m’en avait sous-traité le suivi. C’était d’abord un étudiant attachant : il avait un accent sérère très fort et très agréable qui fait qu’en l’entendant parler on avait toujours un petit sourire. Je l’ai (encore) interrogé en classe il y a deux ou trois semaines et avant même qu’il ouvre la bouche j’avais cette joie anticipatrice.  En travaillant avec lui en 2012, j’avais eu l’impression d’un étudiant sérieux et ambitieux. En tout cas aussi ambitieux que je l’étais à son âge. J’avais fait un projet sur le même thème exactement que Bachir m’avait fait envoyer à Pascal Engel. À Sombel, je m’étais retrouvé à faire les mêmes critiques que Pascal Engel m’avait faites : le projet était trop vaste. Il fallait choisir un minuscule point où se nouaient les problèmes et travailler dessus.

Une discussion que nous avons eue avec les collègues est celle de tous les obstacles que cet étudiant avait franchies pour devenir ce qu’il était. Il est né dans un petit village d’un pays très pauvre et très inégalitaire. Dieu seul sait quelle école primaire il a fréquentée. Il a du aller dans la plus grande ville voisine pour le collège et le lycée puis il est arrivé à Dakar pour faire ses études dans une université surpeuplée aux enseignants indifférents ou débordés. Notre système d’enseignement est devenu une mascarade depuis la fin des années 80 avec à tous les niveaux des enseignants sous qualifiés et sous payés. Venant du milieu dont il venait, il était improbable que Sombel ait bénéficié des avantages dont les gens comme moi -qui étions fils d’instituteurs voire plus- ont pu bénéficier pour naviguer dans ce système. Il avait pourtant réussi à y survivre et à en être diplômé.

Je fais désormais parti des vieux cons et mes collègues et moi nous plaignons souvent que nos étudiants sont « nuls » ou qu’ils « n’ont pas le niveau ». La plupart de mes collègues ne le disent jamais aux étudiants se contentant soit de leur donner de mauvaises notes, soit d’adapter leurs exigences à ce qu’ils croient être le niveau de la classe. Je mets un point d’honneur à dire à mes étudiants exactement ce que je pense de leur niveau. Je ne leur dis pas qu’ils sont « nuls » (ils ne le sont pas et pour la plupart, ils ont une qualité que peu de gens ont: ils sont extrêmement motivés: ce sont des survivants) mais je leur dis qu’il y a des choses qu’ils auraient du savoir mais qu’ils ne savent pas. J’essaie d’être aussi précis que possible sur ce dont j’estime qu’ils doivent le savoir et j’essaie de les aider à acquérir ce savoir. Si nos étudiants ne sont pas aussi bons qu’ils le devraient, ce n’est pas leur faute. C’est que collectivement, en tant que société, nous les avons laissé tomber. Les gens qui réussissent actuellement dans notre système scolaire sont des gens qui se meuvent dans ce système accompagnés de privilèges dont ils ne sont même pas conscients. Les gens comme Sombel qui n’ont pas bénéficié des mêmes privilèges mais qui sont arrivés s’en sortir à l’université sont largement plus méritants que moi. Mon rôle en tant qu’enseignant est de les respecter suffisamment pour leur dire la vérité et les inciter à combler les trous que le système laissé dans leur éducation. Ce qui est terrible pour nous avec le décès de Sombel, c’est que nous qu’il avait déjà montré était suffisamment motivé pour dépasser tous les obstacles. C’est vraiment une perte énorme pour notre communauté.

Hydro-guerre au Sénégal #EauSecours

Posted in Oh my God!, Politique, Sénégal by hadyba on septembre 28, 2013

Ça fait maintenant plus de 15 jours que la capitale sénégalaise, Dakar, n’a pas d’eau courante. C’est variable. Une minorité de quartiers a eu de l’eau courante durant toute cette période. D’autres en ont à certaines heures de la journée, habituellement entre 4h du matin et 7-8h du matin. La plupart des quartiers, notamment la grande banlieue dakaroise mais pas uniquement, n’ont pas vu une seule goutte d’eau couler du robinet de toute la quinzaine.

Pénurie

Ces coupures ont commencé le 12 septembre, nous sommes aujourd’hui le 28 septembre aucune amélioration n’est en vue. La cause de la rupture de la fourniture d’eau est l’éclatement d’un tuyau qui se trouve dans un village perdu pas très loin du Lac de Guiers. Le village de Keur Momar Sarr est instantanément devenu célèbre et, le Sénégal étant le Sénégal, tout le monde est devenu ingénieur hydraulique spécialisé dans les tuyaux et canalisations. Le consensus semble être que la Société des Eaux (SDE) est fautive. Ce d’autant plus que l’ancienne société nationale des eaux (Sones) a été démantelée en 96 et divisée en deux boites : une privée ; la SDE vendue à Bouygues et une public, la Sones. Personnellement, je me hâterai d’autant moins d’accuser les méchants pillards capitalistes et étrangers qu’il me semble me souvenir que le rôle de la SDE est de vendre l’eau et de s’occuper des petites réparations alors que la Sones serait chargé du gros œuvre ; d’où cette molle justification. La suite nous édifiera. Le Sénégal ne manquant pas de juristes capables de lire un contrat d’affermage.

