Hady Ba's weblog

Indomptable âme

Posted in Poésie by hadyba on mars 29, 2015

On peut, probablement avec raison, lire Invictus comme une affirmation de la supériorité de l’âme humaine sur les cruelles et aveugles circonstances. Ce qui me frappe et me fascine quant à moi, c’est la modestie qui se dégage du premier quatrain.

Out of the night that covers me,

Black as the pit from pole to pole,

I thank whatever gods may be

For my unconquerable soul.

Henley ne se congratule pas ; il remercie les divinités, quelles qu’elles se trouvent être, pour son âme indomptable. L’on pourrait penser qu’une telle évocation, sceptique au possible dans sa forme, n’est que rhétorique. Il est possible que telle ait été l’intention de Henley. Je la trouve néanmoins très profonde. Une chose dont je me rends de plus en plus compte en effet, c’est que notre perception des évènements n’a pas grand chose à voir avec une mesure supposée objective de leur gravité. Certaines personnes traversent des atrocités sans nom en faisant tout ce qu’elles peuvent pour survivre et en gardant le sourire. D’autres, au milieu de privilèges, n’arrivent pas à en jouir, s’ennuient et se morfondent. Je sais que ça peut paraître obscurantiste de le dire ainsi mais je ne suis absolument pas convaincu par les travaux de Kahneman qui affirment que plus on est en deçà d’un certain seuil financier, plus on est plus malheureux.

Henley évoque les divinités. La biologie est dans ce domaine une divinité plutôt séduisante pour moi. Il me semble que la capacité à traverser la vie avec le sourire (et de manière symétrique l’incapacité à jouir) est largement idiosyncrasique et échappe largement à notre contrôle. J’aime croire que l’éducation apporte une contribution essentielle à l’approche optimiste ou pessimiste de la vie. Qu’elle détermine notre capacité à accepter les circonstances avec équanimité et à résister aux ténèbres. J’aimerais surtout croire que l’incapacité à apprécier la vie, par delà les circonstances est réversible. Si tel était le cas, cela voudrait dire que nous avons la possibilité d’aider ceux pour qui, selon Baudelaire:

la terre est changée en un cachot humide,

Où l’Espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide,

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

 Je souhaite qu’il en soit ainsi mais je dois avouer que quand je vois la difficulté que des personnes extrêmement brillantes ont à sortir de la dépression, je suis impressionné par la modestie de Henley. Ceux qui se portent bien et supportent les épreuves qui les accablent avec stoïcisme, doivent remercier les dieux (ou la biologie) de les avoir pourvu d’une âme capable d’ataraxie. A contrario, quand quelqu’un soufre devant le fardeau qu’est sa propre vie, il ne nous appartient pas de soupeser ce fardeau et de décider qu’il devrait pouvoir le soulever sans peine.

Bonus…

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