Ce qui m’a intéressé, c’est l’incompétence avec laquelle notre gouvernement a géré cette crise.

Les 6 premiers jours, il y a eu exactement zéro réaction de la part d’un membre quelconque de cette auguste équipe. Aucun de nos ministres n’a exprimé la moindre compassion envers le peuple qui souffrait et encore moins proposé de solutions. Puis la presse nous a appris que les Sapeurs pompiers avaient été mobilisés pour distribuer de l’eau à nos prétendues personnalités ainsi qu’aux… hôtels !

Plus que l’absence de réaction gouvernementale, c’est cet amalgame entre personnalités et hôtels qui m’a choqué. Notre élite politique actuelle ne partage pas le sort qui est le lot commun du peuple. D’une certaine manière ça peut se comprendre. Des ministres puants ne nous seront d’aucune aide. Mais pourquoi approvisionner des hôtels dans lesquels résident pour la plupart des étrangers de passage ? Précisément parce que ce sont des étrangers qui s’y trouvent. Nous sommes gouvernés par une élite qui méprise le peuple qui l’a élu mais nourrit des complexes face aux étrangers surtout blancs.

Quoiqu’il en soit notre gouvernement a fini par se rendre compte qu’il y avait un petit problème. Nous avons d’abord eu droit au sinistre Latif qui a affirmé que le gouvernement n’était pas fautif, la SDE étant une entreprise privée. Ensuite ce furent les rodomontades de Mimi Touré notre première ministre et les promesses de notre ministre de l’hydraulique. Après avoir été dûment tancée, la SDE a achevé les réparations en début de semaine… pour voir le tuyau exploser de plus belle. Mimi Touré s’est donc rendue à Keur Momar Sarr et s’est fait filmer en train d’engueuler le directeur de la SDE. Elle a promis la fin de l’impunité de la SDE et ordonné au directeur de la SDE de rester dans ce bled pourri tant que le tuyau ne serait pas réparé. J’aurais adoré que le directeur de la SDE lui signale 1) qu’en tant que privé il n‘avait pas d’ordre à recevoir de la première ministre et 2) que c’était l’État et en l’occurrence le ministre de l’hydraulique de l’époque à savoir un certain Macky Sall qui avait commandé ce tuyau problématique pour commencer ! Mais le directeur de la SDE semble être un homme pondéré.

Jeudi alors qu’on espérait un retour de l’eau le lendemain, le tuyau a de nouveau explosé expédiant 6 ouvriers à l’hôpital. Voyant enfin que la situation était grave, notre Président de la République décidât de prendre les choses en main.

Stephen Colbert avait eu une phrase dévastatrice pour Bush après Katrina :

I stand by this man. I stand by this man because he stands for things. Not only for things, he stands on things. Things like aircraft carriers, and rubble, and recently flooded city squares. And that sends a strong message: that no matter what happens to America, she will always rebound—with the most powerfully staged photo ops in the world.

Macky Sall et son équipe ont décidé de montrer au monde que le Sénégal aussi savait mettre en place des photo-ops dignes de Bush Jr. Pour que la référence fut claire, notre Président commença son offensive par une référence à Kartina et par une injonction religieuse digne de Bush Jr : « Quand il y a des difficultés il faut s’en remettre à Dieu. » Puis il continua en menaçant un peu les éventuels fauteurs de troubles : « Ce n’est pas en brûlant des pneus qu’on arrivera à déstabiliser le pouvoir »

Le soir même le Président se fit habiller en militaire par son équipe de com’ et se rendit à Keur Momar Sarr. C’est donc officiel, Son excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal, Chef des armées a décidé de faire la guerre au tuyau de Keur Momar Sarr. Mettons donc-les images pour effrayer un peu ce tuyau.

DébarquementMackyen

MiliMacky

Maintenant, cet accoutrement est la chose la plus stupide qu’une équipe de com’ sévissant au Sénégal ait jamais pondue. Et Dieu sait que nous avons eu droit à notre lot de communicants !

D’abord, Macky Sall fait bien 450 kilos ce qui n’est pas génial pour donner l’image d’un chef de guerre. Ensuite, même si au Sénégal nous respectons notre armée, la société n’est absolument pas militarisée et les gens ne sont pas habités par une admiration délirante pour les hommes et femmes en uniforme. Ces derniers sont simplement des citoyens sénégalais, certes fiables et respectables mais pas plus que le reste du corps social. Nous n’avons absolument pas la tentation de voir un militaire prendre le contrôle du pays pour mettre de l’ordre dans les affaires civiles. Nous préférons notre désordre démocratique même s’il produit des dirigeants comme Macky Sall. Enfin, c’est une occasion en or pour les opposants de parler de tentation dictatoriale de la part de Macky Sall. Ils vont affirmer qu’il veut instaurer une dictature militaire et qu’il se prend pour son Excellence Yaya Jammeh.

Le pire dans tout ça, c’est que ça n’effraiera même pas le tuyau de Keur Momar Sarr et que ce tuyau ne se réparera pas tout seul, impressionné par la prestance militaire de Macky Sall… Décidément, ce mandat sera  long !

MackyFatigué

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Macky Sall vs Abubacarr Saidykhan Ceesay

Posted in Sénégal by hadyba on août 15, 2013

Je ne trouve pas vraiment que la société sénégalaise soit à ce point tolérante ni particulièrement accueillante pour l’étranger ou même la simple différence. Il y a certes une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans mais il serait pas exemple inconcevable qu’un Sénégalais actuel se déclare athée et à part chez les sérères, aucune famille sénégalaise n’accepterait qu’un des siens change de religion sans au moins le renier. Notre soi disant accueil bienveillant des étrangers n’est souvent qu’un leurre destiné à les dépouiller méthodiquement, avec un sourire hypocrite et sans aucun scrupule de leur argent. Je ne parle même pas de notre système légal dont le droit de la nationalité ôterait toute velléité de faire la leçon aux français que nous qualifions régulièrement de racistes.

Par un miracle sans doute du à l’activisme de Senghor et à la qualité de nos premiers dirigeants, nous avons réussi à maintenir une fiction prégnante selon laquelle le Sénégal serait le pays par excellence de l’hospitalité. Nous avons même réussi à imposer à tous les journalistes paresseux du monde le label pays de la Téranga. Nous sommes le pays de la Téranga. Nos équipes nationales sont passées de Lions à Lions de la Téranga. Et quiconque veut passer pour un spécialiste du Sénégal n’a qu’à prononcer le mot Téranga ; il nous flatte et passe pour expert. Ce mot teraanga vient du wolof et se traduirait par un mixte entre être hospitalier et faire des honneurs. Supposément, nous n’accueillerions pas seulement les étrangers, nous les comblerions d’honneurs. Bien sûr cela arrive mais l’étranger en question a intérêt à ne pas être trop pauvre et à ne pas trop s’attarder dans nos pattes.

Quoiqu’il en soit, que la téranga soit une réalité ou pas, la vérité était que notre état de droit garantissait jusqu’à très récemment les droits des étrangers en les traitant exactement avec la même indifférence qu’il traite nos concitoyens. Beaucoup de jeunes étrangers vivant ici ne découvraient pas exemple la différenciation des droits entre leurs camarades sénégalais et eux qu’au moment du bac en se rendant compte qu’ils devaient vraiment payer des droits exorbitants pour passer le premier examen universitaire du pays. Le Sénégal étant une démocratie, les hôtes étrangers vivant parmi nous bénéficiaient naturellement des droits dont jouissent les citoyens sénégalais. L’un de ces droits est la liberté d’expression. En tant que citoyens sénégalais nous nous faisons une joie d’agonir nos dirigeants. Nous les élisons pour avoir quelqu’un à blâmer pour ce qui ne marche pas ; ce qui marche étant bien entendu dû à notre génie propre, à nos marabouts ou à toute autre cause que nous choisissons. Bien sûr, les étrangers vivant au Sénégal ont tous les droits de participer à ce sport national. Nous ne faisons pas vraiment de différence entre indigènes et étrangers quand il s’agit de dire du mal de nos politiciens.

Les étrangers ayant le droit d’agonir nos dirigeants, ils ont a fortiori le droit de critiquer les leurs quand ils vivent chez nous. Le Sénégal a une longue tradition d’accueil d’activistes politiques en délicatesse avec leurs gouvernements, que ces gouvernements soient démocratiques ou dictatoriaux. C’est tout naturellement que les étrangers vivant ici se servent de leur liberté d’expression pour critiquer un régime n’acceptant aucune critique interne. Il n’a jamais été question pour aucun gouvernement sénégalais, de Senghor à Wade, de restreindre la liberté d’expression des étrangers. Il eut été en effet paradoxal qu’un chef d’État se faisant traiter de tous les noms par sa propre presse se fasse dicter des lois liberticides par ses collègues étrangers.

Macky Sall semble avoir moins peur du paradoxe que ses prédécesseurs. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le Sénégal semble vouloir renoncer à son label de pays de la Téranga pour complaire aux diktats de despotes que nous n’avons pas élus. C’est maintenant au moins la troisième fois que le gouvernement de Macky Sall s’emploie à éloigner du territoire national un hôte étranger n’ayant d’autre tort que d’avoir usé de sa liberté d’expression. Le Sénégal accueillait depuis des lustres Koukoy Samba Sagna opposant gambien. Dans sa folle jeunesse ce dernier avait fomenté un coup d’État contre Daouda Diawara premier président de son pays. Un corps expéditionnaire sénégalais avait empêché le coup d’État ; le Sénégal avait néanmoins accepté Koukoy Samba Sagna comme réfugié politique. Ce dernier avait même fini par acquérir la nationalité sénégalaise. Nonobstant ce fait le gouvernement de Macky Sall a pris sur lui d’expulser du Sénégal un Koukoy malade causant par là même sa mort au Mali. En mars dernier notre gouvernement nous a fait honte en essayant de complaire au dictateur Tchadien en expulsant Makaila NGuebla vers la Guinée. Cela avait donné l’occasion à la France de nous donner une magistrale leçon de Téranga en l’accueillant comme réfugié politique. L’on aurait cru que notre gouvernement comprendrait que, vues les valeurs et la réputation du Sénégal, essayer de complaire aux dictateurs étrangers en éloignant leurs opposants de notre territoire national n’était pas une bonne idée. Apparemment c’est gens là n’apprennent jamais. PressAfrik nous apprend en effet qu’ils essaient encore une fois d’expulser un réfugié politique Gambien, le journaliste Abubacarr Saidykhan Ceesay.

Présenté comme un journaliste d’investigation, il avait dénoncé l’exécution en Gambie des sénégalais Tabara Samb et Djibril Bâ et a voulu à l’époque organiser une manifestation de protestation. Ceesay était arrêté et emprisonné après sa libération avec l’intervention de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Banjul, il s’était refugié à Dakar.
Abubacarr Saidykhan Ceesay
Abubacarr Saidykhan Ceesay

Aujourd’hui, des informations font état de sa possible expulsion vers Banjul car il demeure critique vers les autorités gambiennes.

Au bout de trois expulsions, on peut considérer qu’il ne s’agit pas là d’accidents mais d’une inflexion majeure de la politique diplomatique Sénégalaise. Le Président Macky Sall a clairement décidé que ses relations avec des dictateurs étrangers étaient plus importantes que la tradition sénégalaise qui veut que nous fussions un pays respectueux des droits des étrangers. Cette inflexion a été adoptée sans aucun débat démocratique. Au moment de renouveler le mandat du Président de la République, nous saurons nous en souvenir. En attendant, j’espère que la presse et notre opinion publique se mobiliseront suffisamment pour que M. Ceesay reste au Sénégal.

Le Sénégal est-il un narco-État?

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 19, 2013

Je trouve qu’il y a quelque chose de vexant à ce que le Sénégal devienne un narco-état sans que j’en sois prévenu. C’est comme toute cette histoire de Obama qui vient au Sénégal mais qui ne fait aucun effort pour me rencontrer !

Plus sérieusement, du temps de Wade, j’avais eu une discussion avec un ami spécialiste de ces choses là et je lui disais que le Sénégal était bien paradoxal. La condition pour que Wade pille le pays était qu’il nomme à tous les leviers de pouvoir de êtres non seulement incompétents mais totalement dénués de scrupules. Il ne s’en est pas privé et tous les rapports de la Cour des Comptes et des organisme étatiques chargés de signaler les faits de corruption montraient que les gangsters de Wade ne se privaient pas de piller le pays avec encore moins de subtilité que le Président et sa famille. La presse sénégalaise, étant bien plus libre que la française, ne se privait pas de signaler ces turpitudes même si elles étaient royalement ignorées par notre justice aux ordres. Au moins deux États voisins du Sénégal (la Guinée Bissau et la Gambie) étaient devenues des plaques tournantes du trafic de drogue. Le paradoxe sénégalais que j’identifiais était que le Sénégal ne s’était de toute évidence pas transformé en narco-état. Je n’arrivais pas à comprendre une aussi anormale vertu de la part de la bande de gangsters dont le président Wade s’était entouré. Notre hypothèse était que le Sénégal était bien trop sous la coupe de la France et des USA pour que cette ligne rouge soit franchie.

À présent, il y a deux bonnes raisons de croire que le Sénégal est bien un narco état mais que, aussi vexant et douloureux à envisager que ce soit pour moi, je n’en ai pas été informé.

La première raison est l’épisode de ABC. Alioune Badara Cissé, ancien ministre des affaires étrangères et très proche du Président Macky Sall avait été viré sans ménagement du gouvernement. Peu après la presse (un exemple…) avait commencé à dire qu’il l’avait été parce qu’il avait des accointances avec un trafiquant de drogue nigérian incarcéré à Saint Louis. Ça m’avait paru tellement énorme que j’avais mis ça sur le compte des exagérations habituelles d’une presse trop libre. Quelle ne fut ma surprise de prendre un verre à Paris avec un prof spécialiste du Sénégal et de me voir confirmer que non seulement c’était vrai mais qu’en plus c’étaient les américains qui avaient intercepté ses conversations et exigé sa tête. Merci Prism :-) !

Seconde raison de se poser des questions. Bien avant que cette histoire n’éclate un ami m’avait confié qu’après avoir arrêté un trafiquant de drogue, le nouveau chef de notre service antidrogues (le Commissaire Keita) s’était vu proposé de reconduire le même deal que le trafiquant de drogues avait avec son prédécesseur. Quel deal donc? interrogea le commissaire alléché  Vous me confiez toute drogue que vous saisissez et je la revends pour votre compte ! Lui fut-il répondu. Le commissaire stupéfait écrivit vertueusement un  rapport retranscrivant ce dialogue et le transmit à qui de droit. Maintenant, il faut savoir que le prédécesseur en question (le Commissaire Niang) était entre temps devenu Directeur Général de la Police Nationale ! Que se passa-t-il donc ? Le vertueux commissaire Keita se fit relever de ses fonctions et on essaya de faire passer toute cette histoire pour un règlement de comptes entre flics. Sauf que la presse a eu vent de l’affaire et qu’apparemment Interpol et les services US s’intéressent à notre DGPN.

Au total, nous avons deux cas de personnes très proches du cœur du pouvoir sur lesquels des soupçons de narcotrafic se portent. J’ai tendance à penser qu’un cas isolé peut être ignoré mais que quand il y en a deux, ça devient suspect. Certaines questions se posent. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de procédure judiciaire dans le cas ABC ? Pourquoi la première réaction de notre gouvernement a-t-elle été d’essayer d’étouffer toute cette histoire ? Y a-t-il de vraies enquêtes de moralité avant que notre Président de la République ne nomme ministre et hauts fonctionnaires ou bien le fait-il au gré de ses humeurs ? Et enfin, le Sénégal est-il -et jusqu’à quel point- gangrené par des réseaux trafics de drogue qui seraient  nichés au cœur du pouvoir ? Si ces questions ne sont pas franchement posées et si une réponse claire n’est pas apportée à chacune d’elles, il sera logique de penser que nous sommes un narco-état à l’instar de la Gambie et de la Guinée Bissau… auquel cas, le commissaire Keita (et dans une moindre mesure l’auteur de ce post) pourrait bien être victime d’un accident pas très accidentel :-)

Faites le calcul

Posted in France, immigration, Sénégal by hadyba on juin 21, 2013

Une chose intéressante dans cette histoire de renonciation par Mme Dramé au visa qui lui a été attribué par le Consulat de France à Dakar est ce que révèle la réponse du consul. Il répond entre autres que:

Le consulat traite 32 000 demandes de visas par an, chaque préposée reçoit 35 à 40 personnes par jour

Maintenant, regardez cette fiche. Un visa coûte autour de 30 000 Francs CFA. Cela veut dire que les visas rapportent à l’ambassade de France au Sénégal 32 000×30 000= 960 000 000 de Francs CFA = 1 476 923, 08 d’euros.

Si comme Mme Dramé ou moi vous savez calculer et savez parfaitement que la plupart des demandeurs se voient refuser leur visa de manière arbitraire par un Consulat qui gardera quand même le fric, alors, je comprends qu’un guichetier qui vous regarde de travers, vous énerve. Des gens qui rapportent à une administration 1 million d’euros annuel sont en droit d’en attendre de la reconnaissance. Ce n’est clairement pas avec reconnaissance qu’on m’a traité quand je suis allé au Consulat de France à Dakar, bien au contraire. Peut être est-ce ça le vrai problème plutôt que de savoir si Mme Dramé a été insultée ou non comme se le demande M. le Consul:

le contact a peut-être été froid, peu cordial. La seule chose que je sais c’est qu’il n’y a pas eu d’insultes.

Mme Dramé contribue à redéfinir les termes de l’échange et c’est une bonne chose. Nos autorités devraient en prendre la graine.

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État du Sénégal vs Makaila Nguebla

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on mai 27, 2013

Ce qui est pathétique dans cette justification par notre gouvernement du fait d’expulser du territoire Sénégalais un réfugié politique tchadien, c’est la contradiction qui se trouve pile à la fin du communiqué.

 Après avoir déshonoré notre pays en convoquant et en virant manu militari un citoyen tchadien présent au Sénégal depuis 2005 et auquel nous avons systématiquement refusé non seulement le statut de réfugié politique mais même le moindre titre de séjour l’autorisant à légalement résider dans ce pays, notre gouvernement est à la peine face au tollé suscité au Sénégal et à l’étranger par sa forfaiture. Il est en effet difficile d’expliquer qu’un blogueur dénonçant une dictature est plus dangereux que les milliers d’étrangers dépourvus de titre de séjour qui vivent dans ce pays sans être inquiété par qui que ce soit. Surtout quand on sait que certains de ces étrangers ont gouté aux joies des prisons sénégalaises sans qu’à leur sortie nous ayons jugé que leur délinquance était un motif d’expulsion.

Même si tout ceci me fait infiniment honte, je suis heureux que la mobilisation ait lieu et ne serai satisfait que si notre gouvernement se décide à adopter la seule attitude honorable : s’excuser pour avoir inconsidérément bouleversé la vie de Makaila Nguebla et lui attribuer un document lui permettant de vivre paisiblement dans ce pays et de voyager. Nous autres, citoyens sénégalais, sommes fiers de vivre dans un pays où nous avons le droit d’user de notre liberté d’expression pour critiquer nos gouvernants. Nous n’élisons pas ces derniers pour qu’ils servent de supplétif à des dictateurs étrangers.

Revenons au communiqué en question : les amateurs qui gèrent notre communication gouvernementale essaient de nous faire gober que l’expulsion de M. Nguebla entre dans le cadre d’une opération de police routinière. Cet homme, nous disent-ils, vit au Sénégal de manière illégale, il l’a reconnu, nous l’avons expulsé du pays. Fin de l’histoire. Soit. Un crétin fini, ignorant de la présence d’étrangers sans titre de séjour au Sénégal, aurait pu gober cette histoire. Sauf que nos communicants ne peuvent s’empêcher de se vanter de leur magnanimité ruinant par là leur argumentaire. Ils affirment en effet que :

 ‘’M. Nguebla a alors reconnu être dans une situation irrégulière avant de solliciter la bienveillance des autorités sénégalaises, afin qu’il lui soit accordé la possibilité de choisir un pays d’accueil où sa sécurité serait garantie’’, a dit M. Guèye, dans le communiqué.

Cette dernière demande, poursuit la même source, lui a été accordée par lesdites autorités ‘’qui l’ont, du reste, assisté jusqu’à son départ du territoire national, le 08 mai 2013’’.

Seulement, si Monsieur Nguebla n’est pas un réfugié politique si sa vie n’est pas en danger, quelle pertinence y a-t-il à le laisser choisir un pays où sa vie ne serait pas menacée ? Si nous reconnaissons qu’il y a des pays dans lesquels sa vie serait menacée n’est-ce pas là une raison suffisante de respecter nos obligations internationales, de lui reconnaitre le statut de réfugié politique et de veiller a son intégrité physique.

PS: Je dois avouer que ce qui me consterne le plus dans cette histoire, c’est le total amateurisme dont font preuve nos autorités incapables de voir où est leur propre intérêt ainsi que celui de notre pays et encore plus incapables de donner une justification cohérente de leurs choix. Plus que leur forfaiture, c’est leur stupidité qui m’inquiète.

Her Taylor is rich!

Posted in Sénégal by hadyba on avril 24, 2013

Maitre Wade avait promu une bande de gangsters incompétents et sans scrupule. De telles nominations lui permettaient d’installer dans les principaux lieux de pouvoir des pantins lui obéissant au doigt et à l’oeil et dont les excès masquaient le pillage systématique des ressources du pays par sa famille et lui. Les sénégalais n’ont cependant pas été longtemps dupes et il était clair bien avant la fin de son mandat que  le peuple ne supporterait pas que les crimes des Wade demeurent impunis. Je ne sais pas à quel point Macky Sall est personnellement convaincu de la nécessité de poursuivre les Wade. Il est possible qu’il ne le fasse que parce qu’il sait que s’il ne le faisait pas, le peuple se retournerait contre lui. Quoiqu’il en soit, bien que le Présidet Sall ait affirmé que Mr Wade lui-même ne serait pas inquiété, Karim Wade est pour l’instant en prison et je ne désespère pas que les enquêtes en cours ne révèlent des faits tels que les juges n’auraient d’autre choix que de juger Mr Wade.

Si Macky Sall semble avoir compris la nécessité de faire traduire en justice au moins une partie de la bande gangsters de Wade, il ne semble pas avoir conscience du fait que si nous avons cette exigence, c’est parce qu’au delà des mots et des symboles, nous aspirons à un État véritablement vertueux où les nominations se feraient selon le mérite et non selon le bon vouloir d’un Président que se prendrait pour un prince.

Non content de nommer ses alliés politiques à des postes de Président de Conseil d’Administration d’entreprises publiques sans tenir compte de leur totale absence de qualifications, le Président Sall semble se croire obligé de trouver de lucratifs points de chute à tous les parents et alliés de son épouse. À chaque lendemain de Conseil des Ministres, la presse a désormais beau jeu de décortiquer les nominations pour pointer les liens de parentés entre les personnes nommées et soit le couple présidentiel, soit un des proches. Les choses deviennent caricaturales quand un mec qui se présente comme le tailleur Mme Sall se sent obligé de donner une interview pour justifier sa nomination par le Président de République au Conseil Économique Social et Environnemental et affirmer qu’il ne la doit pas au simple fait d’avoir cousu des tuniques pour notre Première Dame. L‘interview en elle-même est instructive. Prenez sa réponse à la question de savoir s’il croit mériter sa nomination:

Vous pensez donc que votre nomination au CESE méritée…?

(Il coupe) Nous sommes en politique. Si aujourd’hui je suis membre du CESE, c’est parce que je le mérite. J’ai un parcours politique avec une base solide à Biscuiterie.

Le problème justement, c’est que le CESE n’est pas censée être politique. C’est censé être un groupe de personnalités indépendantes et qualifiées qui peuvent aider à définir les orientations que prendra le pays. La liste des personnalités choisies par le Président de la République est non seulement ridiculement politique mais surtout composé de personnalités pour la plupart totalement dénuées de la moindre expertise valable pour la définition de la moindre orientation en matière politique publique. Il aurait été admissible que Macky Sall choisisse, parmi ses affidés, des personnes compétentes pour peupler ce CESE ou qu’il ne mette qu’une poignée d’incompétents. Mais là, on a juste l’impression que la compétence est le dernier des souci d’un président de la République uniquement préoccupé par le fait de récompenser des leaders politiques et des personnalités médiatiques qui autrement lui auraient pourri la vie. Revenons à notre tailleur, comment voit-il son apport à ce noble Conseil?

Qu’est-ce que vous comptez apporter au Conseil économique, social et environnemental ?

Le CESE est une institution. Nous y sommes pour représenter le peuple sénégalais. Notre rôle c’est d’écouter les populations et de poser les problèmes concernant la demande sociale. J’ai accepté de siéger au CESE et je compte jouer mon rôle de représentant du peuple.

Clairement ce mec confond ce Conseil avec l’Assemblée nationale. Notre peuple élit ses représentants; ils siègent Place Soweto et votent les lois, pas au CESE.

L’on pourrait se dire qu’un peu de népotisme n’est pas vraiment évitable dans une démocratie et que peupler le CESE de politiques incompétents n’est pas dramatique mais il faut rapprocher ça du fait que le Procureur de Dakar a été relevé de ses fonctions hier. Macky Sall a parfaitement le droit de relever un Procureur de la République et de lui accorder une promotion ailleurs. Le problème, c’est que c’est un secret de polichinelle que M. Diagne a été relevé pour avoir refusé d’accorder un non lieu au délinquant dont on voit les agissements dans le film ci-après.

Certes, le délinquant en question est député de la République du Sénégal et membre d’un parti allié du Président de la République. N’empêche qu’un tel mépris pour l’indépendance de la justice me parait inquiétant. La bonne nouvelle c’est que jusqu’à preuve du contraire, c’est le peuple sénégalais qui a élu Macky Sall et si l’envie nous en prend, nous pouvons le démettre et exiger de son successeur qu’il fasse rendre des comptes à tous ceux qui ont bénéficié de son népotisme. Et nous recommencerons autant qu’il le faudra pour que nos politiciens comprennent qu’ils sont élus non pas pour régner mais pour gérer les affaires du pays en notre nom.

 

 

L’APR me guette

Posted in Sénégal by hadyba on avril 15, 2013

Moi le 9 septembre 2012:

Je m’engage solennellement, si jamais le fric volé par la famille Wade est rapatrié et si un membre de la famille Wade va en prison, à ne plus jamais écrire quoi que ce soit de négatif envers le Président Macky Sall et à faire activement campagne pour sa réélection.

 

Aujourd’hui sur twitter via @annagueye :

#Obs #Sénégal #SunuAudit RT @Babacar1Ndiaye L’ancien fils du Président #Wade et Ministre Karim Wade aurait été arrêté à son domicile après la mise en demeure de 30 jours. Karim Wade avait 30 jours pour justifier une fortune de 694 milliards de FCFA.Cueilli chez lui, Il se trouverait à la section de recherche de la gendarmerie de Dakar selon la radio sénégalaise RFM

Il faut certes qu’ils rapatrient l’argent mais je crains que la militance à l’APR et l’obséquiosité envers le Président Macky Sall ne me guettent.

PS: En attendant que je ne la ferme sur tous les agissements de notre Président, suis-je le seul à être choqué par le non respect de la parité dans la composition du CESE?

 

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Irresponsabilité présidentielle

Posted in Sénégal by hadyba on avril 12, 2013

Le problème avec Macky Sall, c’est qu’il semble tellement obnubilé par sa future réélection qu’il fait et dit n’importe pour peu qu’il pense que ça peut l’aider à atteindre ce but. Le summum de la démagogie irresponsable et criminelle a été atteint hier avec sa déclaration en Conseil des ministres concernant la dépénalisation de l’homosexualité.

D’abord un peu de contexte. Lors de la campagne présidentielle, Macky Sall avait tenu des propos, certes courageux, mais totalement ineptes vu le contexte : il avait dit qu’une fois élu il légaliserait l’homosexualité avant de rétropédaler devant le torrent homophobe déversé sur lui par ses adversaires. Depuis lors, il est soupçonné d’homophilie voire de franc maçonnerie* et il est compréhensible qu’il marche sur des œufs dès que le sujet de l’homosexualité est abordé. Après sa lamentable rencontre groupée avec Obama, la presse a sorti de je ne sais où qu’Obama avait demandé à ses vassaux dont Macky Sall de cesser d’emmerder les homos s’ils veulent bénéficier de l’aide US. Du coup des imams et démagogues de tout poils se sont mis à interpeller le Chef de l’État sur son prétendu plan de dépénalisation de l’homosexualité. Hier donc, le Chef de l’État a cru bon de faire la précision suivante :

Pour conclure sa communication, le Chef de l’Etat a tenu à réagir sur le débat public en cours portant sur la dépénalisation de l’homosexualité au Sénégal. A ce sujet, il a souligné avec fermeté que l’Etat n’a jamais envisagé une telle option, qu’il exclut totalement sous son magistère. Il a réitéré son ancrage  dans nos valeurs culturelles de base qui ne peuvent s’accommoder d’une option de dépénalisation de l’homosexualité.

En quoi est-ce irresponsable voire criminel ? En fait, supposons que vous soyez homo et que vous lisiez ça, que feriez-vous ? Il est probable que vous vous disiez que la chasse aux gays est ouverte et que vous fassiez tout pour cacher votre orientation sexuelle. Quelle est la meilleure manière de le faire ? Courir les jupons et coucher avec le maximum de filles me paraît une stratégie gagnante. Coucher clandestinement avec des mecs mais draguer ouvertement et au besoin coucher sans discrétion avec le maximum de filles ? Maintenant croisez cette stratégie avec le fait que si le taux d’infection au VIH est très bas chez les hétérosexuels sénégalais (0 ,7%), il est extrêmement élevé chez les homosexuels sénégalais (21,8%).  Il est même plus élevé chez nos homos mâles que chez nos prostitués (18,5%). (Source)

Vous voyez où je veux en venir ou bien vous voulez un dessin ? Quelle est la probabilité qu’un mec qui couche clandestinement avec un autre mec ait tout le temps des préservatifs avec lui et se protège correctement ? Quelle est la probabilité que ce mec change de comportement avec une fille alors qu’il prend toujours des risques dans la partie de sa vie sexuelle qui lui importe ? Quand on se met à stigmatiser et à harceler les homos, tout ce que l’on réussit, c’est à s’assurer les conditions pour une propagation du virus du SIDA dans la population générale. Nous sommes un pays où les gens se marient sans tests prénuptiaux et couchent sans préservatif. Si les médecins et les ONGs s’émeuvent de la traque aux homos, c’est peut être aussi par humanisme, mais c’est surtout parce que c’est un problème de santé publique. Le président de la République vient juste d’augmenter le risque que la partie de notre population la plus vulnérable et la moins bien informée se fasse contaminer par une maladie que nous n’avons pas les moyens financiers de traiter. On ne fait pas plus irresponsable.

Et by the way, faut arrêter avec cette histoire selon laquelle nos « valeurs culturelles de base qui ne peuvent s’accommoder d’une option de dépénalisation de l’homosexualité ». D’abord cette notion de « valeur culturelle de base » n’a aucun sens dans un pays multi-ethnique et multiculturel comme le Sénégal et d’autre part, quiconque est né au Sénégal avant les années 80 a assisté à des sabaru gordjiguènes et autres cérémonies familiales dans lesquelles les homos jouent un rôle social traditionnellement bien délimité. Si quelque chose est contraire aux traditions sénégambiennes, c’est bien notre homophobie actuelle qui est une conséquence directe de lois héritées de la colonisation et de la globalisation qui fait que nous posons le débat sur l’homosexualité selon des termes définis par la culture occidentale dominante.

……..

*  « Franc maçon » étant la disqualification suprême au Sénégal, pays très religieux mais tolérant par certains cotés. Les gens semblent penser que si vous êtes athée, vous êtes à plaindre alors que si vous êtes franc maçon, vous appartenez à une anti-religion satanique complotant jour et nuit pour combattre Dieu. Vous êtes donc un laboureur du Mal absolu. Notons que nous avons toujours eu tendance à soupçonner nos dirigeants d’être franc maçons surtout quand nous sommes dans l’opposition

Macky an 1

Posted in Sénégal by hadyba on mars 25, 2013

Ça fait un an que Macky Sall est Président de la République du Sénégal.

Un journal local a cruellement titré "L’année perdue!". Même si cette année de règne de Macky Sall est incomparable avec l’entreprise de destruction systématique de tout ce que ce pays avait de valable qu’a été le règne de Maitre Wade, on ne peut s’empêcher d’être déçu par cette première année de Macky Sall. Son premier discours était parfait. Il avait rappelé ce qui nous tenait à coeur à savoir que nous voulions demeurer une République démocratique mettant la justice économique et sociale au coeur du fonctionnement de l’État. Il avait averti ses partisans qu’il ne les protègerait pas et que, selon sa belle formule, "la patrie venait avant le parti." Malheureusement, tout ceci est en grande partie resté un discours. Les nominations aux postes de la Haute Administration publique considérés comme "juteux" ont continué à se faire, non pas au mérite, mais pour récompenser les affidés de M. Sall. Ce faisant, notre nouveau Président, ancre définitivement dans l’esprit des sénégalais que pour vraiment réussir, rien ne sert de travailler et de mener une carrière exemplaire au service de l’État; le seul moyen, c’est de militer dans un parti politique.

Toujours concernant l’omniprésence du politique, probablement par souci d’assurer son pouvoir, Macky Sall s’est entouré d’une large coalition. Justement, cette coalition est trop large. Il n’y a quasiment plus d’opposition crédible et en plus cela nous donne l’impression, plus ou moins justifiée, que la classe politique a trouvé un gentlemen’s agreement pour se partager les ressources de l’État sans qu’aucun d’eux ne soit frustré. Cette impression est renforcée par le fait que le Parti de Macky Sall n’a même pas la dignité de rejeter le ralliement de responsables politiques venus du Parti de Maitre Wade. À quoi ça sert que nous ayons viré Wade si sa bande de gangsters peut tranquillement faire allégeance au nouveau sheriff et continuer ses méfaits? De plus comment pouvons-nous parler de démocratie s’il n’y a aucune voix crédible pour porter les désaccords qui surgissent? Cette situation est d’autant plus dangereuse pour le pays que les seules forces actuelles à s’opposer frontalement au Président Wade sont soit le PDS de Wade, soit le parti de Idrissa Seck, qui conformément à la duplicité de son chef, est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition au pouvoir. La hantise de tous les sénégalais est d’avoir à élire un Président comme Seck dont nous sommes intimement persuadés qu’il est au moins aussi maléfique Wade mais plus jeune. Nous n’aurions cependant pas d’autre choix s’il était le seul opposant à un Macky Sall qui aurait continué à s’auto-saboter comme il le fait actuellement.

Les enquêtes sur les biens mal acquis progressent certes, et à défaut de mettre Abdoulaye Wade en prison, nous devrions y envoyer son fils. Même ces enquêtes laissent cependant un goût amer au peuple. Non seulement elles sont lentes (comme il est normal qu’elles le soient) mais les déclarations intempestives des ministres et des cadres du parti au pouvoir montrent que ces gens là n’ont aucun sens de l’indépendance de la justice. S’ils continuent à intervenir à tout bout de champs, ils risquent de tellement discréditer notre système judiciaire que toute décision qui serait rendue serait perçue comme illégitime et pourrait être cassée par la Cour de Justice de la CEDEAO qui nous a déjà infligée un camouflet cinglant.

Encore une fois il n’y a aucun doute que Macky Sall vaut infiniment mieux que Wade. Il serait cependant temps qu’il se mette à la hauteur du peuple qui l’a élu, cesse de s’entourer d’amateurs et de cajoler les politiciens pour faire ce pour quoi il a été élu i.e. faire respecter la loi dans tous les domaines et promouvoir la justice sociale. J’avoue que j’ai très peu d’espoir qu’il y arrive mais j’espère me tromper.

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